Selon Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, la crise a aussi révélé l’importance de l’accès à Internet, particulièrement dans les milieux ruraux. Photo: gracieuseté de Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

En cette rentrée parlementaire, les organismes francophones ont de grandes attentes à l’égard du gouvernement fédéral. En plus de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, la question de l’immigration francophone se retrouve en tête de liste. Une question cruciale à la vitalité des communautés de langues officielles.  

 

Par Bruno COURNOYER PAQUIN – Francopresse 

 

« Le dossier de l’immigration est un autre gros dossier pour nos communautés », indique Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA).

Denis Simard, président de l’Association communautaire fransaskoise (ACF), observe que pour préserver le poids démographique de la communauté fransaskoise, l’immigration francophone devrait atteindre de 4 % à 4,5 % de l’immigration totale ; en Saskatchewan, ce n’était que 1,7 % l’année dernière. Il estime que l’immigration francophone devrait donc être une priorité du gouvernement fédéral.

Cependant, ajoute le président de l’ACF, il faut que l’offre de services en français soit au rendez-vous : certains immigrants francophones « s’installent à Edmonton, ou à Fredericton… ce sont des endroits où il existe une “poche” de francophones, mais tu ne vas pas recevoir l’ensemble de ce que tu veux en français. Donc on leur vend un peu une fausse image. Et les gens se retournent vers le Québec, se tournent vers des régions où ils peuvent vivre cette promesse-là, et ça nuit à l’ensemble des autres communautés francophones du pays », dénonce Denis Simard.

Un enjeu qui se retrouve aussi en Alberta, selon Sheila Risbud, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) : « On a beaucoup de gens qui arrivent et qui désirent sans doute avoir accès à des services en français, mais ce n’est vraiment pas évident que ces services sont disponibles. Souvent, ils ne savent pas ce qu’ils peuvent faire en français, ils ne savent pas quelles ressources sont disponibles en français, et on perd une partie importante de notre francophonie comme ça. »

L’immigration francophone est aussi un enjeu important au Nouveau-Brunswick, explique Alexandre Doucet, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Pour maintenir le poids démographique de la communauté francophone dans la province, 33 % des immigrants devraient être francophone – alors qu’en réalité, seulement 19 % le sont. 

En conséquence, Alexandre Doucet préconise le rapatriement des compétences en immigration vers un ministère provincial qui « devrait avoir la dualité linguistique en son sein ».

Des enjeux régionaux

L’une des priorités des Fransaskois au niveau fédéral, selon Denis Simard de l’ACF, est de s’assurer que le poste vacant de sénateur en Saskatchewan soit pourvu par un candidat bilingue.

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En Alberta, c’est la survie du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta qui préoccupe la communauté francophone, selon Sheila Risbud. La situation du Campus Saint-Jean n’est pas unique au pays, et d’autres institutions postsecondaires francophones traversent des crises similaires. Pour la présidente de l’ACFA, il serait important de « réexaminer le rôle du fédéral dans [l’éducation] postsecondaire pour les francophones minoritaires ». 

Les communautés francophones face à la COVID-19

Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale de la Société Saint-Thomas-d’Aquin (SSTA) à l’Île-du-Prince-Édouard, observe que la situation de crise liée à la COVID-19 a révélé les lacunes du régime linguistique actuel : « On remarque que quand il y avait des messages urgents à sortir, c’était juste en anglais. Il y a aussi l’exemple de l’étiquetage des produits dangereux [en anglais seulement], alors qu’on sait que dans des temps de crise comme ça, c’est vraiment essentiel d’avoir l’information critique disponible en français. »

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Selon Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la crise a aussi révélé l’importance de l’accès à Internet, particulièrement dans les milieux ruraux : « Internet est maintenant un service essentiel. Si on veut être capable de continuer à travailler, parce qu’on sait que beaucoup de monde est en télétravail, il faut que ce soit accessible partout en Ontario et partout au Canada. »

Carol Jolin ajoute que la pandémie a aussi précarisé le secteur communautaire, et « dans certaines communautés, dans les plus petits villages en particulier, il n’y a qu’une organisation, qui fait vibrer la francophonie dans ce petit village-là. Si elle disparait, c’est une occasion que les francophones ont de se retrouver et de vivre en français [qui disparait]. Et c’est une autoroute pour l’assimilation. »

Pour Marie-Claude Rioux, directrice de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), la pandémie a souligné qu’il y avait une réflexion à faire sur l’appui donné aux communautés : « Enlève les médias communautaires, enlève la culture, et on n’existe pas », souligne-t-elle.  

