Paula Simons parle français, même si elle ne se décrit pas totalement comme bilingue. Elle l’assure : elle suit des cours! Photo : gracieuseté Paula Simons

Il y a un mois, six des neuf scénarios de restructuration de l’Université de l’Alberta prévoyaient une disparition ou un déménagement de la faculté francophone. Aujourd’hui, ces scénarios tragiques pour la communauté franco-albertaine semblent s’éloigner au même moment où l’Université d’Ottawa fait un appel du pied au Campus Saint-Jean.

 

Par Geoffrey GAYE – Le Franco

 

« Même si les nouvelles au sujet de la restructuration académique et administrative demeurent fluides, il semblerait que les scénarios abracadabrantesques (pour le Campus Saint-Jean) de restructuration académique précédemment contemplés aient reculés, sinon dans l’oubli, du moins dans un arrière-plan où ils semblent s’estomper», a indiqué Pierre-Yves Mocquais, le doyen de la faculté Saint-Jean, dans un courriel interne que Le Franco a pu obtenir.

Ces mots adressés au personnel du Campus sont rassurants. Cependant, il informe qu’en termes de restructuration administrative, « l’université semble se diriger vers une centralisation des services de tous ordres, finances, ressources humaines, transactions, etc. afin de parvenir à d’importantes économies d’échelle ».

Il alerte sur « le niveau d’ignorance et d’incompréhension du fonctionnement administratif du Campus Saint-Jean » qu’il a constatées lors de réunions avec Service Excellence Transformation, le comité chargé de la restructuration administrative.

« Il semble que les membres de ce groupe n’ont aucune idée que les services administratifs du CSJ sont entièrement en français et ils ne se rendaient donc pas compte de ce que cela représenterait dans une vision de centralisation des services administratifs et que centraliser les services administratifs du CSJ en laissant de côté la question linguistique était tout simplement une option inacceptable », a-t-il écrit.

L’Université de l’Alberta est toujours en train d’étudier les hypothèses pour répondre aux exigences financières du gouvernement albertain. Le plan final, intitulé U of A for Tomorrow, devrait être annoncé d’ici la fin de l’année. Les mesures prises seraient mises en place dès septembre 2021.

Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal Le Franco

Les chevaliers blancs du Campus Saint-Jean

Tour à tour ces dernières semaines, l’Université d’Ottawa et la sénatrice Paula Simons ont publiquement apporté leur soutien au Campus Saint-Jean. Un scénario ressort leur prise de parole : l’affiliation du Campus à l’université ontarienne.

« L’Université d’Ottawa est prête à s’engager aux côtés du Campus Saint-Jean pour soutenir la francophonie albertaine et canadienne », peut-on lire dans la dernière phrase du communiqué de presse de l’Université d’Ottawa publié le 1er septembre, une phrase qui laisse place à plusieurs interprétations.

« C’était le moment d’écrire quelque chose », déclare Paula Simons lors d’une entrevue avec Le Franco. La sénatrice albertaine, affiliée au groupe des sénateurs indépendant, a publié le 11 septembre une lettre ouverte dans l’Edmonton Journal. Elle y creuse l’interprétation de cette phrase.

« L’Université d’Ottawa envisage maintenant sérieusement d’adopter le Campus Saint-Jean comme campus satellite en Alberta. […] Les étudiants du Campus Saint-Jean recevraient des diplômes de l’Université d’Ottawa et paieraient leurs frais de scolarité à l’Université d’Ottawa. Et l’Université d’Ottawa recevrait, vraisemblablement, un financement fédéral accru pour faire le travail ».

Ancienne productrice pour CBC à Toronto et Edmonton, Paula Simons croit bien connaitre la situation du Campus Saint-Jean. « J’avais fait beaucoup d’entrevues avec ceux qui savaient ce qu’il se passe », dit-elle. Avant d’écrire son texte pour Edmonton Journal, la politicienne affirme avoir discuté avec Sheila Risbud, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta, « l’Université d’Ottawa » et Pierre-Yves Mocquais, le doyen de la faculté Saint-Jean.

Une option gardée en réserve

Dans une communication interne à la faculté francophone, ce dernier confirme l’existence de ce rapprochement avec l’Université d’Ottawa. « J’ai eu des discussions avec le Recteur de l’université d’Ottawa à ce sujet fin juillet, début aout, mais qu’il ne me semblait pas opportun de l’envisager alors publiquement comme d’une option de repli et donc d’en parler ouvertement. »

Il persiste et signe. « Maintenant que la sénatrice en a parlé publiquement, l’option que Saint-Jean puisse devenir une université fédérée à l’université d’Ottawa, comme l’est l’université Saint-Paul, est une option qui peut être gardée en réserve. Ce serait toutefois une option difficile à mettre en place sans l’accord de la province de l’Alberta de continuer à financer le Campus Saint-Jean ».

À travers son texte, Paula Simons explique la situation à la population anglophone : l’histoire francophone de la province, les nombreuses années d’oubli du Campus par les administrations, et les récentes coupes budgétaires du gouvernement provincial. « Nous devrions être mortifiés. Nous devrions être embarrassés, d’avoir négligé à ce point cette institution héritée, surtout quand elle pourrait être si vitale pour notre avenir », écrit-elle.

Ce message de l’Université d’Ottawa « n’est pas un plan formel », dit Paula Simons. Elle affirme d’ailleurs penser qu’il s’agit d’un ballon d’essai. « C’est comme s’ils avaient voulu voir qu’est ce qu’il va se passer si nous disons ça ». La sénatrice dit ne pas vraiment savoir s’il s’agit d’une idée sérieuse.

« Une façon de réveiller l’Université de l’Alberta »

« De temps en temps, c’est absolument nécessaire d’avoir un agent provocateur. L’Université d’Ottawa a commencé à jouer le chevalier sur son cheval blanc. C’est peut-être une façon de réveiller l’Université de l’Alberta et la province pour qu’ils disent oh non, le Campus Saint-Jean, ça reste sous notre parapluie ».

« Moi-même, j’ai peut-être honte de dire que c’est à une Université de l’Ontario de sauver notre propre université. C’est embarrassant vraiment. Parce qu’on est l’Alberta et on a assez d’argent pour sauver notre université », ajoute-t-elle.

Dans cette entrevue donnée au Franco, Paula Simons en appelle à la fierté albertaine. Alors que l’Université de l’Alberta s’apprête à débuter, le 30 septembre, une série de consultations publiques concernant sa restructuration, la fierté albertaine semble être au rendez-vous.

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