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La région de Santé a dû déclarer, à la fin juin, une éclosion de cas de coqueluche. En effet, 152 cas confirmés ou probables avaient été signalés à Santé Manitoba depuis janvier.

Dr Davinder Singh est médecin hygiéniste pour Santé Sud. Il se veut rassurant sur la situation et précise que plusieurs facteurs viennent expliquer ce foyer. « Il y a une combinaison d’éléments à prendre en compte. Tout d’abord, le virus de la coqueluche est cyclique. Une augmentation des cas est attendue tous les deux à cinq ans, sur une année complète.

« Cependant, si nous avons décidé de déclarer une éclosion, c’est que malgré l’anticipation de l’augmentation des cas, celle-ci a été trop importante. C’est-à-dire qu’habituellement avec les cycles, nous avons 180 cas dans une année haute. Là, nous sommes en juillet et il y a déjà eu 154 cas au Manitoba. C’est préoccupant. »

Outre l’aspect cyclique du virus, la pandémie de COVID-19 et les mesures sanitaires mises en place ont pu freiner les soins de santé classiques tels que la vaccination. Dr Davinder Singh précise : « Pendant la pandémie, la vaccination des plus petits a drastiquement baissé, ainsi que les rappels de vaccins. Les écoles étaient fermées donc certains rappels n’ont pas pu se faire, ou alors le personnel médical était mobilisé pour venir en aide à leurs collègues pour combattre la COVID-19. »

Risques

Dr Philippe Lagacé-Wiens, microbiologiste à l’Hôpital Saint-Boniface, vient mettre en garde contre cette maladie. « La coqueluche est une maladie bactérienne. Elle se développe en trois stades.

« Le premier stade se manifeste comme un rhume. C’est-à-dire que la personne va avoir un écoulement nasal, un peu de douleur dans la gorge. Il est rare que la personne soupçonne la coqueluche à cette période. Cependant, ce stade dure une à deux semaines.

« C’est au deuxième stade que la maladie devient plus difficile. La personne va avoir une toux très intense. Intense au point qu’il est possible d’avoir des difficultés respiratoires, avec une pénurie d’oxygène. »

C’est à ce stade de la maladie que des complications peuvent subvenir, comme l’explique Dr Philippe Lagacé-Wiens. « Les complications les plus sérieuses peuvent subvenir chez les plus jeunes et les femmes enceintes. Il y a des risques d’apnée, les personnes ne respirent plus pendant un certain temps. Il y a un risque de développer des pneumonies, le système nerveux central peut être touché et provoquer des convulsions. Ce sont environ 6 à 10 % des enfants qui peuvent subir des complications. Chez les femmes enceintes, c’est beaucoup plus fréquent.

Des complications

« Il faut penser que ce stade de la maladie dure entre deux et trois mois, alors les personnes deviennent très faibles parce que c’est difficile de se nourrir et de tousser. Les personnes sont alors affaiblies etilyadesrisquesdese fracturer des côtes ou encore d’incontinence. »

Le dernier stade est une phase de convalescence qui peut durer plusieurs semaines, suivant les symptômes de la personne.

Sur le site de Santé Canada, il est noté que le vaccin de la coqueluche « devrait être administré à l’âge de 2, 4 et 6 mois et entre l’âge de 12 et 23 mois, suivi par une dose de rappel du vaccin entre 4 et 6 ans et une dose de rappel du vaccin entre 14 et 16 ans. » Bien avant la COVID-19, en 2017, la région de Santé Sud avait le taux de vaccination le plus bas par rapport à la coqueluche. En effet, 71,3 % des 3 119 bébés âgés d’un an étaient vaccinés. Bien en deçà du taux de vaccination de la province, qui s’établissait à 82,3 %.

En 2020, les deux taux avaient baissé. 67,6 % des bébés d’un an étaient vaccinés dans la région de Santé Sud contre 79,9 % pour ceux de la province (1).

Regagner la confiance

Depuis 2020, aucune donnée n’est disponible sur les taux de vaccination. Cependant, avec la COVID-19, les débats contre les vaccins ont repris et la méfiance s’est accentuée. Dr Davinder Singh en est bien conscient et explique qu’une grande partie de son travail repose sur la confiance des patients.

Dr Davinder Singh
Dr Davinder Singh est médecin hygiéniste pour Santé Sud. (photo : Gracieuseté)

« Même si les campagnes de vaccination n’ont jamais cessé, certaines routines ont pu être interrompues. Nous commençons à retrouver le même niveau de campagne qu’avant la COVID-19.

« Il faut du temps. Chaque communauté est différente. Alors nous déployons des efforts pour rouvrir des cliniques de vaccination afin que les familles en retard puissent retourner se faire vacciner. Certaines familles sont directement contactées, surtout quand nous avons des traces de précédentes vaccinations. »

Dr Davinder Singh croit qu’un travail d’écoute est essentiel pour rebâtir la confiance. « Il faut reconnaître que Santé Sud a toujours eu un taux de vaccination bas. Ce qui va marcher pour certaines communautés ne va pas forcément s’appliquer pour d’autres. Il faut avancer avec prudence. Nos stratégies reposent d’abord sur le fait que les personnes qui veulent se faire vacciner doivent avoir des occasions de le faire.

« Ensuite, c’est un travail de longue haleine de reconstruire la confiance des personnes envers le système de santé. Il faut parler, expliquer ce que nous faisons, donner des renseignements fiables. Nous sommes là pour répondre aux préoccupations des gens. »

(1) Il est possible de consulter les rapports de vaccination sur le site du gouvernement du Manitoba, en anglais seulement.