Elle estime donc particulièrement nécessaire d’avoir une programmation communautaire en mesure de rejoindre les jeunes, car les activités leur permettent de développer un sentiment d’appartenance et l’intérêt de vivre en français.

Une réflexion qui rejoint Christian Deron, coordonnateur des relations gouvernementales et de la recherche à la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB). « La communauté francophone, c’est aussi faire briller la francophonie, et si on ne le fait pas à travers des activités culturelles, comment le fait-on? »

Il note aussi que l’éducation à distance rend plus difficile pour certains enfants qui n’ont plus accès à leurs cours d’immersion linguistique de maintenir leur niveau de français –particulièrement pour les enfants dont les parents ne parlent pas français à la maison.

Si la plupart des organismes francophones parviennent au moins à garder la tête hors de l’eau depuis le début de la pandémie, ils espèrent que le fédéral n’oubliera pas de soutenir les francophones minoritaires lorsque nécessaire. 

2 COMMENTAIRES

  1. Dans les communautés francophones minoritaires, il y a au moins 5 problèmes de taille qui sautent aux yeux lorsqu’on analyse leurs situations : premièrement, les universités entièrement francophones se comptent avec les doigts d’une main; deuxièmement, il y a encore moins d’hôpitaux francophones hors Québec et les cliniques francophones sont aussi très rares même dans les villes et quartiers urbains ayant des concentrations de francophones; troisièmement, l’immigration francophone est nettement insuffisant pour permettre aux communautés francophones de se regénérer; quatrièmement, travailler majoritairement en français tient de l’exception dans plusieurs communautés franco-candienne; puis, l’assimilation francophone, l’exode de la jeunesse francophone et l’absence d’immigrants francophones atteignent des niveaux beaucoup plus inquiétant dans les régions rurales, là où c’est pourtant la force communautaire et le noyau de certaines minorités francophones provinciales…

    Mais de manière plus globale, les 2 premiers problèmes concernant les institutions postsecondaires francophones et les institutions de la santé francophones (cliniques, hôpitaux) expliquent en grande partie les 3 autres problèmes que sont le manque criant d’immigrants francophones; la grande difficulté de travailler majoritairement en français et l’anglicisation rapide et inquiétante des communautés francophones en milieux ruraux.

    Pour nous donner une meilleure idée de l’effet domino de l’anglicisation des communautés francophones, on a qu’à examiner de plus près le cas des Francophones du Nord-Est ontarien. À Sudbury, même si 28% de la ville est francophone, les Franco-Ontariens ne possèdent toujours pas d’université entièrement francophone… Face à ce besoin criant d’offrir des formations universitaires en français, l’Université Laurentienne tente tant bien que mal d’offrir quelques programmes d’études en français, mais ces programmes sont trop peu nombreux pour permettre à la majorité des francophones d’avoir la liberté et le luxe de choisir non seulement le programme qui lui convient en français, mais aussi de choisir la carrière et la vie qui lui convient le plus… De plus, les programmes en français sont disproportionnellement sous-financés en comparaison aux programmes d’études en anglais. Beaucoup de jeunes francophones de la région de Sudbury partent étudier à l’Université d’Ottawa ou au Québec faute de programmes en français. D’autres jeunes se voyant offrir des programmes en français à la Laurentienne choississent plutôt d’étudier la même profession, mais dans le programme d’études en anglais offert par la Laurentienne parce que les programmes en anglais sont mieux financés… Bref, les jeunes francophones de Sudbury sont souvent dans le dilemme entre quitter la région ou étudier en anglais à la Laurentienne ou à l’Université de Sudbury.

