En cette rentrée parlementaire, les organismes francophones ont de grandes attentes à l’égard du gouvernement fédéral. En plus de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, la question de l’immigration francophone se retrouve en tête de liste. Une question cruciale à la vitalité des communautés de langues officielles.  

 

Par Bruno COURNOYER PAQUIN – Francopresse 

 

« Le dossier de l’immigration est un autre gros dossier pour nos communautés », indique Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA).

Denis Simard, président de l’Association communautaire fransaskoise (ACF), observe que pour préserver le poids démographique de la communauté fransaskoise, l’immigration francophone devrait atteindre de 4 % à 4,5 % de l’immigration totale ; en Saskatchewan, ce n’était que 1,7 % l’année dernière. Il estime que l’immigration francophone devrait donc être une priorité du gouvernement fédéral.

Cependant, ajoute le président de l’ACF, il faut que l’offre de services en français soit au rendez-vous : certains immigrants francophones « s’installent à Edmonton, ou à Fredericton… ce sont des endroits où il existe une “poche” de francophones, mais tu ne vas pas recevoir l’ensemble de ce que tu veux en français. Donc on leur vend un peu une fausse image. Et les gens se retournent vers le Québec, se tournent vers des régions où ils peuvent vivre cette promesse-là, et ça nuit à l’ensemble des autres communautés francophones du pays », dénonce Denis Simard.

Un enjeu qui se retrouve aussi en Alberta, selon Sheila Risbud, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) : « On a beaucoup de gens qui arrivent et qui désirent sans doute avoir accès à des services en français, mais ce n’est vraiment pas évident que ces services sont disponibles. Souvent, ils ne savent pas ce qu’ils peuvent faire en français, ils ne savent pas quelles ressources sont disponibles en français, et on perd une partie importante de notre francophonie comme ça. »

L’immigration francophone est aussi un enjeu important au Nouveau-Brunswick, explique Alexandre Doucet, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Pour maintenir le poids démographique de la communauté francophone dans la province, 33 % des immigrants devraient être francophone – alors qu’en réalité, seulement 19 % le sont. 

En conséquence, Alexandre Doucet préconise le rapatriement des compétences en immigration vers un ministère provincial qui « devrait avoir la dualité linguistique en son sein ».

Des enjeux régionaux

L’une des priorités des Fransaskois au niveau fédéral, selon Denis Simard de l’ACF, est de s’assurer que le poste vacant de sénateur en Saskatchewan soit pourvu par un candidat bilingue.

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En Alberta, c’est la survie du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta qui préoccupe la communauté francophone, selon Sheila Risbud. La situation du Campus Saint-Jean n’est pas unique au pays, et d’autres institutions postsecondaires francophones traversent des crises similaires. Pour la présidente de l’ACFA, il serait important de « réexaminer le rôle du fédéral dans [l’éducation] postsecondaire pour les francophones minoritaires ». 

Les communautés francophones face à la COVID-19

Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale de la Société Saint-Thomas-d’Aquin (SSTA) à l’Île-du-Prince-Édouard, observe que la situation de crise liée à la COVID-19 a révélé les lacunes du régime linguistique actuel : « On remarque que quand il y avait des messages urgents à sortir, c’était juste en anglais. Il y a aussi l’exemple de l’étiquetage des produits dangereux [en anglais seulement], alors qu’on sait que dans des temps de crise comme ça, c’est vraiment essentiel d’avoir l’information critique disponible en français. »

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Selon Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la crise a aussi révélé l’importance de l’accès à Internet, particulièrement dans les milieux ruraux : « Internet est maintenant un service essentiel. Si on veut être capable de continuer à travailler, parce qu’on sait que beaucoup de monde est en télétravail, il faut que ce soit accessible partout en Ontario et partout au Canada. »

Carol Jolin ajoute que la pandémie a aussi précarisé le secteur communautaire, et « dans certaines communautés, dans les plus petits villages en particulier, il n’y a qu’une organisation, qui fait vibrer la francophonie dans ce petit village-là. Si elle disparait, c’est une occasion que les francophones ont de se retrouver et de vivre en français [qui disparait]. Et c’est une autoroute pour l’assimilation. »

Pour Marie-Claude Rioux, directrice de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), la pandémie a souligné qu’il y avait une réflexion à faire sur l’appui donné aux communautés : « Enlève les médias communautaires, enlève la culture, et on n’existe pas », souligne-t-elle.  

Elle estime donc particulièrement nécessaire d’avoir une programmation communautaire en mesure de rejoindre les jeunes, car les activités leur permettent de développer un sentiment d’appartenance et l’intérêt de vivre en français.

Une réflexion qui rejoint Christian Deron, coordonnateur des relations gouvernementales et de la recherche à la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB). « La communauté francophone, c’est aussi faire briller la francophonie, et si on ne le fait pas à travers des activités culturelles, comment le fait-on? »

Il note aussi que l’éducation à distance rend plus difficile pour certains enfants qui n’ont plus accès à leurs cours d’immersion linguistique de maintenir leur niveau de français –particulièrement pour les enfants dont les parents ne parlent pas français à la maison.

Si la plupart des organismes francophones parviennent au moins à garder la tête hors de l’eau depuis le début de la pandémie, ils espèrent que le fédéral n’oubliera pas de soutenir les francophones minoritaires lorsque nécessaire.