Le député acadien de Madawaska-Restigouche au Nouveau-Brunswick, René Arseneault, a été élu à la tête du Comité permanent des langues officielles à la mi-décembre. (Courtoisie Page Facebook René Arseneault)

FRANCOPRESSE – Le Comité permanent des langues officielles a un nouveau président. Le député acadien de Madawaska-Restigouche au Nouveau-Brunswick, René Arseneault, a été élu à la tête du Comité à la mi-décembre. En entrevue avec Francopresse, il discute de sa vision des langues officielles, de ses nouvelles fonctions et de celles du comité.

Inès Lombardo – Francopresse

Comment est-ce que vous entrevoyez ce nouveau rôle de président du Comité permanent des langues officielles?

C’est moi qui cumule le plus d’années d’expérience au comité, ça fait déjà six ans. Humblement, je suis fier d’avoir été proposé comme président. Ça change un peu pour moi, dans ma façon de travailler au sein du comité. Quand on n’est pas président, on est dans l’action, on peut poser des questions, on peut aller chercher les réponses. Quand on est président, notre rôle est de prendre un peu de recul et de laisser les membres faire ce travail. Ce sera une adaptation, mais ça va bien aller, sachant que les membres de ce comité, tous partis confondus, sont d’une qualité extraordinaire.

Pouvez-vous préciser comment le Comité pourra en profiter?

Par exemple, la plus jeune recrue, Arielle Kayabaga qui vient des nouvelles bulles de création de francophonies au Canada. Je m’explique : quand j’étais jeune, la francophonie hors Québec était assez bien définie. C’était en Acadie, dans le Nord ou dans le sud-est de l’Ontario, à des endroits bien précis dans les Prairies. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup de mouvance de cette francophonie hors Québec et Arielle Kayabaga en fait partie.

Parmi les nouveaux venus, il y a aussi Marilyn Gladu, une anglophone de l’opposition qui maitrise bien la langue française. Elle est sensible au bilinguisme. De même pour Francis Drouin et le secrétaire parlementaire aux langues officielles Marc Serré, deux Franco-Ontariens, et Niki Ashton, de l’ouest du pays, qui est parfaitement bilingue. Elle connait cette réalité à l’Ouest, loin des grands pôles francophones du pays.

Il y a les anciens comme Joël Godin, Mario Beaulieu [les deux vice-présidents du comité] et Marc Dalton, qui apporte la réalité francophone de la Colombie-Britannique, ce qui est un plus. Il y a aussi Emmanuel Dubourg, ancien président de ce comité, Jacques Gourde et Patrizia Lattanzio, une juriste qui connait bien l’enjeu des langues officielles. À titre de président, je ne peux pas demander mieux que d’avoir ces membres-là autour de la table.

Aussi, pour moi, ce comité est celui où l’on retrouve le moins de partisannerie.

Comment l’expliquez-vous?

J’imagine que, lorsqu’on vient de l’Ontario francophone, ou de l’Alberta francophone, c’est un sujet sensible. On connait mieux la situation. Moi-même, je suis Acadien du Nouveau-Brunswick, une province bilingue, alors je suis peut-être plus sensible à la Loi sur les langues officielles, qui fait partie de mon quotidien depuis que je suis à l’université.

Tous les gens qui gravitent autour de ce sujet ont une sensibilité à la modernisation de la Loi pour toutes sortes de raisons, que ce soit pour leur francophilie, par intérêt pour d’autres langues, pour le droit sur les langues officielles… Pour l’une de ces raisons, chaque membre du comité s’y retrouve. C’est pourquoi je pense qu’ils vont mener à bon port les rapports futurs.

Quelles sont les grandes orientations du Comité en vue de la reprise des travaux parlementaires, le 31 janvier?

C’est un peu tôt pour le dire. Lors de la première réunion officielle de cette législature que nous avons eue, il a fallu mettre le comité en place. La motion de M. Godin demandait la création d’un sous-comité des langues officielles pour qu’on puisse gérer et voir l’ordre de priorité pour les prochaines questions, tout en gardant à l’esprit que d’ici peu, il devrait y avoir un projet de loi sur la modernisation des langues officielles.

Avant les Fêtes, plusieurs dossiers chauds ont touché la question des langues officielles, notamment l’affaire de l’unilinguisme du PDG d’Air Canada, la cible ratée en immigration francophone, le report du projet de modernisation … Dans quelle mesure en avez-vous discuté au Comité?

On n’a pas encore déterminé les témoins à faire venir au comité en priorité. Mais, c’est sûr que plusieurs députés, de trois partis sur quatre au sein du comité, veulent rencontrer Air Canada au sujet de l’affaire Rousseau. Il a aussi été question de tous les partis de l’examen de l’immigration francophone.

On souhaite faire une étude, en sous-comité, de toutes les attentes soulevées par les membres.

En matière d’immigration francophone justement, dans quelle mesure allez-vous travailler avec le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration?

C’est très possible qu’on le fasse. Un travail est aussi envisageable avec le Comité sénatorial des langues officielles, pour maximiser les résultats et éviter que les efforts ne se dédoublent.

Par rapport à l’immigration, lorsqu’on apprend qu’on ne fait même pas 2 % d’immigration francophone au Canada, qu’on n’arrive même pas à atteindre la cible, ça suscite des interrogations. De façon générale, c’est sûr que ça va faire l’objet d’une étude [au Comité permanent des langues officielles] parce que tous les membres en ont glissé un mot. De plus, ce sujet faisait partie d’un avis de motion pendant la réunion.

Cela, tout en gardant à l’esprit que le projet de loi [sur la modernisation des langues officielles] va tomber dans les prochaines semaines. Mais oui, on va tenter de mener des études, entre autres sur l’immigration.

Le gouvernement Trudeau a priorisé l’adoption de quatre projets de loi avant les Fêtes. Les langues officielles n’en faisaient pas partie, alors que la modernisation est attendue depuis au moins six ans. Est-ce qu’il fallait que ce soit déposé avant Noël ou est-ce que la promesse des 100 jours après la reprise des travaux suffit?

En tant que francophone hors Québec, le fait que la modernisation ne fasse pas partie de cette urgence des quatre projets de loi que vous évoquez, je trouve ça plus sage dans le contexte des langues officielles. Je pense que la modernisation qu’on s’apprête à faire, tous partis confondus, est un projet qui va avoir un impact sur les prochains 50 ans. À ne pas prendre à la légère, donc.

Sur une base personnelle de député, des présidents ou présidentes d’associations qui œuvrent dans la promotion des langues officielles au pays, et avec qui je suis en contact régulièrement, me disent à la quasi-unanimité que les 100 jours ne sont pas si importants, tant que le projet de loi rend compte de nos principales préoccupations.

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de cohérence.

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