Janelle Jay Campagne. (photo : Marta Guerrero)

À la fin de l’année 2021, le pronom iel faisait son entrée dans le dictionnaire en ligne Le Robert. Un sujet qui s’insère dans une société en évolution. Iel est utilisé pour parler d’une personne, quel que soit son genre.

Par Ophélie DOIREAU – avec des informations de Morgane LEMÉE et Jean-Baptiste GAUTHIER

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

La non-binarité est un terme parapluie qui permet de représenter les identités de genre autres que homme/femme. Janelle Jay Campagne s’identifie non-binaire. « La non-binarité c’est quelque chose de très différent de personne en personne. Personnellement, je ne me retrouve pas sur le spectre de l’homme, ni sur celui des femmes. C’est un peu un mélange des deux, parfois je suis dans le neutre. »

Corinne L. Mason, professeure associée de sociologie et d’études sur le genre et les femmes à l’Université de Brandon, pose les bases en rappelant ce qu’est le genre. « Le genre est un terme très vaste. On peut parler d’identité de genre, de rôle de genre. Je pense qu’il faut le penser comme ce que fait le genre plutôt que ce qu’est le genre.

« Le genre influence nos relations, comment on doit se comporter, ce qui est acceptable et non acceptable pour un genre.

Corinne L. Mason. (photo : Archives La Liberté)

« Notre société fonctionne sur des genres binaires, c’est-à-dire que les personnes assignées hommes sont censées grandir en tant qu’homme et de s’exprimer de la manière la plus masculine possible. Pareillement pour les personnes assignées femmes. »

Durant l’enfance, puis l’adolescence, Janelle Jay Campagne a cheminé autant sur son identité sexuelle que de genre. « J’ai grandi d’une manière où il fallait qu’on se conforme à ce que la société attendait de moi en tant que personne assignée femme à la naissance.

« J’ai toujours poussé les limites, comme porter un tee-shirt dinosaure si j’en avais envie, même s’il y avait des réflexions. Ma famille était prise dans le tout rose, tout violet, les jupes, les robes. Je pensais que c’était la chose à faire.

« C’était difficile, parce que ce n’est pas ce que je voulais porter. Ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai alors caché cette identité à l’intérieur de moi.

« À l’adolescence, la partie masculine de moi est beaucoup ressortie. En cachette, je m’habillais plus masculin. C’est dans cette même période que je me suis rendu compte que j’étais lesbienne. »

| Être inclusif dans la langue française

Janelle Jay Campagne navigue donc dans une société guidée par des genres binaires. Pourtant, Corinne L. Mason souligne que toutes les sociétés ne sont pas binaires et que la nôtre ne l’a pas toujours été.

« Dans l’Histoire, il y a des preuves d’histoires de personnes transgenres ou non conformes au genre. Ces personnes existent depuis toujours. 

« Dans un contexte pré-colonial au Canada, on s’aperçoit que des cultures autochtones ne traitaient pas le genre de la même façon que ce que les colons européens ont amené avec eux.

« Aujourd’hui, il y a des langues sans construction de genre ailleurs dans le monde, comme le japonais. »

D’un point de vue historique, les langues en Europe, comme le latin et le grec par exemple, utilisaient trois genres : le masculin, le féminin et le neutre. Certaines langues ont gardé ces trois genres, comme l’allemand et le russe, mais d’autres ont éliminé le genre grammatical neutre, comme le français et l’espagnol, les rendant binaires. Janelle Jay Campagne donne quelques pistes de réflexion pour être plus inclusif en français. « J’utilise le pronom iel, c’est comme un mélange de il et elle. C’est le pronom qui m’identifie le plus.

« C’est vraiment toute une affaire de s’identifier non-binaire en français. Tout est masculin ou féminin, quand on parle des adjectifs. Moi, je mets les deux terminaisons, ce qui est plus facile à l’écrit, par exemple : Janelle est excité.e, avec un point ou excité·e avec un point médian.

« Encore une fois, c’est différent pour toutes les personnes. Il vaut mieux demander pour ne pas faire d’erreur. »

Pour Corinne L. Mason, c’est avant tout une question de bien-être mental. « Il y a tellement d’études qui montrent que le simple fait d’utiliser le bon prénom, les bons pronoms, a un impact significatif sur la santé mentale et sur le bien-être général. C’est si simple de juste croire les gens quand ils disent qui ils sont.

« Le genre binaire construit une si grande partie de notre vie qu’il semble presque naturel. C’est très difficile pour les gens qui ont appris le genre d’une manière particulière et qui le vivent différemment. Il n’y a pas que deux options.

« Pour les personnes cisgenres, la non-conformité de genre et les personnes non-binaires les obligent à réfléchir à la binarité de genre et s’ils se sentent vraiment à l’aise avec leur genre à eux. »

Texte issu des témoignages de notre balado Autres Regards sur la non-binarité. Pour écouter cet épisode : 

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