Craig Charbonneau Fontaine & Mgr Albert LeGatt

Les évêques catholiques du Canada ont présenté officiellement leurs excuses aux peuples autochtones lors de la Conférence des évêques catholiques du Canada du 24 septembre 2021.
Un pas de plus vers la réconciliation comme le pense Mgr Albert LeGatt, évêque de l’archidiocèse de Saint-Boniface. Mais encore loin des attentes des Premières Nations selon Craig Charbonneau Fontaine.

Par Ophélie DOIREAU

Mgr Albert LeGatt le reconnaît. « Ces excuses, ce sont le fruit d’une plénière. Il y a eu
75 votes sur la question et tous ont été unanimes. La Conférence des évêques catholiques du Canada a reconnu les douleurs des peuples autochtones vécues dans les pensionnats autochtones.

« Avant cette initiative, d’autres évêques s’étaient déjà prononcés sur la question et avaient présenté des excuses. Mais toujours en leur nom propre et au nom de leur diocèse.

« La prochaine étape viendra du Saint-Père qui parlera en son nom et au nom de l’Église universelle. Une délégation autochtone composée de survivants et de survivantes, d’aînés/de gardiens et de gardiennes du savoir et de jeunes le retrouvera à Rome en décembre 2021.

« Je le connais et je peux très bien imaginer les mots qu’il va prononcer avec son cœur. Je crois fermement que c’est un processus et que chaque geste va en amener un autre. Donc cette rencontre à Rome va sûrement inciter le pape à venir visiter le Canada et les peuples autochtones. »

Dans le communiqué de presse de la Conférence des évêques catholiques du Canada, les évêques se sont engagés à « poursuivre le travail visant à fournir les documents ou les archives qui aideront à commémorer les personnes qui sont enterrées dans des sépultures anonymes. » Un enjeu qui est de nouveau mis en lumière depuis les découvertes, ces derniers mois, de tombes anonymes partout au pays.

Mgr Albert LeGatt se veut très clair sur cette question dans son archidiocèse. « On donne une permission de recherches dans nos archives sans restriction. L’entièreté de nos archives sur l’école industrielle de Saint-Boniface est accessible, n’importe qui peut y aller.

« La prochaine étape que je désirerais voir : aller à la rencontre des chefs et des conseils de bande dans les communautés autochtones pour partager les informations qu’on a avec eux. Je dois dire que ça a été une découverte pour moi d’apprendre que nous avions ces documents dans nos archives.

« Je ne peux pas parler au nom de toutes les congrégations. Mais il faudra sûrement étudier au cas par cas pourquoi certains accès sont bloqués dans des congrégations. C’est un travail qui sera traité demande par demande.

« Un exemple significatif est celui des Oblats qui ont tenu l’école industrielle de Saint-Boniface. Lorsqu’ils ont voulu donner le codex historicus, soit le journal de l’école, il n’y avait pas assez de fonds et de personnes pour le rendre accessible de manière claire et professionnelle. Depuis, ce travail a pu être fait.

« Cette année, les Oblats ont aussi annoncé qu’ils allaient partager les filières individuelles de chaque prêtre qui a travaillé dans des écoles résidentielles. La plupart de ceux qui ont commis des crimes sont décédés. Ces prêtres étaient peu nombreux, mais chacun de leurs crimes est significatif.

« Pour ceux qui sont encore en vie et qui ont commis un crime, leur nom a déjà été dévoilé dans la plupart des cas. Donc rendre publiques les filières individuelles devrait être sans problème. »

Pourtant pour que ce travail se fasse et que des excuses arrivent il aura fallu attendre six ans après le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada.
« Est-ce que le retard est justifié? Non. Mais je crois que ce qu’on a vu vendredi lors Conférence des évêques catholiques du Canada, c’est le fruit d’un travail énorme de l’Esprit
sain.
« Je crois que l’Esprit nous a apporté lumière et désir d’être vraiment solidaires pas seulement en paroles, mais en gestes avec les communautés autochtones.

« Ce n’est évidemment pas terminé. Il reste du travail à faire. J’aimerais d’ailleurs poursuivre en me rendant dans chaque communauté autochtone. Une porte s’ouvre et la réconciliation se fait petit geste par petit geste. »

Et de l’avis de Craig Charbonneau Fontaine, chercheur au Manitoba First Nations Education Resources Centre de Winnipeg et originaire de la Première Nation de Sagkeeng, ce n’est plus le temps pour les excuses. « Je pense que nous avons dépassé le stade où nous entendons parler d’excuses pour les pensionnats autochtones, surtout quand les dégâts ont été faits.

« Si l’Église catholique n’est pas un partenaire honnête dans le financement de la revitalisation de la langue et des programmes culturels pour les Premières Nations, les excuses ne sont qu’un autre geste théâtral.

« Les évêques peuvent se sentir bien, mais s’il n’y a pas d’action derrière les mots, alors à quoi bon? À mon avis, la Convention de règlement relative aux pensionnats autochtones (CRRPA) établie par l’Assemblée des Premières Nations et son avocate Kathleen Mahoney visait en réalité à absoudre le Canada et les Églises de leurs crimes contre l’humanité et, non à offrir des réparations adéquates aux survivants des pensionnats autochtones.
« De nombreux survivants des pensionnats autochtones ont été à nouveau traumatisés par l’ensemble du processus de la CRRPA que la Commission de vérité et de réconciliation n’a pas abordé.

Craig Charbonneau Fontaine offre sa perspective de solution :
« Les excuses officielles ne sont pas suffisantes. L’Église catholique ne veut pas toujours pas admettre que ce qui s’est passé dans les pensionnats autochtones correspond à la définition de génocide des Nations Unies. Le langage qu’elle a choisi d’utiliser, tel que graves abus, n’a rien à voir avec l’ampleur de ce qui s’est passé. Tant qu’ils ne seront pas prêts à accepter qu’il s’agisse d’un génocide, les excuses ne seront qu’un exercice de sémantique.

Si l’Église catholique est sérieuse quant à une véritable réconciliation, les évêques préconiseront que le Vatican renonce à la doctrine raciste de la découverte et à son application dans le droit national autochtone. »

Cette déclaration reste donc des paroles pour le chercheur qui aurait souhaité voir en l’Église un partenaire. « S’il n’y a pas eu de conciliation, au départ, comment peut-il y avoir réconciliation? Une véritable conciliation verrait l’Église catholique plaider en faveur d’initiatives de restitution de terres aux Premières Nations et plaider avec nous, en tant que partenaires, pour demander au gouvernement de mettre enfin en oeuvre les Traités et de reconnaître leur statut juridique international. »

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