André Boisjoli. (photo : Marta Guerrero)

Toute ma jeunesse, comme près de 5 400 jeunes manitobains en ce moment, j’ai fréquenté l’école uniquement en français. Cela grâce à une décision de mes parents avant même mon entrée en maternelle! Pour eux, ce ne fut pas une décision particulièrement ardue. Après tout, je viens d’une famille francophone des deux bords, alors c’était seulement naturel que je fréquente l’école en français.

Par André Boisjoli

L’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit le droit de recevoir une éducation dans la langue de la minorité. Appliqué au Manitoba, c’est de l’éducation en français dont il est question. 3,4 % de la population possède le français comme langue maternelle et également 9 % sont bilingues français/anglais. L’article 23 est donc essentiel pour garantir la protection des deux langues officielles du Canada, l’anglais et le français.

Tout semble ainsi mis en place pour que les élèves francophones du Manitoba puissent apprendre, s’exprimer et surtout être fiers de leur langue! N’est-ce pas?

Mais ça, c’est la théorie… Car de mes observations, pour une grande majorité des jeunes dans les écoles en français ou en immersion au Manitoba, on ne fait pas de grands efforts pour y parler français.

Je dois vous confier, je suis souvent coupable de parler anglais avec mes amis hors des cours. Je sais, c’est tellement surprenant! Quel scandale!

D’une manière ou d’une autre, nous avons cultivé l’habitude de faire du français une langue uniquement pour les cours et à la minute où nous en sortons, c’est comme si l’on n’avait jamais parlé français de notre vie!

Devons-nous donc nous faire taper sur les doigts à chaque fois que nous parlons anglais quand cela semble pour beaucoup d’entre nous bien plus naturel que de parler l’inviolable langue de Molière?

Car je ne reviendrais pas sur les innombrables causes historiques et culturelles qui poussent aujourd’hui les jeunes à parler majoritairement en anglais. Après tout, les situations familiales permettent bien souvent de l’expliquer. Beaucoup d’élèves vivent dans des familles anglophones ou exogames.

Ce mot qu’on ne doit pas confondre avec hexagone fait référence à une famille dont les deux parents ne possèdent pas la même langue maternelle. Et la majorité du temps, dans les familles exogames, on parle le plus souvent anglais à la maison, car c’est la langue comprise des deux parents.

Alors quand on arrive à l’école, eh bien on se met à parler la langue qu’on pratique le plus souvent à la maison : l’anglais!

Il faut alors se demander, est-ce quelque chose dont nous devons vraiment nous inquiéter?

Pour parler le français au quotidien, il faut pouvoir le pratiquer en dehors des cours. Mais quand on ne parle pas en français à la maison et que la majorité de la société ne le parle pas, difficile de pratiquer. Il existe probablement des milliers de solutions à ce problème, mais je pense particulièrement à une : la lecture.

Mais le goût de la lecture s’attrape souvent à l’école, et le problème c’est que plutôt que de nous faire apprendre le français d’une manière qui nous donne l’intérêt, on nous charge de lire des pièces de Molière et des livres de Gabrielle- Roy. Alors je comprends que ces livres soient utiles pour notre culture, mais malheureusement ils finissent souvent par nous faire redouter la langue française et sa littérature. Pourquoi pas lire une biographie sur Elon Musk, un livre sur l’histoire de la poutine ou tout simplement des livres plus récents?

Car je vous le demande, n’avons-nous pas toute notre vie pour lire les classiques de la littérature francophone? N’est-il pas plus important à notre âge de cultiver l’amour de la littérature? L’envie de pratiquer le français?

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