Alice Cyr. Photo : gracieuseté de Marie-Hélène Comeau (L'Aurore Boréale)

Le geste vif et le regard clair, la jeune quinquagénaire Alice Cyr avoue ne jamais se lasser de raconter l’histoire de la famille de son défunt époux. Une histoire tissée d’aventure et d’amour ancrée dans la grande Ruée vers l’or yukonaise à tout jamais intégrée à son récit de vie personnel.

 

Par Marie-Hélène COMEAU (Aurore boréale)

 

C’est lors d’une récente visite dans un musée yukonais en compagnie de l’une de ses nièces qu’Alice Cyr découvre à sa grande surprise une brochure touristique en français illustrée par une photo d’archive de l’oncle Mike Cyr. De fil en aiguille, on retrouve les deux femmes les jours suivants au Centre de la francophonie où elles découvrent, à leur grande joie, une ancienne photo de leur famille.

« Lui, c’est Paul Cyr », lance Alice Cyr tout heureuse par sa découverte. «C’était mon époux», ajoute-t-elle du même souffle.

 

Les origines de la famille Cyr

L’arrivée de la famille Cyr au Yukon remonte à la ruée vers l’or pendant laquelle d’abord Michel (Mike) puis Antoine (Tony) Cyr quittent leur Nouveau-Brunswick d’origine pour se rendre au Yukon en franchissant le col Chilkoot. Une fois arrivés dans la région de Whitehorse, ils sont rapidement devenus des Yukonais bien établis, sans jamais finalement s’être rendus jusqu’à Dawson, leur destination initiale.

 

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Les deux frères se sont d’abord installés à Canyon City en amont de Whitehorse, pour piloter les bateaux à travers le canyon Miles. Ils ont aussi déboisé les abords du fleuve pour construire le tramway. Ensuite, Michel s’est fait connaitre comme trappeur et prospecteur et il a aussi travaillé comme conducteur pour une entreprise spécialisée dans le commerce de viande. Quant à Antoine, il s’est installé à Whitehorse où il a acheté des chevaux et des terres à bois et a démarré une entreprise de livraison de bois et d’eau.

 

Marie-Ange, une femme déterminée

Alors que les deux jeunes hommes étaient installés bien confortablement depuis quelques années dans leur nouvelle vie yukonaise, Marie-Ange Beaudoin, 24 ans et nouvellement veuve, quittait Montréal en 1918 avec ses deux jeunes enfants pour se rendre au Yukon. Cette belle rousse aux cheveux bouclés et au regard déterminé planifiait se rendre alors dans la région de Dawson, plus précisément à Karkman Creek où un homme habitant dans un ranch disait avoir besoin d’une aide-ménagère.

Après plusieurs jours de déplacements en train et en bateau, Marie-Ange arrive finalement sur les lieux pour constater à son grand désarroi que le ranch en question était en fait une petite concession minière où se dressait une modeste cabane en bois au plancher en terre battue où y habitait un homme avec ses deux chèvres.

Amèrement déçue, Marie-Ange rebrousse chemin avec ses enfants jusqu’à Whitehorse avec l’intention de retourner à Montréal. « À l’époque, il était possible d’acheter directement, au bureau de la Whitepass au centre-ville de Whitehorse, son billet de train jusqu’à Skagway en Alaska ainsi que son billet pour prendre le bateau de Skagway jusqu’à Vancouver. De là, il lui aurait été possible ensuite de prendre le train pour retourner à Montréal. C’est ce que tentait de faire Marie-Ange, mais comme elle ne parlait pas très bien l’anglais, tout se compliquait pour elle à Whitehorse », raconte Alice Cyr.

C’est à ce moment-là que l’employé de la compagnie Whitepass fait alors appel au francophone Antoine Cyr sachant qu’il pouvait lui servir de traducteur. « Antoine l’a plutôt convaincu de changer ses plans en restant à Whitehorse et de l’épouser », précise Alice Cyr. Quelques jours plus tard, Marie-Ange et Antoine se mariaient alors que sombrait dans les eaux glaciales du canal Lynn en Alaska le navire SS Princess Sophia, ce même navire que Marie-Ange planifiait prendre avant de changer ses plans. Aucun des 365 passagers n’a survécu à ce naufrage. Par un étrange revirement du destin, Marie-Ange et ses enfants avaient évité la tragédie.

 

Une union fructueuse

De cette union avec Antoine, Marie-Ange aura cinq autres enfants, dont Paul, l’époux d’Alice Cyr. « Paul était passionné par les questions familiales ainsi que son frère Laurent, qui a participé à mettre sur pied le Musée MacBride à Whitehorse », explique Mme Cyr qui a elle-même été engagée au fil des ans à de nombreux projets destinés à protéger l’histoire du Klondike.

« J’ai eu le bonheur de rencontrer Marie-Ange quand j’ai commencé à fréquenter Paul. C’était une femme charmante qui ne parlait toutefois jamais de sa vie du Québec. Comme si elle avait tout laissé derrière elle et ne voulait plus y retourner », se souvient Alice Cyr en regardant toutes ses photos étalées sur un des bureaux de son appartement. Ces photos, la plupart en noir et blanc, la ramenaient à une autre époque où la nombreuse famille Cyr était bien connue au territoire. « Je suis maintenant la dernière vivante de cette génération », dit-elle en rompant le silence qui s’était installé doucement dans la pièce tout en servant du thé.

Le sourire espiègle, Alice Cyr en profite alors pour parler de ses projets de jardinage pour l’été prochain, tel un geste résolument tourné vers l’avenir où elle y intègre les histoires du passé qu’elle partage avec bonheur.

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