Lynn Caron-Plischke et Annika près des bureaux de la Fédération Métisse du Manitoba. (photo : Raphaël Boutroy)

Il y a 11 ans Lynn Caron-Plischke en apprend plus sur son identité. Après des années de recherches et d’interrogations, la Fédération métisse du Manitoba (FMM) lui a confirmé qu’elle était métisse.

Elle a également découvert qu’elle était une descendante d’un de ceux qui ont participé à la Bataille de Batoche, Jean Caron.

Par Jonathan SEMAH

Comme un nouveau jalon dans sa quête identitaire, Lynn Caron-Plischke a emmené fin juillet sa fille Annika à Batoche en Saskatchewan pour l’évènement Back to Batoche, qui célèbre la culture et le patrimoine métis.

Organisée par la Nation métisse de la Saskatchewan, Back to Batoche fêtait cette année sa 50e édition.

Lynn Caron-Plischke et Annika devant la maison de Jean Caron à Batoche. (photo : gracieuseté)

Batoche est le lieu historique national qui garde la mémoire de l’ultime bataille de la Résistance du Nord-Ouest en mai 1885. La défaite du camp métis a mené à l’emprisonnement de Louis Riel.

C’est donc dans ce lieu chargé d’histoire que Lynn Caron-Plischke a passé quelques jours avec sa fille. « C’était la deuxième fois que j’allais à Batoche. Mais c’est la première fois que j’y allais en conscience de mon identité. Je l’ai vécu comme une partie de mon trajet initiatique pour mieux me connaître et savoir ce que veut dire être métisse. Avec ma fille, nous avons ressenti beaucoup d’émotions. C’était un sentiment d’appartenance qui est dur à décrire. »

Pour Annika, 18 ans, c’était sa première expérience à Batoche. « J’ai découvert beaucoup de choses. J’ai réalisé que même si j’avais appris cette histoire à l’école, y être physiquement change beaucoup la perception. Être intégrée au cœur de la culture et de la communauté métisse pendant l’évènement, ça donne un tout autre sentiment. »

Annika au côté de son cousin Travis Tessier devant la maison de Jean Caron. Travis donne d’ailleurs des tournées à la maison Caron. (photo : gracieuseté)

| Une question familiale

Voilà donc une dizaine d’années que Lynn Caron-Plischke a commencé à se poser des questions sur sa réelle identité. Encouragée par son partenaire de l’époque qui est métis, elle s’est tournée vers d’autres membres de sa famille.

« Ma sœur et moi, on posait parfois des questions à notre mère. On voulait savoir si l’on avait du sang autochtone dans notre famille. Sa réponse n’était jamais claire, elle disait : Oui, je pense que peut-être, loin là-bas, peut-être oui. C’était tout. Mais ça ne me suffisait pas.

« De son côté, mon partenaire était convaincu de mon identité. Il m’a donné beaucoup de confiance. Ma tante m’a confirmé, sans aucune hésitation, que nous étions métis. »

Ernest Caron avec sa fille Rena Jeanne Caron qui est la mère de Lynn Caron-Plischke. (gracieuseté Archives famille Caron)

Se découvrir ou se redécouvrir quand on est adulte a représenté un moment étrange pour Lynn Caron-Plischke qui a remis en question certains aspects de sa vie. En parallèle à ce sentiment étrange, elle a aussi connu un vrai soulagement d’avoir enfin les réponses à ses questions.

« C’était comme un mystère enfin résolu. J’ai commencé à ressentir de la fierté surtout en découvrant ce qu’avaient fait les membres de ma famille. La Bataille de Batoche s’est en partie déroulée sur les terres de ma famille. D’ailleurs, avant ma prise de conscience, je ne connaissais pas spécialement l’histoire de Jean Caron, son rôle dans la Résistance ou celui de ses deux fils. Notre histoire métisse est très riche. »

Pour Annika, découvrir et mieux comprendre cette part de son identité en présence de sa mère représente une vraie chance.

« Ça me rend fière de mieux sentir que ma famille a participé à cette grande histoire. C’était nouveau pour moi. À Batoche, voir la maison des Caron a rendu les choses concrètes. J’ai pu cerner d’où venait ma famille. »

Jean Caron et Marguerite Dumas (au centre) devant la maison Caron entre 1895 et 1900 avec d’autres membres de la famille. La maison a été construite de nouveau en 1895, 10 ans après que les soldats l’avaient brulée pendant la bataille de Batoche. Jean Caron est mort en 1905. (photo : gracieuseté Archives famille Caron)

| En apprendre plus

Cette année, à l’occasion du 50e de l’évènement Back to Batoche et dans l’esprit de la réconciliation, le gouvernement du Canada a transféré 690 hectares de terres à l’ouest du lieu historique national de Batoche à la Nation métisse de la Saskatchewan. En effet, « ces terres revêtent une importance culturelle, spirituelle et historique profonde pour les citoyens de la Nation métisse de la Saskatchewan. » Aussi, certains anciens combattants sont enterrés dans ce sol.

Dans le même communiqué de presse, Dan Vandal, ministre des Affaires du Nord et signataire de cet accord, présente cet étape comme un réel progrès. « Les liens aux territoires ancestraux sont essentiels dans les cultures autochtones et pour l’identité de chacun. La collaboration entre Parcs Canada et Nation métisse de la Saskatchewan en ce qui concerne le lieu historique national de Batoche marque le resserrement de cette relation grâce à la restitution des terres ancestrales aux Métis et c’est une autre étape vers gestion collaborative du lieu historique national de Batoche. Ce transfert de terres fait progresser la réconciliation par des gestes significatifs à l’égard des Métis. »

Pour Lynn Caron-Plischke et sa famille, ce moment politique a d’ailleurs été l’un des temps forts de l’évènement qui les incite à poursuivre leur quête identitaire. Elle et ses enfants ont depuis quelques années leurs cartes de la Fédération métisse du Manitoba (FMM). Justement Annika tient à insister qu’« aller à Batoche m’a vraiment ouvert les yeux. Je vois les choses avec une différente perspective. Visiter des musées, lire, faire des activités avec la FMM, sont autant de choses que je vais faire. »

Sa mère aussi veut poursuivre sa plongée dans l’histoire de sa famille. « En Saskatchewan, nous avons rencontré des cousins qui sont aussi descendants de Jean Caron. J’ai hâte de discuter encore plus avec eux. C’est un chemin aussi pour ma mère, donc on fait ça en famille. Maintenant, tout le monde veut savoir qui il est et quelles sont ses racines. Ça va nous permettre de mieux saisir notre place dans l’histoire du Canada.»

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