Ricky Rickson lancera en décembre prochain l’entièreté de son nouvel album sur Youtube. À coté de sa passion pour la musique, l’artiste corrige les livres en français écrits en braille, pour l’organisme Vision Impaired Resource Network (VIRN). Photo: Marie Berckvens.

Réfugié originaire de la République démocratique du Congo, Ricky Rickson est arrivé à Winnipeg en 2017. Devenu aveugle à l’âge de 10 ans, il espère que sa musique traversera les frontières. Pour une raison chevillée à l’âme.

Par Marie BERCKVENS

Ricky Makwe Basilepo a décidé rapidement de prendre pour nom de scène Ricky Rickson. Il explique son choix : « Au Congo, il y a une star au pays qui s’appelle Werrason. Je chantais comme lui. Alors, au lieu de m’appeler Ricky, les gens m’appelaient Rickson. J’ai grandi comme ça. Les gens me connaissent sous ce nom. »

Outre l’artiste congolais Werrason, Ricky Rickson porte une admiration sans bornes à Phil Collins, Lucky Dube (chanteur sud-africain de reggae décédé en 2007) et à Michael Jackson. « Ce sont mes idoles », chuchote-t-il.

Lorsqu’on lui demande à quel moment la passion pour la musique s’est précisée dans sa vie, Ricky Rickson est perplexe. Il ne peut cerner une date précise, car la musique a toujours fait partie de lui, aussi loin qu’il s’en souvienne : « Depuis que je suis né, je dansais dans des fêtes. Je jouais de la batterie. Je pouvais prendre une casserole et jouer. Je jouais avec les sons. Je jouais aussi du tambour. À mes neuf ans, j’ai commencé à jouer avec la batterie. Je chantais aussi. Et puis il y a eu l’accident. »

Sans hésiter, il raconte l’évènement qui a bouleversé sa vie en 1996 : « Cette année-là, j’ai eu l’accident de ma vie à cause de la guerre. À l’est du pays, à Bukavu, là où je restais, tout a commencé. Nous sommes voisins avec le Rwanda. Avant que la guerre commence, on voyait souvent des grenades, des embuscades. On était à l’école, on jouait au soccer. Il y avait une grenade qu’ils avaient jetée dans le petit jardin, elle a explosé. J’ai été touché aux yeux. D’autres enfants sont décédés le même jour. D’autres ont eu les pieds coupés. Moi j’ai perdu la vue. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai aussi été touché à la tête. Le médecin pensait que je pourrais avoir des problèmes mentaux. Dieu a fait grâce que non. Des médecins allemands et suisses m’ont opéré pour essayer de sauver mes yeux. Ça n’a pas pu aller. Il fallait intervenir vite. »

Toujours en 1996, la révolte a pris de l’ampleur contre le président Mobutu qui sera finalement chassé du pouvoir par des troupes rebelles. Ce climat d’insécurité n’a pas facilité les soins pour la population et toutes les victimes collatérales du conflit. Ricky Rickson complète le portrait : « Il n’y avait pas de spécialiste pour les yeux et le pays était dans l’insécurité. C’étaient des médecins de Médecins sans frontières. Ils ne sont pas permanents. Quand la guerre a vraiment commencé, les médecins étrangers sont rentrés en Europe. J’ai commencé à perdre la vue petit à petit après l’accident. Après deux-trois ans, j’étais devenu totalement non-voyant. »

Aux études à Bukavu, dans une école de non-voyants, c’est là que Ricky Rickson a pu cultiver son talent. Chanteur, ses mains ont commencé à apprivoiser les touches d’un clavier et ne l’ont plus jamais quitté. Mais l’insécurité, dehors, régnait toujours. En 1998, la deuxième guerre du Congo a éclaté.

Ricky Rickson : « Ma famille n’a pas pu me rejoindre là où j’étudiais, car j’étais interné à Bukavu. Ils ont fui dans une autre direction. C’est comme ça que nous nous sommes séparés. En 2001, j’ai appris que mon père, qui était militaire, était décédé. Je ne sais pas où est le reste de ma famille. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. »

Alors, l’artiste d’origine congolaise nourrit cet espoir, celui de retrouver ses proches grâce à sa musique : « J’avais donné tous les renseignements que j’avais aux Nations Unies quand j’étais réfugié en Afrique du Sud. Ils m’ont dit que, puisque je fais de la musique, si Dieu m’a fait grâce, si j’ai du succès, ils peuvent entendre parler de moi. »

Réfugié en Afrique du Sud de 2008 à 2017, Ricky Rickson a continué sa musique. Il a parcouru le pays avec son orchestre. Il explique ce qu’il ressentait à ce moment-là : « J’avais toujours peur. Il y a beaucoup de crimes là-bas. En Europe et au Canada, il y a les droits de l’homme. Tout le monde est égal. Tout le monde peut faire quelque chose. En Afrique, devenir handicapé, c’est comme si tu étais un pauvre. Comme si tu étais limité. On te considère comme si tu n’étais pas capable de faire quelque chose. Il y a de la discrimination. Mais malgré ça, je me battais. Ici, tu as du soutien. Mon arrivée au Canada en 2017 a été un vrai soulagement. »

Aujourd’hui, Ricky Rickson, soutenu financièrement par Manitoba Music, se considère comme un citoyen de l’humanité. Sa musique aux accents éclectiques emprunte des airs de pop, de reggae, de funk ou encore de rumba. Lors de son prochain concert (1), il chantera l’une de ses dernières compositions, Don’t Give Up. « C’est pour donner l’espoir aux gens. Malgré tout ce qui peut t’arriver, il ne faut pas te laisser faire car tu as le pouvoir de changer le monde, l’univers. Si tu ne le fais pas, c’est toi qui seras le perdant. »

(1) Le concert de Ricky Rickson se déroulera le 14 juin, à 20 h, au West End Cultural Centre. Prix : 20 $.

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