La ministre de l’Éducation de l’Ontario, Lisa Thompson, est accompagnée de membres du conseil d’administration de Canadian Parents for French Ontario : la présidente Denise Massie, et le conseiller Wadeed Irfan. Photo : gracieuseté de Betty Gormley de CPFO

La progression du bilinguisme au Canada se joue à Toronto.

Le plus important conseil scolaire au pays songe à répondre aux coupes en éducation du gouvernement en sabrant le transport de 6500 élèves en immersion française. Canadian Parents for French Ontario est préoccupé pour l’avenir des inscriptions et des programmes au Toronto District School Board et s’alarme de l’effet national d’un tel choix.

 

Par Jean-Pierre DUBÉ (Francopresse)

 

Après avoir accompagné des parents en délégation devant le Toronto District School Board (TDSB), le 27 mai et le 3 juin, la directrice générale de Canadian Parents for French Ontario (CPFO) est catégorique. « Si Toronto coupe le transport aux élèves de nos programmes, estime Betty Gormley, d’autres conseils vont penser qu’ils peuvent aussi le faire. »

La province voudrait augmenter la taille des classes à partir de la 4e année dans tous les programmes et diminuer de 3000 le nombre de professionnels afin d’épargner un milliard sur trois ans. Avec ses 600 écoles et 246 000 élèves, le TDSB devrait en conséquence réduire de 42 millions son prochain budget.

Le transport des élèves en immersion est dans sa mire, puisqu’il occasionne des dépenses hors normes en raison de l’absence d’écoles offrant le programme dans chaque quartier. L’autorité fournit des autobus à l’élémentaire et des billets de transport public au secondaire.

CPFO craint des coupes de 9,0 millions visant le transport et de 12,1 pour le programme cadre de langue seconde, mais aussi une réduction de la taille des classes au secondaire.

De faibles taux de rétention

« Le programme n’a pas un bon taux de rétention et les classes ne sont pas remplies jusqu’à la 12e année, explique Betty Gormley. Si on impose un minimum de 24 élèves, par exemple, le cours serait éliminé s’il y en avait seulement 20. Ça voudrait dire qu’ils ne termineront pas leur apprentissage et ne pourront pas obtenir la reconnaissance internationale de leurs compétences. »

Elle insiste sur la responsabilité du TDSB dans cet exercice. « La province a coupé le budget de manière globale, mais pas spécifiquement le transport pour la langue seconde. On se demande pourquoi cette dépense est ciblée par le conseil scolaire. C’est évidemment un choix qui leur revient. »

La directrice générale de l’Association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI) regrette le timing des coupures. « On est en situation de pénurie de profs, remarque Chantal Bourbonnais. Couper des postes, ce n’est pas une bonne chose, surtout en Ontario. »

Elle met en doute les motivations des élus de Toronto. « Traditionnellement, les parents en éducation sont très mobilisés et les conseils le savent. Il y a un parallèle à faire avec le milieu minoritaire. »

« Pas d’organisme pour les mathématiques »

Des groupes de parents francophones au Canada ont mené les luttes pour les écoles françaises dès les années 1970 et ils ont obtenu la gestion scolaire à partir de 1990, armés de droits constitutionnels. Leurs vis-à-vis anglophones ont également combattu pour les écoles d’immersion et demeurent prêts à les défendre, rappelle la directrice générale, même si cet enseignement ne jouit d’aucune protection.

« Je me demande si, justement, les conseils scolaires prennent certaines décisions en sachant que les parents vont se mobiliser, élabore Chantal Bourbonnais. Il n’existe pas d’organisme pour sauver les cours de mathématiques! » Le TDSB chercherait ainsi à pousser le gouvernement à reculer.

L’autorité scolaire n’a pas encore répondu aux pressions. Selon le relationniste Ryan Bird, les délibérations sur le budget se poursuivront en comité au cours des prochaines semaines. « On s’attend à un vote final lors de la réunion plénière des conseillers le 19 juin. »

CPFO sera informé sous peu des conclusions du conseil scolaire, prévoit Betty Gormley. Elle craint la mauvaise nouvelle, malgré les succès des 11 dernières années. « On a eu une croissance annuelle de 5,7 % des inscriptions. On voit que les parents veulent absolument des enfants bilingues. »

 

« Une croissance annuelle de 5,7 % »

Même s’il compte 28 000 élèves dans les programmes d’immersion et de français enrichi, ainsi que 100 000 dans le programme cadre de langue seconde, le TDSB est-il prêt à renverser la tendance actuelle? La directrice générale de CPFO espère que non : « La croissance des inscriptions permet de réaliser le but de fédéral d’augmenter le bilinguisme en Ontario. »

Elle rappelle l’objectif du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023 de rehausser de 17,9 à 20 % le taux national de bilinguisme au cours des deux prochaines décennies. Pour atteindre la cible, Ottawa entend stimuler un bond de la population anglophone bilingue de 1,8 à 3,1 millions. La hausse souhaitée nécessiterait une forte croissance de locuteurs dans chaque juridiction.

L’Ontario compte présentement 60 % des anglophones qui parlent français au Canada. Selon le calcul du poids démographique proportionnel des locuteurs bilingues entre les juridictions, la province devrait en produire quelque 30 000 par année pour atteindre le taux ciblé.

« L’Ontario doit faire sa juste part » 

Une des principales stratégies fédérales est de s’attaquer au manque de professionnels en langue seconde, d’un océan à l’autre. CPFO et l’ACPI participent à concrétiser un investissement de 32 millions sur cinq ans dans ce sens.

Le bureau de la ministre des Langues officielles explique : « Notre gouvernement reconnaît le rôle essentiel des programmes d’immersion française en Ontario dans la promotion du bilinguisme, soutient Jeremy Ghio, l’attaché de presse de Mélanie Joly, et du coup dans la vitalité des communautés en milieu minoritaire.

« Les provinces sont effectivement des partenaires essentiels dans l’atteinte de nos objectifs de bilinguisme. Notre gouvernement répond présent avec plusieurs mesures dans le Plan d’action, entre autres avec une stratégie de recrutement et de rétention des enseignants francophones. L’Ontario doit maintenant faire sa juste part. »

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