La Fondation de guérison de la rafle des années 1960 a, depuis quelques
semaines, une nouvelle présidente-directrice générale, Dre Jacqueline
Maurice. Survivante de cette rafle, elle souhaite, par sa fonction, être
rassembleuse.

Par:odoireau@la-liberte.mb.ca

Originaire de Meadow Lake en Saskatchewan, Dre Jacqueline Maurice se sent humble d’être choisie à ce poste. « Chaque jour, la Fondation essaye d’accompagner des survivants et survivantes de la rafle des années 1960, ainsi que leur famille et leur descendance.

« Pour ce faire, la Fondation fait de la récupération culturelle, met en place des programmes de bien-être, programme des initiatives éducatives et surtout, commémore et honore ces enfants enlevés de leur communauté d’origine.

« Ces enfants ont été dans l’oubli pendant tellement longtemps. Ils n’ont jamais été reconnus pour leur courage d’avoir vécu ces traumas, ces abus et toutes les conditions qui leur étaient infligées. »

|L’histoire d’une survivante

Avant d’être la présidente directrice générale, Dre Jacqueline Maurice entretenait un lien avec la Fondation.
« Chaque jour, j’évolue comme survivante de la rafle. Je vis avec ces traumas. Alors quand ce poste a ouvert, j’ai posé ma candidature humblement en espérant être une voix pour les milliers de survivants de la rafle.

« La Fondation repose sur ce principe : les survivants sont là pour les survivants sur les pas
de la guérison. »

Avec beaucoup d’émotion, Dre Jacqueline Maurice détaille un peu plus son récit en tant que survivante. « Dès mon plus jeune âge, j’ai été enlevée de ma famille et de ma communauté pour être placée de famille d’accueil en famille d’accueil.

Dans mon cas particulier, je n’ai jamais été enregistrée pour l’adoption, ce qui signifie que j’étais condamnée à aller de famille d’accueil en famille d’accueil durant toute ma jeunesse, sans jamais avoir accès à une stabilité.

« À l’âge de 14 ans, j’avais presque vécu dans 14 familles différentes. Comme des centaines de survivants, j’ai connu des traumatismes, des pertes et divers types d’abus.

« Nous avons perdu une ressource importante dans notre vie : notre famille.
Qu’importent les efforts mis pour la récupération culturelle, ce qui est perdu est perdu, pour toujours. La guérison est un long processus, surtout lorsqu’on court après quelque
chose de perdu.

« À l’âge de dix ans, j’ai commencé à me renfermer émotionnellement, psychologiquement et aussi sur le plan relationnel.
C’est à cet âge que j’ai tenté mon premier suicide. J’ai fait plusieurs tentatives tout au long
de ma jeune vie jusqu’à mon début de vingtaine.

« J’ai grandi en pensant que j’étais le problème. Un enfant ne devrait jamais grandir en ayant ce sentiment. »

Au-delà de sa santé mentale, la condition physique de Dre Jacqueline Maurice a été fortement impactée. « Dans mon enfance, j’ai souvent été mal diagnostiquée ou pas
diagnostiquée du tout. Ce qui fait qu’aujourd’hui il me reste des séquelles physiques des traumas vécus.

« J’ai souffert d’un handicap médical dû à un traumatisme et à des abus dans mon enfance.
Le système est à blâmer pour tout ce qui est arrivé. Le système médical connaît du racisme systémique dans son ensemble.
On a pu le voir avec la mort de Joyce Echaquan au Québec. »

Pourtant aujourd’hui, Dre Jacqueline Maurice possède un doctorat en travail social, axé sur les politiques de protection de l’enfance autochtone des années 1960 à 1980 et sur la guérison holistique et sa relation avec le travail social.

« Ce qui a changé ma vie, c’est quand j’ai décidé de devenir ma propre défenseuse de droits. Je suis allée au front pour demander à me soigner et à guérir mes plaies. J’ai parlé à mon neurologue en lui demandant s’il n’y avait pas une autre solution que les médicaments pour guérir mes traumas physiques. Il me disait qu’il n’y avait aucune garantie.

| Guérir, pour tous les survivants

« Après deux chirurgies invasives, aujourd’hui, je peux dire que je n’ai plus besoin de médicaments, je ne fais plus de crises et ma santé physique est enfin rétablie. C’est un cadeau pour moi.

« À partir de ce tournant dans ma vie, j’ai pu être capable de reprendre mes études et de devenir aujourd’hui la porte-parole de ces enfants séparés de leurs familles. »

C’est au cours de ces études que Dre Jacqueline Maurice a mené ses propres recherches pour en apprendre davantage sur la rafle des années 1960.

« Mes collègues me posaient des questions : d’où est-ce que tu viens? Qui est ta famille? Je me suis sentie vraiment mal quand je me suis aperçue que je ne pouvais pas répondre à ces questions.

« Alors j’ai commencé mes recherches et c’est devenu ma passion et mon histoire. Être PDG de la Fondation est un véritable honneur pour moi, je veux être inspirante pour tous les survivants. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes là les uns pour les autres pour trouver la paix et la voie de la guérison. »

 

 

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