Lise Gaboury-Diallo, poétesse et auteure de Petites déviations, paru aux Éditions du Blé.

La déviation, le substitut, le voyage, le passé… Tous ces thèmes sont au cœur du nouveau recueil de poésie de l’auteure franco-manitobaine Lise Gaboury-Diallo. Publié fin 2021 aux Éditions du Blé, Petites déviation (1) dépeint une pensée s’éparpillant autour de sujets différents.

 Par : MATTHIEU CAZALETS

Dans son chalet, surplombant un petit lac, Lise Gaboury-Diallo pourrait écrire des heures sans s’arrêter : « J’aime bien me retrouver devant mon ordinateur, même s’il pleut à torrent (rires). Le grand air et la grande nature m’inspirent ». C’est dans ces paysages que lui vient l’inspiration, et qu’elle a aussi commencé et fini la plupart de ses œuvres : « Pour le premier jet et aussi pour la réécriture, je suis un peu solitaire, comme la plupart des écrivains. »

| De Milan à Winnipeg, une déviation…

Sa première rencontre avec son recueil s’est déroulée à des milliers de kilomètres des prairies canadiennes : « J’étais partie à une conférence. Au retour, on passait à Milan avec mon mari, Ibrahima. On marchait vers le centre-ville et il y a avait un énorme panneau, une affiche publicitaire en italien qui parlait de surrogati (2).

La traduction du mot en français interroge directement l’écrivaine : « Je me suis tournée vers mon mari et j’ai dit : Surrugati, je vois très bien c’est quoi, mais comment on dit ça en français. Il me dit de substitution, j’ai dit non, il doit y avoir mieux, c’est quand même un mot avec un sens très particulier, très précis. »

Le déclic est là, et c’est une constellation d’idées qui émergent dans l’esprit de celle qui est aussi professeure de littérature à l’Université de Saint-Boniface : « De fil en aiguille, je me suis rendue compte que toute la question du substitut, on échange finalement notre personnalité, voire notre look. Cela me fascinait, parce que je pense que nous sommes tous coupables à un moment donné de vouloir porter des masques, de jouer des rôles. »

S’en solde un livre en quatre parties distinctes, chacune unique, mais reliée au thème principal : « Après la première partie surrogati, la seconde partie est consacrée au thème du voyage. Les deux dernières parties sont sur les relations que l’on entretient avec les personnes. Une section porte sur le passé, les liens qu’on peut avoir établi avec les gens dans le passé, les photos par exemple, elle s’appelle Spectre. »

| « Le premier jet a été écrit dans les six mois de mon retour »

Pas de temps à perdre, et Lise Gaboury-Diallo démarre son recueil : « Le premier jet a été en partie écrit dans les six mois dès mon retour de l’Italie. Surtout l’été, je bénéficie des vacances. Le mois de juillet et août sont généralement assez bénéfiques pour moi et l’écriture. »

Le manuscrit passe à chaque fois par plusieurs étapes incluant des avis d’amis ou d’anonymes : « J’ai un petit système, j’ai un cercle de lecteurs, j’abuse de leur générosité (rires). Chaque fois que j’écris, je me tourne vers ces trois ou quatre lecteurs.

« Ensuite, ce qui a été retenu et retravaillé est envoyé aux Éditions du Blé. Eux aussi, ont un système de manuscrits envoyés à des lecteurs anonymes et parfois, il faut écarter des textes irrécupérables ou qui ne cadrent pas bien avec la thématique. »

La relecture et la modification des textes dans la poésie sont-elles importantes? À cette interrogation, l’auteure répond avec philosophie : « Parfois, on s’acharne tellement à essayer d’améliorer un texte qu’on perd finalement le premier jet. » Cela reste une étape nécessaire, qui permet d’évaluer son écriture : « C’est le regard des autres, j’ai tendance à avoir une écriture très dense. Ce qui est très clair dans mon esprit ne l’est pas forcément dans celui des lecteurs et lectrices. » Lise Gaboury-Diallo se replonge par exemple souvent dans ses anciens écrits, devenant une lectrice anonyme de ses propres œuvres : « Parfois, je me relis 10/15 ans plus tard et je me dis : J’aurais pu changer ça, la perfection n’existe pas. »

| « Je suis une optimiste »

Dans un recueil évoquant voyages et déviations, la COVID-19 est apparue implicitement dans le travail de l’auteure, c’est même quelqu’un d’autre qui lui a fait remarqué : « Christian Violy, qui animait le lancement en ligne pour les Éditions du Blé, a fait ce constat : C’est un peu plus sombre que d’habitude chez Lise. »

Constat qu’elle accepte facilement, tout en rappelant sa vision des choses : « C’est vrai qu’il y a un petit côté qui est un rejet d’une frustration, une impatience, tout le monde veut que ce soit fini. Je suis une optimiste, je tiens à le souligner, mais je suis peut-être un peu plus critique ici vis-à-vis de la société. »

Critique, la poétesse ne l’est aucunement lorsqu’il s’agit de remercier ceux et celles qui ont travaillé avec elle : « J’aimerais remercier les Éditions du Blé, les lecteurs anonymes, toute l’équipe qui fait vraiment un beau travail. Je voudrais remercier Monique Fillion, qui a fait une couverture absolument géniale, je trouve que c’est parfait pour mon livre, c’est de toute beauté. »

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(1) La fiche du livre est à retrouver ici : https://ble.refc.ca/ livres/fiche-livre/?titre=petites-deviations-&ISBN=9782924915486

(2) Mot italien pour décrire un substitut, une mère porteuse, ou un remplaçant.

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