Marie-Thérèse Fortin dans le rôle de Gabrielle Roy. (photo : Gracieuseté Yves Renaud)

Le Théâtre Cercle Molière (TCM) sera l’hôte, du 29 avril au 1er mai, de la pièce La détresse et l’enchantement (1). Elle a été adaptée par Olivier Kemeid et Marie-Thérèse Fortin de la célèbre autobiographie de Gabrielle Roy publiée en 1984 à titre posthume.

Par Matthieu Cazalets

Un tableau, une oeuvre, un livre peuvent suivre toute une vie. La détresse et l’enchantement fut une rencontre de jeunesse pour Marie-Thérèse Fortin, une rencontre qui ne l’a plus jamais quittée : « Je sortais du conservatoire, et puis je lisais, comme les jeunes comédiens qui sortent des écoles et attendent que le téléphone sonne. J’ai commencé à lire La détresse et l’enchantement et j’ai été frappée d’abord par l’émotion que ce récit-là a provoqué chez moi.

« Je me suis rendu compte que la façon qu’elle a de raconter sa vie, son enfance, c’est très théâtral, très vivant. On voit les personnages, on les entend, ils ont une façon de parler qui leur est propre. »

S’ensuivent des années de travail distendu sur le projet. Des mois de réécriture, de longues pauses aussi, avant l’année 2009, moment pour Marie-Thérèse Fortin de ressortir le projet des cartons : « Au Festival international de la littérature à Montréal, Michelle Corbeille, la directrice, nous avait demandé à Olivier Kemeid, mon metteur en scène, et à moi si on voulait faire quelque chose sur Gabrielle Roy. » Une occasion en or pour la dramaturge : « Olivier Kemeid, m’a dit : On va faire quelque chose avec ça (NDLR : le projet inachevé de Marie-Thérèse Fortin sur La Détresse et l’enchantement). On a commencé à travailler dessus pour faire une lecture d’abord. Et à l’aube de cela, on s’est dit qu’il fallait peut-être passer à l’étape suivante, c’est à dire d’en faire un vrai spectacle théâtral. »

La détresse et l’enchantement raconte le parcours de Gabrielle Roy de son enfance à Saint-Boniface jusqu’à son retour d’Europe. Pour la dramaturge, l’oeuvre peut parler à un public extrêmement large : « Je pense que La détresse et l’enchantement, c’est l’histoire d’une femme, Gabrielle Roy, mais c’est l’histoire de toute jeune femme. On couvre la naissance jusqu’à la venue à l’écriture quand elle a une trentaine d’années. C’est l’histoire d’une jeune femme qui part à la conquête d’elle-même, de son Je veux. Je pense que dans ce sens-là, c’est un récit universel. Mais c’est écrit dans la langue absolument divine de Gabrielle Roy. »

Jouer avec les mots

Dans une mise en scène contemplative, le choix a été fait d’aborder toute la période couverte par le livre de plus de 500 pages : « On est parti de l’enfance, et des grandes étapes qui ont constitué ça marche en avant, sa venue à l’écriture. L’enfance, l’adolescence, la jeune institutrice, le départ pour l’Europe, le séjour en Europe, qui est fondamental, et le retour au Québec, où elle décide de ne pas retourner au Manitoba.

« Avec Olivier Kemeid, on a essayé que le spectacle soit jalonné de moments où elle est plus dans une introspection existentielle dans une langue exquise. Et par moment elle est dans l’action, dans le récit de choses assez cocasses, qui permettent aux spectateurs de voir quelle était sa réalité. »

L’importance est donnée aux mots, dans un décor minimaliste : « On est allé visiter sa petite maison à Petite-Rivière-Saint-François, à Charlevoix au Québec. C’était une toute petite maison, un petit chalet très simple, mais sur une falaise hallucinante qui fait face au fleuve. On s’est dit : C’est ça, elle est sur le bord du fleuve, elle traîne sa chaise, s’installe, raconte…»

Et ce que raconte Gabrielle Roy dans La détresse et l’enchantement, c’est bien son enfance au Manitoba. La conclusion d’un cheminement important pour Marie-Thérèse Fortin depuis sa découverte de l’auteure : « Je trempe là-dedans depuis tellement longtemps que j’ai l’impression que je vais aller à la rencontre de Gabrielle Roy.

C’est-à-dire que je vais voir les gens qui prolongent sa mémoire, qui s’occupent de la Maison Gabrielle-Roy, de ce Saint-Boniface dont elle parle tellement, de ce pont qu’elle traverse tout le temps. »

Surtout que la pandémie avait empêché la tenue de la pièce à Winnipeg en 2020. Une raison de plus pour l’interprète de Gabrielle Roy d’être impatiente de découvrir le Théâtre Cercle Molière : « Le sort a voulu que quand j’ai fait la tournée au Québec, il me restait le Manitoba à faire, et la pandémie est arrivée. J’ai dû mettre tout ça sur pause. J’ai hâte de rencontrer les gens et de leur offrir ça. Je redoutais qu’on ne m’invite plus pour toutes sortes de raisons, que tout ça tombe un peu aux oubliettes et finalement, pas du tout. Je suis d’autant plus reconnaissante d’aller clore cette tournée à Saint Boniface. »

(1) Plus d’informations : https://www.cerclemoliere.com/evenement/la-detresse-et-lenchantement/

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