En arrière plan : Jean Robert, avec dans ses bras Élodie Anah, et Anne Sonie Joseph Noel. À l’avant-plan : Noah Jonathan Noel. (photo : Raphaël Boutroy)

Jean Robert Noel est arrivé avec sa famille le 28 décembre 2021 au Manitoba. Six mois plus tard, il fait le point sur son intégration dans la province qui lui a ouvert les bras. Bienveillance et optimisme sont les maîtres mots.

Par Ophélie DOIREAU

INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL – La Liberté

Originaire d’Haïti, Jean Robert et sa femme Anne Sonie Joseph Noel ont fait le choix d’une vie meilleure pour leurs enfants comme le raconte le père de famille. « Il y a beaucoup de raisons qui nous ont poussés à partir. La plus fondamentale c’est certainement l’insécurité qui fait rage dans le pays.

« Cette situation fait qu’on n’a pas la tête froide pour planifier l’avenir de nos enfants. La période scolaire n’est jamais respectée dès qu’il y a des manifestations ou des grèves. C’est très compliqué. »

Sur la période comprise entre le 24 avril et le 20 mai 2022, l’Organisation des nations unies fait état des violences entre gangs, 188 personnes ont été tuées, 113 personnes ont été blessées, 12 personnes sont portées disparues et 49 personnes ont été enlevées contre rançon. L’ONU précise que ce bilan pourrait être sous estimé en raison du manque d’accès dans certaines zones sous haute tension.

Pour Jean Robert Noel, le Canada était l’eldorado pour sa famille. « Depuis tout petit j’aime le Canada, en tout cas ce que j’en vois. J’aime l’esprit du Canada, un pays bilingue était nécessaire pour nous qui venons aussi d’un pays bilingue.

« Le Canada était un rêve. Il existe vraiment beaucoup d’informations pour permettre de se projeter. Je me suis donc renseigné sur tous les programmes d’immigration qui existaient. Je suis tombé sur le Manitoba qui a un programme assez rapide contrairement aux autres provinces. »

| Besoin de l’anglais

La famille pose donc ses valises le 28 décembre au Manitoba et quelques jours plus tard, leur petite fille Élodie Annah Noel est née. Dans leur parcours au Manitoba, quelques obstacles sont survenus comme en parle Jean Robert Noel. « J’ai eu beaucoup d’entrevues pour des emplois, de très bonnes entrevues. Mais ce qui bloque dans ces entrevues, c’est l’anglais.

« J’avais compris que l’anglais ne serait pas un obstacle tant que je peux comprendre et avoir une conversation basique. Sur le terrain, la réalité est différente. L’anglais doit être solide pour pouvoir intégrer une entreprise dans le domaine financier. J’ai un emploi actuellement. Mais ce n’est pas dans mon domaine.

« On m’avait prévenu lors des différentes étapes de l’immigration. Mais comme dans ma tête c’était bilingue, les deux langues avaient le même poids. Je vois bien maintenant que ce n’est pas le cas. »

Jean Robert Noel a vite constaté la réalité de la langue française au Manitoba. « Je dois repasser mon permis de conduire et je vois la difficulté d’avoir des dates pour avoir des instructeurs en français pour passer l’examen. Le français est toujours au second plan, il faut être patient. Mais pour moi, je n’ai pas le choix, je veux le faire en français. »

D’ailleurs cette barrière de la langue, Anne Sonie Joseph Noel l’a expérimentée à l’hôpital lors de son accouchement. « J’ai accouché au HSC Women’s Hospital et il n’y avait personne qui parlait français. Le stress ne fait qu’amplifier dans des situations où la santé est en jeu.

« Mais les personnes étaient tellement patientes quand on posait des questions, on disait un mot et les gens comprenaient. C’était agréable de sentir cette bienveillance.

« Notre pédiatre aussi est anglophone. Elle comprend notre situation, elle parle doucement, elle est à l’écoute. Ce sont des petites choses qui rendent la vie plus facile. »

Depuis quelques semaines, Jean Robert et Anne Sonie Joseph Noel prennent des cours avec le Red River College. « On progresse tout doucement. C’est une étape à la fois. Mais c’est ce qu’on voulait pour nos enfants, ils vont être élevés dans un environnement trilingue : français, anglais et le créole.

« On se sent comme chez nous au Manitoba. On est venu avec l’esprit ouvert d’aller vers l’autre, vers des nouvelles expériences. L’anglais c’est quelque chose qui se travaille. »

L’anglais est une composante importante pour pouvoir vivre au Manitoba comme le rappelle Bintou Sacko, directrice de l’Accueil francophone. « Nous, on dit à nos clients que la réalité c’est que le Manitoba est une province anglophone même si le français a sa place.

« Souvent, ce sont des immigrants qui viennent dans le cadre économique alors ils ont besoin de parler anglais surtout dans le cadre du travail. »

La bienveillance, c’est un mot qui est revenu fréquemment dans les propos de Jean Robert Noel et de sa femme. « Le friendly Manitoba ce n’est pas un mythe. L’accueil qu’on trouve ici c’est quelque chose d’extraordinaire.

« On a la chance d’être accompagné par des Haïtiens qui sont au Manitoba depuis longtemps alors ils nous guident énormément dans la vie de chaque jour.

« L’Accueil francophone, Pluri-Elles, les organismes sont très présents pour nous aider dans notre intégration au Manitoba. Nous avons de la chance. »

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