Simon Laplante. (photo : Marta Guerrero)

Marie est directrice d’une école maternelle à la 8e année qui compte environ 150 jeunes.

Par Simon LAPLANTE

Située dans une communauté rurale où la pauvreté est omniprésente, où les emplois sont plutôt rares et où l’accueil d’enfants en foyer nourricier est perçu comme source de revenus pour les familles. L’école de Marie présente donc de nombreux défis. Plusieurs des enfants arrivent à la maternelle encore en couche. D’autres ont des traumatismes intellectuels ou physiques. D’autres viennent de foyers où la violence et l’alcoolisme sont présents. Cette année, les éducatrices ont découvert qu’un enfant de la maternelle n’avait en fait jamais joué avec un autre enfant. Un seul de ses élèves de 8e année était présent à la maternelle quand cette classe est arrivée à l’école.

Avec des niveaux de lecture et de numératie sous la norme, des comportements difficiles et près de 30 % des élèves de cette école vivant des difficultés scolaires, les éducateurs et éducatrices sous le leadership de Marie travaillent sans relâche. Chaque matin Marie aide ses auxiliaires à préparer les déjeuners pour des enfants qui arriveront à l’école affamés. Elle organise sa journée sachant que très tôt, elle devra intervenir avec son équipe auprès d’enfants dont les comportements violents ou abusifs témoignent de traumatismes profonds et perturbants.

L’école de Marie n’est pas une exception. L’école de Marie se retrouve dans presque toutes nos commissions scolaires. Plus inquiétant encore est que les traumatismes, les difficultés de comportement, académiques et sociaux, la violence, bref un bien-être en déroute chez nos enfants se retrouve aussi dans toutes nos écoles. Nos éducateurs comprennent très bien l’impact de ce mal être sur les apprentissages de leurs enfants. Nos éducatrices travaillent d’arrache-pied pour établir des relations saines et nourricières pour que ces jeunes puissent effectivement s’engager dans leurs apprentissages. Mais ils ont besoin d’appui. Un enfant qui a mal va mal apprendre. Qu’il ait faim, qu’il ait mal dormi, qu’il ait été abusé, quel que soit le traumatisme, cet enfant ne réussira que s’il trouve un éducateur à l’écoute, une éducatrice engagée dans son désir de faire une différence.

Le projet de réforme (Plan d’action pour l’Éducation au Manitoba) du gouvernement offre des solutions. Il est basé sur des priorités (piliers) pédagogiques qui reflètent bien la réalité de nos écoles. Entre autres, reconnaître que la santé mentale de nos enfants est essentielle pour le succès scolaire de ces derniers. Nos enfants ont mal! Pas tous, mais suffisamment pour avoir un impact sur la vie quotidienne dans nos écoles. Un enfant qui n’arrive plus à contrôler ses émotions et sa colère, un enfant qui n’a jamais tenu un livre dans ses mains… ces enfants ont un impact sur toute la classe, sur tous les apprentissages des autres enfants. Nos éducateurs ont besoin de soutien.

Nos commissions scolaires embauchent présentement des travailleurs sociaux, des psychologues, des orthopédagogues pour justement venir en aide à nos enseignants. Ces spécialistes nous aident à identifier les difficultés, à trouver des solutions et des programmes qui nous permettrons de donner espoir à ces enfants. La difficulté est que présentement nos directions générales doivent trop souvent choisir entre embaucher des spécialistes de la santé mentale ou avoir un enseignant de plus pour les salles de classe. Si notre gouvernement s’engage vraiment à soutenir nos enfants qui ont mal, nos commissions scolaires devront avoir les ressources financières nécessaires pour ne pas avoir à choisir entre les deux.

Ce soir, Marie et son équipe retourneront à la maison mordus, frappés, bottés, abusés verbalement par des enfants ou des parents et surtout fatigués. Ce soir, l’école est calme, mais vide. Demain, les classes se rempliront et les enfants reviendront comme chaque jour avec ce mal être qui affecte trop d’entre eux. Il faudra les nourrir et les guérir. Et leurs éducateurs et leurs éducatrices… ils seront présents demain, car ils sont des semeurs et semeuses d’espoir pour tous ces enfants qui ont mal.

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