Les festivals Le Festival Voyageur attire près de 100 000 personnes chaque année en février! Photo : gracieuseté du Festival Voyageur

Alors que certains festivals francophones ont du mal à faire salle comble, d’autres prospèrent. Si la formule miracle n’existe pas, des organisateurs partagent tout de même leurs conseils pour naviguer les eaux changeantes de la consommation culturelle actuelle.

 

Par Lucas PILLERI (Francopresse)

 

Vente de billets décevante à la Foire Brayonne d’Edmundston, annulation du Festival Shédiac Lobster Rock faute de ventes, disparition du Festival de la Saint-Jean Ottawa, revue à la baisse de la Saint-Jean à Kapuskasing… Certains festivals francophones connaissent de mauvais jours.

Natalie Bernardin, directrice de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), pointe du doigt la multiplication de l’offre culturelle. « Le nombre de festivals francophones ou bilingues à Ottawa ou en Acadie est hallucinant. Ça divise l’offre en secteurs, et donc le public. »

Selon elle, cette concurrence aurait eu raison du Festival de la Saint-Jean à Ottawa, « compétitionnant pour les mêmes dollars, les mêmes commanditaires et les mêmes festivaliers que le Festival franco-ontarien qui se tient une semaine plus tôt ».

Viser petit

Dans l’Ouest, où l’offre culturelle en français est moins forte, les festivals semblent couler des jours heureux. Avec 600 participants chaque année, la Fête franco-albertaine, qui a célébré son 30e anniversaire en juillet, fonctionne à plein régime. Situé depuis 2010 sur un site de camping au pied des Rocheuses, l’endroit est idéal pour rassembler la communauté : « Les gens se retrouvent et se rencontrent », résume Josée Thibeault, directrice artistique. La musique y est secondaire, le site offrant une multitude d’activités estivales, entre ateliers, visites ou encore jeux de plein air.

Dans la même veine, le Festival fransaskois a connu son record d’affluence en 2018 avec 750 festivaliers. Un peu moins fréquentée cette année, la rencontre reste un succès pour sa coordonnatrice Marie-France Kenny. « C’est sûr que pendant l’été on va toujours manquer des gens », relativise-t-elle, peu préoccupée. La qualité prime sur la quantité en milieu minoritaire.

Trouver sa singularité

« Il ne faut pas changer le concept à tout bout de champ », lance Josée Thibeault. Les changements brutaux de formule lui semblent risqués. « Il faut commencer petit et bâtir sur le long terme, avoir une identité claire. Un problème est d’essayer de plaire à tout le monde : ça ne marche pas. Il faut faire des festivals de niche », défend-elle.

Natalie Bernardin, elle, recommande de toujours chercher à se renouveler : « Trouver sa singularité, offrir une expérience authentique et unique. » La directrice de l’APCM prend pour exemple le Festival d’été francophone de Vancouver à la programmation riche et variée. Ou bien le Festival franco-ontarien où têtes d’affiche, relève et talents émergents se côtoient sur scène dans la même soirée. « Je ne vais jamais revoir cette même combinaison d’artistes », relève la responsable. Le concept traditionnel d’une scène avec une tête d’affiche unique serait mort. « C’est vieux jeu, ça ne marche plus », ponctue-t-elle.

Le Festival Voyageur, à Winnipeg, est sans doute l’un des meilleurs exemples de concept fort et unique. Depuis 1970, l’évènement hivernal ravive l’esprit des pionniers au Fort Gibraltar, un poste de traite historique reconstitué. La fête attire un public large tout en promouvant la culture et le patrimoine francophones. « Depuis 50 ans, l’idée a toujours été la même : avoir un évènement rassembleur sous un thème francophone, mais avec une ouverture vers les anglophones et une programmation dans les deux langues, explique Darrel Nadeau, directeur général. Si on était 100 % francophone, on aurait des problèmes. »

Le pari est réussi avec pas moins de 95 000 visiteurs chaque saison, en faisant le plus grand évènement francophone de l’Ouest. Sous une demi-douzaine de tentes chauffées, plusieurs scènes musicales voient défiler quelque 400 spectacles et 150 artistes, pour moitié francophones. Traditions et folklore foisonnent en journée, tandis que la musique contemporaine réchauffe les soirées.

Naviguer les nouvelles tendances

Surtout, la consommation culturelle évolue. Les habitudes changent et avec elles des défis émergent pour les organisateurs. « C’est de plus en plus difficile de faire sortir les gens », avance Natalie Bernardin. L’ère de la microconsommation compliquerait la tâche : « Avant, les gens voulaient être dans des masses, se perdre dans l’océan du public. Aujourd’hui, ils veulent une expérience beaucoup plus authentique, terre à terre et accessible. » Pas étonnant, donc, que les plus petits festivals se portent bien. La proximité avec les artistes, la qualité des interactions et les espaces de socialisation deviennent de redoutables atouts.

Autre changement majeur : les festivaliers ne veulent plus débourser autant. « Il y a 20 ans, faire payer un pass 100 ou 200 $ était normal. Aujourd’hui, c’est no way », note la directrice de l’APCM. Désormais, les billets se vendent plutôt à la journée, voire à la soirée, reflétant le gout sélectif du public.

Maitriser les couts

Installations, location des emplacements, équipements, sécurité, cachets… Les festivals engagent de gros frais. Et les subventions gouvernementales ne suivent pas forcément la cadence. Pour pallier les déconvenues, l’entraide s’avère cruciale : « On a la chance d’avoir des partenaires qui nous prêtent des tentes, une scène et du matériel », se réjouit Marie-France Kenny en Saskatchewan. Sans parler des bénévoles mis à contribution.

Les ventes en ligne permettent aussi de mieux planifier les recettes, bannissant les achats de dernière minute sur place, bête noire des organisateurs. La Fête franco-albertaine écoule ainsi la grande majorité de ses billets plusieurs semaines à l’avance. Du côté du Festival Voyageur, les forfaits à accès illimité sont restreints à 1000 exemplaires, les organisateurs privilégiant les rabais sur les achats successifs de billets. « Ça nous protège », confie le directeur.

Enfin, Natalie Bernardin suggère de diversifier ses financements entre le fédéral, le provincial et les commandites. De quoi atténuer les changements brusques de gouvernement…

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