Décédé ce 12 mai 2026, l’auteur et ancien journaliste laisse le souvenir d’un homme libre, qui pensait haut et fort.

Né à La Broquerie en 1954, Jean-Pierre Dubé s’est éteint le mardi 12 mai.

C’est niché dans le creux des alpes, entre neige et verdure, l’Italie et la Suisse qu’il avait décidé de s’installer après une longue carrière au Canada.

Jean-Pierre Dubé débute sa carrière en tant que reporter à Radio-Canada au Manitoba avant de rejoindre La Liberté où il sera rédacteur en chef.

Résolument un homme de lettres, il écrira une dizaine d’ouvrage, des pièces de théâtre, des romans, des recueils de nouvelles.

En avril 2001, il se voit remettre le premier Prix Rue-Deschambeault pour son deuxième roman Ma Cousine Germaine (2000).

À l’époque, le livre est publié aux Éditions du Blé, sous la direction de Lucien Chaput, qui se souvient très bien de l’auteur franco-manitobain.

« C’était un journaliste, quelqu’un de curieux, qui cherchait les réponses à toutes sortes de questions et qui n’avait pas peur de dire ce qu’il pense. »

Lucien Chaput revient notamment sur les contributions de Jean-Pierre Dubé à la littérature franco-manitobaine.

« Quand je pense à La Grotte (1996) ou encore Ma Cousine Germaine (2000) qui étaient des romans plutôt modernes pour le Manitoba français, je pense que ça fait date. On a une littérature moderne francophone aujourd’hui grâce à des romans de ce genre. »

L’auteur Roger Léveillé, lui aussi parle d’un auteur qui a laissé sa marque, notamment dans monde du théâtre.

« Ce qui caractérise son œuvre, c’est cet œil critique, une grande probité, et un engagement humaniste. Il a été l’un des premiers à évoquer, en fiction manitobaine, le sous-sol de la question sexuelle, de ses abus. Comme il le dit dans sa très critique, à tort ou à raison, Évangile de Louis Riel (2017) : « le manque de respect est nécessaire », car « en ne voulant choquer personne, on finit par n’avoir rien à dire ».

« Voilà, malheureusement, la voix que la francophonie manitobaine vient de perdre. »

À travers sa relation professionnelle avec Jean-Pierre Dubé, Lucien Chaput se remémore des moments amusants, « il était de La Broquerie, moi de Sainte-Anne.

Il y a toujours eu une petite compétition entre les deux villages francophones », lance-t-il, en laissant deviner les railleries bienveillantes que les deux hommes s’échangeaient.

« C’était quand même un esprit vif et une personne quand même un peu déchirée. Il a grandi comme moi lorsque la francophonie était plutôt catholique, presque intégriste. Je pense que Jean-Pierre au niveau de ses intérêts c’est ça qui l’a toujours intéressé. Comment on se sort de cette société ou communauté où l’on ne peut pas être soi-même. C’est ce que je retiens de Jean-Pierre, mis à part le fait qu’il avait une très bonne plume, il a dit tout fort ce que nous pensions de cette génération de francophone. »

Un esprit vif, un sens de l’humour, un peu moqueur, un peu râleur en sommes, « un chic type », selon Lucien Chaput.

Une voix pour les parents francophones

Au-delà des arts littéraires, les convictions de Jean-Pierre Dubé pousseront sa carrière vers la Commission nationale des parents franco- phones (CNPF).

En 1995, il est nommé directeur de la formation et de la liaison à la CNPF sous la direction d’Armand Bedard jusqu’en 1998 puis de Murielle Gagné-Ouellette de 1999 à 2019

Le Franco-Manitobain a dédié une importante partie de sa carrière à défendre la mise en œuvre de l’article 23 sur les Droits à l’instruction  scolaire dans la langue de la minorité.

« Nous avons beaucoup travaillé avec les parents de l’Île-du-Prince-Édouard au niveau de la Cour suprême. »

Pour rappeler le contexte, les parents francophones vivant à Summerside, sur l’Île-du-Prince-Édouard réclamaient, en vertu de leurs Droits, la construction d’une école de langue française au sein de leur communauté.

La Cause Arsenault-Cameron aboutira sur une décision de la Cour suprême du Canada le 13 janvier 2000 qui confirmait le droit des parents francophones à obtenir une école.

La CNPF à l’époque s’était rendue en Cour à titre d’intervenant dans l’affaire.

« Jean-Pierre avait travaillé étroitement avec moi sur ces dossiers-là », se souvient Murielle Gagné-Ouellette.

« Il avait cette capacité rare de relier les grands principes des droits linguistiques et les politiques publiques à la réalité concrète des parents et des enfants. Il était mon directeur d’analyse politique et de liaisons avec les groupes membres. C’était un grand communicateur et son profil nous a aider à vulgariser, défendre et documenter nos enjeux liés à l’article 23. »

Au cours de son travail à la CNPF, Jean-Pierre Dubé a également beaucoup travaillé à l’avancement du dossier de la petite enfance qui n’était pas incluse dans l’article 23.

« On formait une équipe. Ce n’était pas toujours facile, car c’était un homme qui avait ses propres idées mais en discutant ensemble on parvenait toujours à identifier ensemble les besoins. On a pu faire avancer les dossiers et donner aux parents franco- phones une voix nationale. »