    Non seulement les jeunes francophones quittent Sudbury pour étudier ailleurs, et souvent ils ne reviendront pas à Sudbury, mais l’absence d’une université 100% francophone mine littéralement les chances d’attirer des centaines d’étudiants étrangers en provenant de la France, de la Belgique et de la Francophonie internationale qui viendraient étudier à Sudbury et une partie d’entre eux resteraient à Sudbury après leurs études, ouvriraient de nouveaux petits commerces francophones, seraient des professionnels offrant leurs compétences pour les emplois reliés aux services en français !!! Bref, sans université francophone, Sudbury perd non seulement une grande partie de sa jeunesse francophone, mais ferme littéralement la porte à l’immigration des étudiants étrangers et des jeunes familles immgirantes francophones dont un parent travaillerait en français à l’université francophone ou dans un commerce francophone ou dans les services en français dans le domaine de la santé qui demeure toujours un gros employeur !

    Et l’absence d’une université francophone réduit aussi le nombre d’emploi où les francophones peuvent travailler majoritairement en français pour conserver & promouvoir leur langue… Au Québec, les Anglo-québécois n’ont aucun problème à travailler en anglais, car les universités McGill, Concordia, Bishop’s et les hôpitaux anglophones du Children’s, de St-Mary, du Lakeshore, du Shriner et le nouveau méga-hôpital anglophone créent plusieurs dizaines de milliers d’emplois en anglais !

    Les Francophones de Sudbury sont assez nombreux pour qu’au moins 2 nouvelles cliniques francophones puissent voir le jour et ainsi offrir des services en français non seulement pour soigner avec dignité les francophones, mais aussi pour permettre à d’autres francophones de travailler en français pour attirer et retenir les immigrants francophones qui se sentiront plus chez eux et finalement pour combattre efficacement l’assimilation qui minent les francophones des régions !

    Un autre frein à l’épanouissement des communautés francophones demeurent les gouvernements provinciaux qui font souvent obstacle à la création de nouvelles institutions francophones aux niveaux de l’éducation postsecondaire, de la santé et des garderies.

    En Ontario, le gouvernement et les universités bilingues et anglophones ont souvent recours au symbolisme, aux excuses, aux cérémonies et à la remise de prix aux Franco-Ontariens pour taire ou pour mieux faire passer l’assimilation et l’intolérable à l’égard de la minorité francophone : Katleen Wynnes avait déjà fait des excuses concernant la loi ontarienne interdisant l’éducation en français en 1919; le gouvernement Ford a officiellement décrété que le drapeau franco-ontarien est dorénavant un symbole ontarien; l’Université Laurentienne nomme toujours un recteur francophone à la tête de son université bilingue pour attirer les étudiants francophones malgré une maigre offre de programmes d’études en français; Aline Chrétien était devenue la première chancelière de la Laurentienne; l’université laurentienne qui se dit bilingue a souvent des doyens francophones et remet aussi fréquemment des titres honorifiques à de grandes personnalités francophones.

    Et, il y a 6 jours, Justin Trudeau a dit lors du discours du Trône que le Canada voulait reconnaitre la  »situation particulière du français » au pays. Les francophones du pays veulent beaucoup plus que des promesses, des excuses, des reconnaissances officielles et des titres honorifiques : ils veulent des universités entièrement francophones, des cliniques francophones, quelques hôpitaux francophones et plusieurs garderies francophones pour freiner l’assimilation, pour attirer et retenir les immigrants francophones, pour permettre aux francophones de travailler en français et pour revitaliser les communautés francophones en milieux ruraux et régionales qui se meurent à petits feux lentement, mais sûrement…

  2. Je suis tout à fait d’accord sur le commentaire d’Emmanuel Denis, je suis francophone au Manitoba depuis plus d’un ans, on vous vend la francophonie hors Québec, les associations également, en réalité, aucun moyen sérieux pour les francophones n’est en place, aucune structure compétente existe pour les investisseurs, entrepreneurs , artisans , commerçants francophone qui arrivent dans les provinces hors Québec.

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