À Saint-Malo, The Prairie Alchemist est devenu un lieu de rencontre incontournable. L’établissement illustre le rôle essentiel que peuvent jouer les commerces de proximité dans la vitalité des communautés rurales.

The Prairie Alchemist se remet doucement d’un déjeuner occupé. Quelques personnes passent commande et attendent leurs boissons et sandwichs installés sur un canapé aux motifs floraux.

Dans la pièce adjacente au comptoir, Cyndi Broughton, propriétaire du café, lève les yeux de son écran d’ordinateur et se tire du creux d’un fauteuil matelassé pour nous accueillir avec un grand sourire.

D’un signe de tête, elle montre le menu des boissons, rédigé à la craie sur un grand tableau noir placardé au mur.

« Tu vas voir, une gorgée et tu auras le sentiment d’avoir les pieds dans le sable! » Difficile de refuser.

Un Island Breeze plus tard, nos papilles voyagent, quant à nous, nous sommes toujours bien à Saint-Malo, à une heure au sud de Winnipeg.

C’est au début de l’année 2025 que The Prairie Alchemist est sorti de terre au cœur du village de Saint-Malo, mais son histoire remonte un peu plus loin, en 2021.

« On m’a diagnostiqué un cancer. J’avais perdu ma mère à cause du cancer en 2019 alors quand j’ai été diagnostiquée je me suis dit que c’était la fin. Finalement, j’ai suivi un traitement et ma perception de la vie a changé. J’ai commencé à m’interroger sur la prochaine étape. »

Pendant qu’elle suit son traitement, Cyndi Broughton obtient un diplôme en herbologie.

Elle sait désormais ce qu’elle veut faire : « Mes propres mélanges de thé! Mais surtout créer un lieu, au sein de ma communauté, où les gens peuvent se rassembler ».

Et d’un tel lieu, le village de Saint-Malo en avait besoin. En effet, The Prairie Alchemist est le seul café-restaurant du village.

Selon Charlene Geiler, conseillère municipale pour Saint-Malo à la municipalité rurale de De Salaberry se souvient « d’un manque ».

« Il n’y a pas beaucoup de choses à faire pour les personnes ici. On avait besoin d’un café, un endroit où l’on se sent chez soi. »

Pour les aînés notamment, le lieu donne une bonne raison de rester actif, physiquement et socialement.

« Je vois nos résidents marcher et se rendre au Prairie Alchemist au moins deux fois par semaine. C’est bon pour eux, c’est un endroit où ils peuvent boire un café, certes, mais aussi discuter. »

Une affaire de communauté

L’on parle des aînés, mais c’est valable pour toutes les tranches d’âges et la propriétaire du café témoigne elle-même des liens qui se créent sous le toit de son établissement.

« On organise des soirées quiz, des soirées puzzles, peinture, on offre aux gens l’occasion de sortir de chez eux. On voit parfois des gens qui prennent place pour commencer un jeu et ils sont rejoints par de parfaits inconnus. Ce café, c’est la communauté. »

Pour le comprendre, il suffisait d’être présent lors de la 14e édition de la Fosse aux lions, organisée par le CDEM ce 22 avril.

Plus d’une dizaine de résidents de Saint-Malo avaient fait le déplacement jusqu’au Théâtre Cercle Molière pour soutenir Cyndi Broughton qui en a encore les larmes aux yeux.

« Le nombre de personnes qui étaient présentes ce soir-là, et ils ne sont même pas tous de ma famille, c’étaient des membres de la communauté. Je n’en reviens toujours pas. »

C’est donc sous les applaudissements de sa communauté qu’elle a remporté les 15 000 $ du concours de gens d’affaires.

Le café-restaurant accueille régulièrement un nombre important d’évènements et fait quasiment office de centre communautaire.

L’attachement du village envers l’entreprise est justifié à bien des niveaux, et il existe un véritable corpus de recherche scientifique sur le sujet.

Au-delà d’un lieu de consommation, les cafés, en particulier dans les communautés isolées des grands centres urbains, sont des lieux où l’on produit et maintient le lien social.

Dans son ouvrage The Great Good Place (1989) le sociologue américain Ray Oldenburg défendait l’importance des espaces publics de rassemblement informels (comme les cafés).

Il attribua le terme « troisième lieu » à ces espaces qui se situent en dehors des sphères de la maison et du travail.

Il démontrait notamment que ces lieux jouent un rôle essentiel dans la vitalité des communautés. En milieu rural, ils ont d’autant plus d’importance que les lieux de rencontres sont moins nombreux.

C’est ce que soulignent plusieurs études menées en Irlande et aux États-Unis. Ces dernières démontrent que les entreprises locales en milieu rural se situent souvent au centre des struc- tures sociales.

Elles mettent en exergue la manière dont ces lieux contribuent à façonner à la fois le développement économique, mais aussi le tissu social local.

Ces troisièmes lieux sont efficaces pour lutter contre l’isolement et renforcer le bien-être individuel.

Enfin, du côté de Charlene Geiler, l’on voit aussi ce commerce comme un atout d’attractivité solide.

« Saint-Malo est un village très touristique pendant l’été avec nos parcs et nos campings. Avoir un café nous rend plus attractifs pour tous les âges. »

Initiative de journalisme local