DoireauGinette Petitpas Taylor est la ministre des Langues officielles et ministre responsable de l’agence de promotion économique du Canada atlantique. (photo : Ophélie Doireau)

En visite à Winnipeg dans le cadre des consultations pancanadiennes sur le prochain Plan d’action pour les langues officielles, la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor a accordé à La Liberté, une entrevue exclusive pour faire un point huit mois après sa prise de poste.

Par Ophélie Doireau

  • Cela fait plus de sept mois que vous êtes au ministère des langues officielles, vous commencez des consultations, quels sont vos constats au ministère?

On a beaucoup de pain sur la planche. Quand on regarde la lettre de mandat que le Premier ministre m’a accordée, il y a trois items prioritaires : tout faire pour protéger le français au pays puisqu’on reconnaît qu’il est en déclin, s’assurer de mettre en place le projet de loi pour moderniser la Loi sur les langues officielles et débuter les consultations pour le Plan d’action pour les langues officielles. On voit que tout se fait de pair.

  • D’ailleurs vous avez déposé le projet de loi pour moderniser la Loi sur les langues officielles au début du mois de mars 2022…

Nous l’avons déposé en Nouvelle-Écosse, le processus parlementaire se poursuit. Nous avons fini la deuxième lecture, la semaine du 16 mai, on espère un vote dessus dans les prochaines semaines. Il y a encore beaucoup de travail parlementaire à faire.

Maintenant nous menons des consultations pour le Plan d’action, la première session était à Vancouver, on a rencontré des personnes dont les langues officielles c’est leur passion. On veut s’assurer de protéger nos langues surtout en situation minoritaire.

  • Est-ce que vous vous sentez appuyée par vos collègues au Cabinet sur la question du bilinguisme?

Quand on regarde les membres du cabinet comme tel, il y a beaucoup d’allié.es. Des gens qui reconnaissent l’importance du français à l’extérieur du Québec. Il y a une vingtaine de ministres qui sont bilingues. Plusieurs collègues ont le français comme première langue, il y a des Acadiens. On travaille de près pour reconnaître l’importance de nos deux langues officielles.

Je dis souvent que l’affaire des langues officielles ce n’est pas seulement l’affaire de Ginette Petitpas Taylor, c’est l’affaire de tous les ministres autour de la table. Moi, je m’assure que tous les ministres aient la lentille des langues officielles sur leur dossier.

  • Vous avez dit à plusieurs de nos confrères journalistes que l’immigration était importante, pourtant sur le terrain on constate que des personnes comme des enseignants doivent tout recommencer à zéro à cause des équivalences de diplômes ou des ordres professionnels. Or pour que les communautés francophones en situation minoritaire soient prospères il faut de l’immigration, comment fait-on pour réussir une immigration?

Quand on regarde le projet de loi C-13, on a mis une emphase sur l’immigration francophone. On reconnaît qu’on a eu une perte démographique des personnes qui parlent français, au Canada à l’extérieur du Québec, en 1971, on avait une population de francophone d’environ 6,6 % si on garde le même schéma, en 2036, le poids démographique sera de 3,3 %.

Pour réparer ce poids démographique, il est certain que l’immigration francophone est importante. Mais pour les attirer à l’extérieur du Québec, on a du travail à faire aussi, il faut s’assurer que tous les niveaux de gouvernement fassent un travail d’accueil.

Les employeurs doivent faire leur juste part aussi pour les accueillir. C’est ensemble qu’on doit faire le travail pour attirer et retenir les personnes.

  • D’où la délicate question des équivalences de diplômes…

La reconnaissance des acquis est encore un travail qui est très important qu’on doit faire avec les associations, avec les Provinces, et oui le gouvernement fédéral a aussi un rôle pour s’assurer d’adresser cette situation-là. Ça ne peut pas être fait du jour au lendemain, c’est une priorité absolue parce qu’on veut garder nos immigrants pour qu’ils puissent travailler dans leur domaine.

  • Qu’est-ce que vous pourriez apprendre de nouveau avec ces consultations?

Moi, je suis acadienne du Nouveau-Brunswick ça fait que je connais très bien la réalité de chez nous, c’est quoi nos défis. Mais toutes les provinces ont une réalité différente donc pour moi c’est très important de rencontrer des gens sur le terrain dans leur milieu pour comprendre leurs défis, leurs réalités. Après avoir consulté on pourra mettre en place notre Plan d’action qui est notre feuille de route. On se donne le temps nécessaire pour mener les consultations. Et puis on rencontre des gens en personne parce qu’on fait du travail en virtuel depuis deux ans. On peut bâtir des relations en présentiel.

  • Vous semblez vouloir donner plus de mordant à la LLO, qu’entendez-vous par plus de mordant?

Quand on regarde le projet de loi C-32 de ma collègue, Mélanie Joly, il avait été déjà bien reçu. Quand j’ai été nommée ministre, j’ai eu la chance de rencontrer des intervenants qui m’ont fait des recommandations sur le projet de loi. Par exemple donner des outils supplémentaires au Commissaire aux langues officielles comme des sanctions administratives pécuniaires avec le public voyageur, de la médiation.

Toute la partie VII sur les mesures positives, on a vraiment fait un effort pour définir ce qu’est une mesure positive et clarifier cette partie de la loi.

Les intervenants avaient aussi soulevé le point d’avoir une agence centrale responsable pour la mise en oeuvre de la loi et la coordination de la surveillance. C’est le conseil du Trésor qui jouerai ce rôle.

  • Au sujet du Commissaire aux langues officielles, vous avez dit accepter les recommandations de Raymond Théberge sur le plan d’action 2018-2023 l’une étant la reddition de compte pour les transferts fédéral-province. Comptez-vous mettre en place des mesures de contrôle pour s’assurer qu’une partie des transferts est destinée aux communautés de langue officielle en situation minoritaire?

À ce point-ci avec C-13, avec la nouvelle partie VII on veut s’assurer que le gouvernement fédéral fasse l’analyse de ses décisions pour comprendre leurs impacts sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Que ce soit des décisions d’entente bilatérale ou autre, on veut s’assurer de protéger nos langues officielles.

  • On sait que les médias communautaires sont le reflet d’une communauté et la pluralité des voix d’une communauté, dans quel secteur les voyez-vous?

Ils jouent un rôle extrêmement important. À Vancouver nous avons eu une table ronde et la question des médias communautaire est ressortie aussi. J’encourage tous les Canadiens et Canadiennes à participer à nos consultations. On va avoir des consultations en présentiel dans tout le pays. Il va y avoir des sessions avec des thèmes spécifiques et il est aussi possible de remplir le questionnaire en ligne. (1)

  • Vous invitez les gens à participer pour que le Plan d’actions soit plus concret pour les Canadiens et Canadiennes…

On veut entendre parler de tout le monde. J’invite les gens à prendre le temps pour répondre au questionnaire. Pour que notre Loi sur les langues officielles et notre Plan d’actions reflètent au plus juste les Canadiens et les Canadiennes, il faut s’exprimer pour faire paraître vos défis et vos réalités.

(1) https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/campagnes/consultation-languesofficielles-2022.html

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