Par Michel LAGACÉ

 

Comme un évènement aussi prévisible que l’arrivée des rouges-gorges, les gouvernements canadiens déposent leur budget au printemps. Sauf que le gouvernement fédéral ne suit pas les rythmes de la nature avec la fidélité de ces oiseaux migrateurs. Il a déposé son dernier budget le 19 mars 2019 et, deux ans plus tard, il ne prévoit pas encore de date pour dévoiler son plan fiscal.

Pourtant, les contribuables ont besoin de connaître les intentions du gouvernement pour évaluer ses grandes orientations stratégiques. Et les députés aussi, puisqu’il leur incombe d’exprimer leur confiance dans les choix du gouvernement.

Au printemps 2020, le gouvernement fédéral a justifié l’absence d’un budget en invoquant l’incertitude créée par l’arrivée de la pandémie. En novembre 2020, il a émis un énoncé économique dans lequel il prévoyait un déficit de 381,6 milliards $ en 2020-2021, comparativement à 39,4 milliards $ en 2019-2020. De plus, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, annonçait une « enveloppe de stimulation » allant jusqu’à 100 milliards $ qui serait dépensée sur une période de trois ans, sans en donner le moindre détail.

Au moins, les Manitobains vont pouvoir se fixer sur l’orientation de leur gouvernement, puisque leur ministre des Finances, Scott Fielding, propose de dévoiler son budget le 7 avril. Un dévoilement précédé d’un rituel bien connu : les Premiers ministres provinciaux se sont livrés à leur mise en scène habituelle lorsqu’ils ont unanimement supplié le gouvernement fédéral de leur transférer des fonds additionnels.

Sur cette demande, le Premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, n’est pas très convaincant. Car de généreuses contributions fédérales lui ont permis de réduire les déficits de la Province avant l’arrivée de la pandémie. En 2016-2017, sa première année au pouvoir, le gouvernement canadien a accordé au Manitoba une augmentation de 2,8 % par rapport à l’année précédente. Dans les trois années suivantes, les augmentations ont été de 4,2 %, 7,7 % et 7,4 % respectivement, avant d’atteindre 7,5% en 2020-2021, alors que l’inflation est demeurée marginale.

Les transferts fédéraux ont augmenté de 1,308 milliard $ à 4,839 milliards $ depuis l’arrivée au pouvoir de Brian Pallister en avril 2016. Ils sont si importants que le gouvernement du Manitoba prévoyait en décembre dernier qu’Ottawa contribuerait 33,5 % de ses revenus de 17,365 milliards $ cette année. Sans compter les sommes exceptionnelles que le gouvernement fédéral a versées aux entreprises et aux individus en raison de la pandémie. Et le gouvernement fédéral a déjà promis 264 millions $ supplémentaires au Manitoba en 2021-2022.

Il ne serait donc pas surprenant si Justin Trudeau décidait de faire la sourde oreille aux supplications des Provinces. Brian Pallister devra faire ses devoirs sans compter sur des cadeaux additionnels du Fédéral. Son moment de vérité arrivera lorsqu’il révélera ses propositions le 7 avril. Ce que Justin Trudeau lui aussi devrait faire sans attendre l’arrivée des rouges-gorges.

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