L’analyse des données statistiques montre une érosion constante de l’activité entrepreneuriale.
La part du travail autonome dans l’emploi total au Canada est passée de 16,1 % en 2000 à 12,9 % en 2025, atteignant son plus bas niveau depuis des décennies.
Le nombre de travailleurs autonomes ayant des employés rémunérés a chuté de près de 18 %, passant d’un sommet de 867 000 en 2005 à 716 000 en 2025.
En 2023, le taux de création de nouvelles entreprises n’était que de 12,3 %, soit environ la moitié du taux de 25 % enregistré au début des années 1980.
C’est justement en 2023 que Vincent Blais-Shiokawa s’est consacré à temps plein à son entreprise Adventures Within Media Inc. (AWMI). Fondée initialement en 2019, il s’agit d’une compagnie de production de vidéos promotionnelles.

Invité à commenter cette étude, Vincent Blais-Shiokawa observe lui plusieurs défis à entreprendre. Il cite notamment le coût de la vie.
« Ce qui rend la vie compliquée pour tout le monde en ce moment, pas juste les entrepreneurs, c’est la hausse du coût de la vie. Essence, épicerie, loyer, je pense que ça fait hésiter plusieurs personnes qui veulent entreprendre », dit-il.
Parmi les autres obstacles relevés dans l’étude de l’IEDM, il y a des réformes comme le passage du taux d’imposition fédéral maximal de 29 % à 33 % en 2016 et l’incertitude entourant le taux d’inclusion des gains en capital qui ont envoyé un signal négatif aux investisseurs.
La lourdeur administrative a aussi un impact. En 2024, le coût total de la réglementation pour les petites entreprises s’est élevé à 51,5 milliards $. « Sur ce total, 17,9 milliards $ représentent de la simple « paperasserie » attribuable à une conformité inutile ou redondante », précise l’étude de l’IEDM.
Les entreprises de moins de cinq employés sont les plus pénalisées, avec des coûts de mise en conformité de 10 200 $ par employé.
Coût de la vie et lourdeur administrative
Adventures Within Media compte quatre employés présentement. Même s’il reçoit de l’aide dans ce domaine, Vincent Blais-Shiokawa constate lui aussi des difficultés liées à l’administratif.
« Je suis relativement chanceux car depuis au moins un an, ma mère m’aide pour cette partie-là.
« Mais c’est un apprentissage qui est extrêmement difficile parce que ni l’un ni l’autre, on n’a pas été éduqué, on n’a pas eu de formation, je n’ai pas un mentor qui nous montre ça.
« Donc tous les jours, on apprend un nouveau document qu’on doit apprendre, qu’on a dû remplir, ou qu’on devait remplir, qu’on n’a pas rempli et donc on est en retard. Évidemment, c’est peut-être juste le manque d’expérience.
« Mais, ça devient énorme comme tâche, ce qui implique que je passe moins de temps à faire mon travail. »
Pour le chef d’entreprise moyen, cela signifie une perte de 32 jours de travail par an uniquement à cause de la paperasserie, indique les données.
Sur ce sujet, Charles Lammam, senior fellow à l’IEDM et auteur de la publication, ajoute : « Les données montrent que lorsque l’environnement fiscal et réglementaire devient plus contraignant, l’activité entrepreneuriale diminue. Les entrepreneurs veulent bâtir des entreprises et créer des emplois, pas passer leur temps à faire de la paperasse et à se conformer à des exigences administratives »
D’ailleurs, seuls 18 % [des entrepreneurs] recommandent de démarrer une entreprise dans le contexte actuel, peut-on notamment lire dans la Note économique de l’IEDM.
Malgré tout, Vincent Blais-Shiokawa confie lui n’avoir aucun regret à s’être lancé dans l’entrepreneuriat. « Lancer ma propre entreprise, ça a probablement été l’expérience la plus valorisante de ma vie! », affirme-t-il.
« Beaucoup de gens ont misé sur nous et beaucoup de clients nous ont fait confiance. C’est une expérience que je ne pourrais pas critiquer et que très peu de gens vont pouvoir avoir dans leur vie. Donc, je ne le regretterai jamais. »

