Adrian Ashcroft, volontaire depuis plus de dix ans à Fort Whyte Alive. (photo : Marta Guerrero)

Adrian Ashcroft consacre une partie de sa retraite comme bénévole au coeur des 660 acres du parc naturel de Fort Whyte Alive. Pour la série Au coeur du bénévolat, il revient sur son activité, ses difficultés, mais surtout sa passion absolue pour la transmission du savoir.

Par Matthieu CAZALETS – Collaboration spéciale

Alors qu’on pénètre dans un des bâtiments au coeur gigantesque du sud de Winnipeg, la voix passionnée d’Adrian Ashcroft s’enclenche : « Tu vois cet aquarium, avant, il y avait de plus gros poissons. Mais un vison est entré pendant la pandémie et a tout cassé. » À Fort Whyte Alive, il est comme chez lui, et regorge d’anecdotes sur un site qu’il connaît maintenant sur le bout des doigts, foulant ces terres depuis plus de 11 ans.

Avant de devenir bénévole à Fort Whyte, l’ancien programmeur informatique avait deux passions, le bénévolat et l’apprentissage des langues : « J’ai toujours aimé le bénévolat, à l’Université du Manitoba, j’utilisais mon bureau à midi pour enseigner l’anglais aux étudiants qui étudiaient l’anglais à l’Université. Ils sont venus d’Amérique du Sud. Je pratiquais l’anglais avec eux, et parfois, je pratiquais l’espagnol avec des étudiants anglophones. »

| L’amour de l’enseignement

Lorsque l’heure de la retraite a sonné, impossible pour celui qui est arrivé d’Irlande à 17 ans d’arrêter toute activité. Fort Whyte Alive est cependant arrivé complètement par hasard dans sa vie : « J’étais sur le point d’enseigner l’anglais aux Espagnols et l’espagnol aux Anglophones. Ma femme a remarqué une annonce publicitaire pour Fort Whyte : On recherche des bénévoles pour faire n’importe quoi. Je ne savais pas exactement de quoi il s’agissait. »

Finalement, ce seront les tournées, et plus particulièrement destinées aux enfants, quelque chose qu’il n’avait jamais vraiment expérimenté : « Quand je suis venu ici, on parlait des groupes scolaires, je me suis dit : Ok, je ne m’attendais pas à cela, mais je vais l’essayer. » Un choix salvateur pour lui. Sourire aux lèvres, il s’écrie dans un français parfait : « Maintenant, c’est le meilleur travail que j’ai jamais eu. »

Adrian Ashcroft se présente, plein d’humilité, comme un traducteur bilingue lorsqu’on discute avec lui. Pourtant, il parle l’anglais, l’allemand, qu’il a rêvé d’apprendre en regardant des films de guerre plus jeune, l’espagnol, qu’il enseignait aux étudiants anglophones, et enfin le français : « Quand je suis arrivé ici au Manitoba, on m’a enseigné le français. Je ne prenais pas très au sérieux, mais je voulais l’apprendre, c’était moi. » 

Après quelques cours à l’université, il a développé la langue au contact de francophones : « Au début, je parlais avec un accent un peu français parce que j’avais des amis de France et en parlant avec eux et en lisant des livres et en regardant la télévision, j’ai appris le français. »

| Apprendre 

Les tournées au coeur de la nature et dans la langue de Gabrielle Roy, il les maîtrise aujourd’hui parfaitement. Quatre jours par semaine, il éduque les jeunes et les moins jeunes aux beautés du parc naturel. 

Il aime tout de même plaisanter sur ses débuts hésitants : « J’aime bien ça. La première fois ici, j’étais très nerveux. Le premier été, j’ai enseigné à un groupe ici. J’étais très très nerveux mais ça ne s’est pas bien passé. Parfois, j’ai des difficultés parce que les enfants se couvrent la bouche et parlent très très bas. Je suis plus âgé et mon ouïe n’est pas aussi bonne qu’auparavant. C’est le plus gros défi. »

Ces jeunes enfants, pourtant, il les affectionne particulièrement. Leur curiosité naturelle trouve un écho auprès de celui pour qui la transmission est devenue une vocation. Une nouvelle anecdote lui vient en tête à ce sujet : « Je suis émerveillé par les élèves. Ils disent des choses incroyables, même quand ils sont très très timides. Une fois, il y avait une petite fille autochtone. Elle voulait marcher à côté de moi et elle ne voulait pas parler. On se déplaçait et elle ne disait rien. Puis elle m’a dit J’ai un attrape-rêves. C’est tout ce qu’elle voulait dire, et pour moi, c’était absolument précieux. »

Transmettre oui, mais apprendre aussi. Il dit énormément emmagasiner de connaissances grâce à cette expérience : « J’ai beaucoup appris. J’ai tou-jours étudié la nature, l’histoire et la culture, mais j’ai appris encore plus ici. Il y a des choses que je dois apprendre pour faire les cours et j’aime bien ça. »

Et Adrian Ashcroft ne compte pas s’arrêter là. On n’a à peine le temps de finir la question sur son futur en tant que bénévole qu’il déclare : « Oh oui, je vais continuer… ». Puis l’hésitation l’envahit, il réfléchit quelques secondes et, en éclatant de rire, conclut : «…jusqu’à la mort. »

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