Jocelyn Gagné. (photo : Raphaël Boutroy)

Plusieurs entreprises, au rural comme en ville, connaissent des pénuries de travailleurs. Ce phénomène touche davantage les petites et moyennes entreprises (PME) qui cherchent déjà à absorber des coûts d’opération supplémentaires liés à l’inflation.

Par Raphaël BOUTROY

Au Canada, les PME représentent 90 % des entreprises canadiennes. Selon Faïçal Zellama, professeur agrégé en relations industrielles à l’Université de Saint-Boniface, « ces entreprises sont la colonne vertébrale de l’économie canadienne ».

Les taux d’intérêt élevés, les coûts élevés des biens et la pénurie de travailleurs limitent le potentiel de croissance et même de survie des petites et moyennes entreprises.

Le contexte d’inflation pousse la Banque du Canada à augmenter son taux directeur pour essayer de freiner l’inflation. « C’est ce qui a fonctionné jusqu’à aujourd’hui », dit Faïçal Zellama. Les grandes entreprises connaissent une réalité différente de celle des PME. Elles sont en mesure d’absorber les augmentations de coûts, mais les PME connaissent une marge de manœuvre de plus en plus restreinte. « Je ne pense pas que la Banque du Canada a encore de la marge de manœuvre, ils ne peuvent plus augmenter le taux directeur sans tuer les petites et moyennes entreprises », explique Faïçal Zellama.

Au Manitoba, plus que dans certaines autres provinces, les PME connaissent des pénuries de travailleurs. La pénurie de jeunes travailleurs de 16 à 30 ans est la plus ressentie. Faïçal Zellama souligne que, « les jeunes travailleurs sont des gens mobiles, à cause d’un salaire minimum bas qui ne convient pas au coût de la vie, ni au coût des études, ils n’ont pas d’incitatifs pour rester dans la province » (1).

Dans le secteur de la restauration, d’autres problèmes font aussi surface. Les cuisines des restaurants nécessitent des cuisiniers formés. D’après Shawn Brandson, propriétaire de Promenade Cafe and Wine, qui a annoncé sa fermeture à la mi-juin : « Je suis impliqué dans l’industrie de la restauration depuis plus de 35 ans et je n’ai jamais vu des pénuries comme celle d’aujourd’hui. Il y a un manque de gens qualifiés dans toute l’industrie, il n’y a pas assez de gens pour combler la demande ». Cette demande croissante de cuisiniers force les petites entreprises qui ne peuvent pas augmenter le salaire suffisamment à diminuer la taille de leurs opérations ou à fermer. « En moyenne, les cuisiniers gagnent 25 $ de l’heure, aujourd’hui les postes comblés offrent 30 $ à 40 $ de l’heure. »

Connie et Shawn Brandson. (photo : gracieuseté)

| Des difficultés au rural également

Et ces défis de pénurie ne se limitent pas à la ville. En effet, à Saint-Pierre-Jolys, dans la boulangerie de Jocelyn Gagné, il y a aussi un manque de travailleurs. « J’ai 28 employés, mais en réalité, j’en aurais besoin de 32 ou 34 ». Faute du marché de travail limité, Jocelyn Gagné se voit contraint à augmenter les salaires. « Il faut augmenter les salaires, mais si l’on augmente les salaires, on augmente aussi les prix ». L’augmentation des salaires est un facteur, l’augmentation du prix des matières premières contribue aussi à la hausse du prix du pain. « L’essence grimpe, la farine a doublé son prix depuis l’année dernière, les huiles et les autres ingrédients ont aussi augmenté. »

Face à ces difficultés, Faïçal Zellama insiste sur le fait qu’elles ne sont que temporaires. « Les profits ne seront pas affectés sur un temps moyen et long. Il ne faut pas avoir peur d’augmenter les salaires ou de payer plus sur le court terme ». Le défi, selon Faïçal Zellama, c’est de créer des emplois et un contexte dans lequel la rétention des travailleurs est plus grande. « Il faut faire des entrevues de sortie avec les employés pour comprendre pourquoi ils quittent leur poste, il faut aussi leur offrir plus d’incitatifs pour rester. »

(1) Selon Statistique Canada, le Manitoba a le salaire minimum le plus bas dans le pays depuis le 1 avril 2022, 11,95 $ de l’heure.

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