Faïçal Zellama. (photo : Marta Guerrero)

Les coûts croissants de l’essence s’inscrivent dans une économie déjà déstabilisée par l’inflation. Faïçal Zellama met en relief le prix de l’essence avec l’économie, l’inflation et la pandémie.

Par Raphaël BOUTROY

Le Manitoba a connu des hausses importantes pour le prix de l’essence et le coût de la vie en général.

Faïçal Zellama, professeur agrégé de l’Université de Saint-Boniface en relations industrielles tente une analogie. Il propose de penser la situation économique actuelle comme l’attaque d’un virus informatique. Face à un virus informatique le protocole pour y remédier est de changer son mot de passe. Mais, que se passe-t-il quand le protocole ne fonctionne plus?

À date, le protocole de réponse à l’inflation de la Banque du Canada a été une hausse du taux d’intérêt directeur. Faïçal Zellama ne voit pas comment la hausse du taux d’intérêt directeur pourrait remédier au problème actuel. « C’est une question d’inflation et de pénurie de travailleurs, pas une question d’inflation toute simple ». Il serait alors question de changer le protocole de réponse à l’inflation pour l’adapter à la situation actuelle, solution qui s’avère assez complexe comme le souligne Faïçal Zellama. « Je n’ai pas la réponse, mais je fais partie des économistes qui en cherchent une, au lieu de ceux qui suivent le protocole habituel ».

En 2020, quand le Canada a connu ses premiers con- finements en raison de la COVID-19, le gouvernement a mis en place divers soutiens économiques pour le pays afin d’éviter de sombrer dans une récession.

Pour les individus, le gouvernement a introduit la Prestation Canadien d’Urgence (PCU), ce programme devait fournir à la population cana- dienne assez de fonds pour leur permettre de subvenir à leurs besoins.

| Les pétrolières empochent

Grâce à la PCU, l’économie du pays n’a pas été entièrement freinée par le confinement. L’investissement du gouverne- ment auprès de la population devait aussi être un investissement pour l’économie entière du pays. Le résultat a été une demande continue pour les biens de consommation. Toutefois, les biens de con- sommation visés n’ont pas été les mêmes qu’avant la pandémie. Par exemple, la basse consommation d’essence a fait baisser le prix de l’essence à 0,67 $ le litre en 2020, comparé à la moyenne de 1,08 $ le litre en 2019.

« Lors de la crise sanitaire, les raffineries de pétrole ont souffert », dit Faïçal Zellama. Les répercussions pour les entreprises multinationales de grande taille, comme les raffineries, sont moins importantes que pour les petites et moyennes entreprises d’après Faïçal Zellama. « Les raffineries sont capables d’ab- sorber les difficultés de la pandémie ».

Quant à l’essence, en date du 6 juin 2022 il était possible d’en trouver à un prix de 2,07 $ par litre. Faïçal Zellama a calculé que le même jour, un baril d’essence se vendait à 130 $, soit 0,95 $ le litre. « Pour chaque litre d’essence, un individu paye1,12$deplus.40%de cette somme correspond aux taxes fédérales et provinciales, 60 % de cette somme se retrouve dans la poche des entreprises pétrolières ».

Selon Faïçal Zellama, « Le gouvernement a besoin d’argent pour les services offerts à la population comme l’infrastructure et la santé. Les pétrolières ne devraient pas pouvoir s’enrichir autant sur le dos des Canadiens ». Cela dit, il remarque aussi que « la population n’a pas le choix de dépenser ce que les entreprises demandent, si l’essence arrête de venir, beaucoup de choses ne vont plus pouvoir fonctionner ».

En soit, Faïçal Zellama voit une plus grande imposition qui s’effectue sur la population par les entreprises pétrolières que le gouvernement. « La plus grande taxe est celle des entreprises. »

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