Dr Philippe Lagacé-Wiens, spécialiste en microbiologie médicale, diagnostic et développement des maladies infectieuses. (photo : Marta Guerrero)

Les pays du monde entier se penchent sur les cas de COVID longue, aussi appelée affection post-COVID-19 pour essayer d’en cerner la nature. Même si certaines données récoltées semblent concorder et que nos connaissances de la maladie continuent d’évoluer, force est de constater que certaines zones d’ombre persistent. 

Par Hugo BEAUCAMP

Si la plupart des personnes atteintes de la COVID-19 se rétablissent complètement, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’environ 10 % à 20 % de ces individus continuent d’en subir les effets des mois après la contamination initiale. L’affection post-COVID-19 se définit comme une maladie qui survient chez des personnes ayant un antécédent d’infection confirmé (ou pas) du SARS-CoV-2. Elle surviendrait généralement dans les 3 mois suivant l’infection. Mais cette définition donnée par l’OMS est susceptible d’évoluer avec le temps et les avancées scientifiques. 

Selon le Dr Philippe Lagacé-Wiens, spécialiste en microbiologie médicale, diagnostic et développement des maladies infectieuses, il n’existe pas encore de consensus scientifique quant à la caractérisation de la COVID longue : 

« Le problème, c’est qu’il nous manque encore une définition précise. Certains chercheurs estiment que n’importe quel symptôme qui persiste au-delà de 8 semaines après l’infection constitue la longue COVID. D’autres attribuent l’affection à certains symptômes seulement, comme la confusion cognitive, la fatigue excessive, ou encore des symptômes respiratoires sévères. » 

En ce qui concerne les symptômes, la liste est longue : fatigue, difficultés respiratoires, problèmes de mémoire, trouble du sommeil, toux, douleurs thoraciques, musculaires, difficultés d’élocution, perte de l’odorat ou du goût, ou encore fièvre. Mais ce n’est pas tout, car en plus de ces répercussions physiques, la COVID longue peut aussi affecter la psyché des malades. Ainsi, on peut ajouter à la liste, la dépression et l’anxiété. Notons tout de même qu’être atteint de l’un de ces symptômes ne signifie pas systématiquement qu’une personne souffre de COVID longue.

| Des symptômes handicapants

Car même si on ne parle que de lui en raison de l’actualité, le SARS-CoV-2 n’est pas le seul virus à donner lieu à des effets « longue durée ». 

« On observe parfois une persistance des symptômes suite à une infection virale, comme la grippe, qui peut entraîner une fatigue sur le long terme », explique le spécialiste des maladies infectieuses, « la différence avec la COVID, c’est que les symptômes sont plus aiguës. Aussi, c’est un nouveau virus qui s’est propagé de manière exponentielle, alors forcément le nombre de personnes concernées est beaucoup plus important. » 

À ce propos, parmi la constellation de symptômes qui accompagnent l’affection post-COVID-19, le Dr Philippe Lagacé-Wiens souligne que certains sont plus problématiques que d’autres. « J’ai moi même souffert d’une toux persistante qui a duré 4 mois, mais ça n’a pas affecté ma vie quotidienne. Les symptômes qui entraînent une confusion mentale, comme la fatigue ou les troubles de la mémoire, sont plus inquiétants selon moi. Ils impactent directement le fonctionnement des personnes, leur capacité à travailler ou à socialiser donc, leur bien-être », conclut-il. 

Selon les chiffres actuels (Our World In Data) le nombre total de personnes au Canada ayant été atteintes de la COVID depuis le début de la pandémie s’élève à 4,17 millions. En gardant à l’esprit les estimations de l’OMS, cela signifie que le pays compterait à l’heure actuelle environ 800 000 personnes atteintes de COVID longue. Pour le moment, la durée de la pathologie est difficile à définir clairement tant elle peut varier d’un individu à un autre. La patience est-elle pour autant le seul remède? 

| Faire avancer la science

S’il n’existe pas encore véritablement de traitement, Dr Philippe Lagacé-Wiens se veut rassurant : « Certaines études ont démontré que la vaccination réduit les risques d’affection post-COVID-19. Elle permet aussi d’en améliorer les symptômes. Ces derniers sont en fait le résultat d’une mauvaise régulation du système immunitaire provoquée par le virus. L’immunisation permet entre autres de rétablir une activité immunitaire plus normale », assure-t-il. 

« Au delà de ça, on parle alors de traitement symptomatique. Par exemple, on essaie de traiter la fatigue avec des traitements qui aident à améliorer le sommeil car on pense que les pathologies sont similaires. Il n’existe pas de traitements spécifiques à la COVID longue, alors il s’agit plutôt d’en contrôler les symptômes. » 

L’OMS préconise aux personnes ayant été infectées par la COVID-19 d’attendre au moins 3 mois. Au-delà de ce délai, si les symptômes persistent, un diagnostic d’affection post-COVID peut être posé. La démarche à suivre est alors relativement simple. En premier lieu, il est conseillé de consulter son médecin traitant afin d’avoir accès aux traitements disponibles. Si ce n’est pas déjà fait et si c’est possible, la vaccination aussi est vivement recommandée. Finalement, Dr Philippe Lagacé-Wiens encourage les patients à participer aux recherches sur la longue COVID, car après tout, « c’est le meilleur moyen de faire avancer la science. » 

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