Par Laurent GIMENEZ
Chaque printemps, au mois de mai, les éditions Larousse et Le Robert offrent à leur public un gros bouquet d’environ 300 nouveaux mots, sens et expressions réunis dans la nouvelle édition du Petit Larousse et du Petit Robert. La sélection 2027 contient quelques beaux spécimens, comme le verbe marrainer, qui se substitue avec bonheur à « parrainer » lorsque le sujet de l’action est une femme ou une fille, voire une entité abstraite désignée par un nom féminin. Exemple : « La ministre [ou l’entreprise] a accepté de marrainer les nouveaux Prix du bénévolat ».
Les fanatiques d’innovation culinaire peuvent désormais vanter les mérites de leur friteuse à air chaud sans avoir à citer le nom commercial « Airfryer ». Et les nostalgiques des petites rues désertes de Lisbonne ou de Kyoto disposent d’un nouveau mot pour désigner la cause de leur malheur : le surtourisme.
À côté de ces termes clairement forgés à partir du lexique français, on trouve dans les éditions 2027, comme dans les précédentes, quelques néologismes d’origine étrangère – surtout anglaise – qui se sont suffisamment bien implantés dans l’usage pour mériter les honneurs du Robert ou du Larousse. Certains de ces nouveaux emprunts sont passés directement de l’anglais au français, sans changer de sens ni de forme; c’est le cas de fast-fashion, incel, low-tech et banger (synonyme de « succès », notamment musical). D’autres se sont déjà francisés – manosphère, assertivité, prompter (verbe) –, ce qui augmente leurs chances de survie à long terme, à l’instar des anciens anglicismes « boxe », « redingote » (tiré de riding coat) ou « bifteck ».
Les mots voyagent sans cesse d’une langue à l’autre et font parfois d’amusants allers-retours. Ainsi, beaucoup de termes que nous considérons comme des anglicismes sont issus de vieux mots français qui réintègrent notre lexique après un séjour de quelques siècles dans la langue anglaise. Le mot crush, qui fait son entrée dans l’édition 2027 du Petit Larousse, en est un bon exemple. Apparenté au vieux français « croissir », signifiant « briser, écraser », il nous revient aujourd’hui avec le sens métaphorique de « coup de cœur » ou « coup de foudre », des émotions parfois écrasantes en effet.
Au chapitre des curiosités, mentionnons l’ajout surprenant du canadianisme faque (contraction de « ça fait que ») dans l’édition 2027 du Petit Robert. Citation illustrative : « Une maison, c’est l’amour. Pis là, y a pus de maison. Faque y a pus d’amour » (S. Boulerice). Le même dictionnaire ajoute au mot tintamarre – désignant un ensemble de bruits discordants – le sens qu’on lui donne en Acadie, à savoir la fête du 15 août durant laquelle les Acadiens manifestent leur fierté identitaire en faisant du bruit.
Voici un échantillon de néologismes énigmatiques qui font leur entrée dans le nouveau Petit Larousse ou Petit Robert. Essayez d’en deviner le sens.
1. Charo (France)
a. Morceau de boeuf séché à l’air, frotté au sel et au genièvre (spécialité bourguignonne)
b. Abréviation de « charognard », employée familièrement pour désigner un homme à la recherche de multiples aventures amoureuses
c. Petit tambour d’accompagnement utilisé dans certaines fanfares rurales
2. Kaoter (Afrique de l’Ouest)
a. Stabiliser un objet branlant en glissant une cale improvisée
b. Mettre K.-O., assommer
c. Rejeter (une proposition, un plan, un rapport, etc.)
3. Aquafaba
a. Eau de cuisson de légumes secs utilisée en cuisine
b. Brouillard nutritif servant à la croissance des végétaux en serre
c. Nymphe des sources chaudes et des geysers
4. Cagnotter (France)
a. Mêler des fils de laine de différentes couleurs pour obtenir un effet de dégradé
b. Désigne l’action d’une mer qui commence à former de petites
vagues sous l’effet du vent
c. Accumuler de l’argent ou des points sur une carte de fidélité
5. Instavidéaste (Canada)
a. Spécialiste de la mise en forme rapide d’extraits vidéo
b. Personne qui diffuse du contenu vidéo en direct sur Internet
c. Spécialiste de la captation instantanée des événements cosmiques
Réponses : 1-b, 2-b, 3-a, 4-c, 5-b.