photo : Marta Guerrero

Rahatul Amin Ananto mène actuellement une recherche pour comprendre si le chien robot social Aibo peut réduire le sentiment de solitude, amplifié en pandémie.

En cette période de pandémie où le confinement s’est imposé à tant de personnes dans tant de pays, certaines ont été confrontées à une solitude extrême. Des recherches sur des chiens robots d’accompagnement sont en cours pour évaluer leur intérêt comme antidote.

 

Par Laëtitia KERMARREC

 

Rahatul Amin Ananto est un étudiant international au HCI Lab à l’Université du Manitoba, sous la direction du professeur James E. Yang.

« Dans la littérature, on peut trouver des résultats encourageants sur l’utilisation des robots sociaux chez des personnes souffrant de dépression. Ils aident notamment à réduire leur stress, et à leur donner le sentiment d’être plus heureux.

« Cependant, peu d’études ont été menées sur l’utilisation de ces robots avec des gens qui se sentent très seuls. Or en cette période de pandémie, de nombreuses personnes de tous âges ressentent de la solitude. Un sentiment qui, à terme, peut entraîner de graves problèmes de santé (voir encadré). Alors avec mon superviseur, nous avons décidé d’étudier la question.

« Nous utilisons un chien robot, Aibo, développé au Japon. (1) Ce petit chien robot possède deux caméras pour reconnaître le visage de son utilisateur. Il est capable de se déplacer dans la maison, de jouer, de rechercher de l’affection… Et il réagit aux commentaires en anglais et en japonais. »

« Pour l’étude, nous avons recruté plus de 50 participants à partir de 18 ans. La condition était qu’il fallait que ces personnes vivent seules et ressentent une pesante solitude. C’était d’ailleurs impressionnant de voir combien répondaient à ces critères à Winnipeg.

| Le chien robot à 3 000$ US

« Le robot est ensuite laissé aux participants pour une période de huit semaines. À travers des entrevues faites auprès des participants deux fois par semaine, j’étudierai ses effets sur leur santé mentale.

« Aucune information n’est collectée directement du chien robot, seulement des participants. Et comme Aibo n’est pas connecté à l’internet, il n’y a aucun risque de vol de données.

« Pour le moment, nous n’avons qu’un seul robot. Alors nous procédons avec un participant à la fois. Nous aurons les résultats de notre premier participant fin juillet. Nous cherchons des fonds pour investir dans d’autres robots, que nous espérons obtenir l’an prochain. »

Ce petit chien robot coûte 3 000 $ US, ce qui, précise Rahatul Amin Ananto, est moins qu’un animal vivant si on considère sa longévité.

« Par ailleurs, tout le monde ne peut pas avoir un animal. Je pense par exemple aux personnes allergiques, ou aux personnes plus âgées qui auraient des difficultés à prendre soin d’un chien.

« Si les résultats de cette étude s’avèrent positifs, j’imagine que plus de personnes seront intéressées à posséder un tel robot social. Par ailleurs, des études sur la santé mentale avec d’autres robots sociaux que Aibo sont menées en parallèle dans notre laboratoire.

« Par exemple, le snuggle (se blottir) robot à qui on peut faire des câlins, ou encore des robots de conversation qui peuvent soutenir des discussions simples. »

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(1) La solitude est un phénomène d’ampleur au Japon. Il y a même un mot japonais, hikikomori, pour désigner l’état psychosocial et familial des personnes, surtout des hommes, qui vivent coupés du monde pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Face à la hausse des suicides, le Japon s’est d’ailleurs doté début 2021 d’un ministère de la Solitude.

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La solitude sous l’angle neurologique

Dans les dernières années, des centaines de milliers de publications sont sorties établissant un lien entre solitude et dépression, anxiété, alcoolisme et toxicomanie.

De plus, des études épidémiologiques ont montré que la solitude augmente les risques de maladies en stimulant la libération d’hormones qui abaissent l’immunité.

Ces modifications peuvent accélérer l’apparition de cancers, de maladies cardiaques, ainsi que la maladie d’Alzheimer.

Dans les années 2010, une étudiante diplômée de l’Imperial College de Londres, Gillian Matthews, a fait, en menant ses expériences, une découverte inattendue en séparant les souris les unes des autres.

L’isolement social semblait modifier des neurones situés au centre du cerveau, dans une zone du tronc cérébral appelée noyau du raphé dorsal. Une professeure aux États-Unis du nom de Kay M. Tye a alors pensé que ces cellules pouvaient être liées au sentiment de solitude.

| Des scanners cérébraux

Chez l’humain, les expériences scientifiques ne peuvent pas être aussi invasives que chez l’animal. Des scanners cérébraux ont néanmoins permis de montrer une activité importante de la zone du mésencéphale, qui fait aussi partie du tronc cérébral, lorsque les sujets étaient exposés à des images de repères sociaux (comme un sourire) après un isolement social.

Et, de manière intéressante, une activité cérébrale semblable était observée chez des sujets qui avaient faim, et à qui on présentait des signaux alimentaires.

Les scientifiques cherchent maintenant à comprendre le type et la quantité d’interactions sociales positives suffisante pour satisfaire notre besoin essentiel d’interactions sociales, afin d’éliminer le sentiment de manque.

La pandémie a souligné la nécessité de mieux comprendre les besoins sociaux des humains.

 

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