À l’âge de trois mois, en 1963, Jeannette Perrin est adoptée par Claude et Louise (née Girard) Perrin.
C’est lors d’un souper, à l’âge de 11 ans qu’elle apprend la vérité, et son nom de naissance : Gloria Bushie.
Alors dès ses 18 ans, elle prend la décision de tenter de retrouver sa famille biologique, avec le soutien de sa famille adoptive.
À compter de la majorité, Jeannette Perrin est en mesure de remplir et soumettre une demande auprès du ministère de la Famille afin de rencontrer ses parents, « mais l’autre partie devait faire de même et demande à me rencontrer », se souvient-elle.
Si la réponse négative qu’elle reçoit alors est une source de déception, elle n’entame en rien sa motivation.
« J’ai toujours cherché. Je lisais les nécrologies, chaque fois que je rencontrais une femme, je lui demandais son nom de jeune fille. Nous autres les Manitobains on essaie toujours de trouver des liens, mais j’ai essayé plein de choses, des sites internet, les réseaux sociaux, j’ai fait tout ce que je pouvais, mais je ne savais pas comment trouver ces informations-là. »
La lecture des nécrologies l’amène à penser que son nom de naissance est d’origine autochtone.
« Toutes les personnes dans les nécrologies que j’ai vues avec le nom Bushie étaient autochtones. Je ne trouvais pas que j’avais l’air d’une personne autochtone, alors j’ai pensé que j’étais de descendance métisse. »
Des années plus tard, vers l’âge de 50 ans, Jeannette Perrin baisse les bras et cesse les recherches. S’en vint finalement la pandémie de COVID-19.
À ce moment-là, Jeannette Perrin cherche « quelque chose à faire », et prend la décision de faire sa demande de carte métisse.
Elle se rapproche alors de la Société historique de Saint-Boniface, au Centre du patrimoine, qui la renvoie vers la Manitoba Métis Federation (MMF) dont les accès aux dossiers d’adoption sont meilleurs.
« Mais à ce temps-là, je n’avais aucune information, pas même le nom de mes parents. Pour cette raison, la MMF m’a conseillé de faire demande pour mon certificat de naissance auprès du ministère et c’est comme ça que j’ai appris le nom de ma mère. »
« J’ai commencé à effectuer des recherches avec son nom complet, mais je ne trouvais rien. Elle avait dû se marier et changer de nom de famille. »
Membre d’un groupe sur internet pour les personnes qui recherchent leur famille biologique, elle pose la question aux internautes. L’un des membres lui partage une nécrologie.
« Dès que j’ai vu la photo, j’ai su qu’il s’agissait de ma mère. On a le même visage, pas les yeux, mais le même visage. »
Avec la gorge nouée, Jeannette Perrin continue, « je savais que je ne la rencontrerai jamais, je n’ai pas d’amour pour elle parce que je ne la connais pas. C’est dur à expliquer. Je suis triste de savoir que je ne la rencontrerai jamais. »
Accompagnée de son partenaire, faute de la rencontrer, elle ira lui rendre visite à Minitonas, là où elle est enterrée. Les informations découvertes à travers la nécrologie lui permettent également d’en apprendre davantage sur sa famille biologique.
Bienvenue dans la famille
Démarre alors un nouveau travail de recherche à l’issue duquel, Jeannette Perrin retrouve la trace d’une sœur, une demi-sœur si l’on veut être exact, qui se nomme Denise.
« Je lui ai envoyé toutes les preuves et elle m’a répondu très vite Well… welcome to the family!
« On s’est donné rendez-vous, je l’ai rencontrée elle et ses deux filles et puis en jasant on a découvert qu’on est allé dans la même école pendant un an. »
Ces retrouvailles évoluent et changent en une véritable relation.
« On se parle régulièrement, on se visitait aussi régulièrement avant qu’elle n’emménage vers Sainte-Rose du Lac. Mais on se parle souvent au téléphone et on s’écrit. »
Et les surprises ne s’arrêtent pas là, car pour Jeannette Perrin, la quête de l’identité de son père biologique se poursuit.
À la suite d’un test ADN, la Franco-Manitobaine retrouve une cousine, Cindy Bertrand-Flores, le hasard veut que cette dernière soit une généalogiste génétique.
Grâce à son aide, l’identité de son père biologique, finit par faire surface.
Elle découvre qu’il porte le nom de Pichette, qu’il est décédé en 2007 et qu’elle a les mêmes yeux que lui.
Mais par-dessus tout, elle apprend l’existence d’une autre demi-sœur, Lou-Ann. Là encore, c’est un lien fort qui s’est créé entre celles qui se surnomment les Sistas.
« Elle avait un grand amour pour notre père car sa mère est décédée quand elle n’avait que cinq ans. Il était son héros. Elle m’a apporté une copie de deux vidéos dans lesquelles j’ai pu entendre la voix de mon père. Ce qui était surprenant, c’est qu’on prononce nos « r » de la même façon et nos voix sont semblables! La seule grande différence c’est que son vocabulaire est clairement québécois alors que le mien est manitobain. »
« J’en ai plein le cœur »
Depuis quatre ans, Jeannette Perrin est bénévole en généalogie à la Société historique de Saint-Boniface où elle siège sur le conseil d’administration.
Elle a pu étoffer son propre arbre généalogique aussi et a notamment découvert que le nom de Bushie était épelé de plusieurs façon au sein de l’histoire de sa famille.
« En allant plus loin, j’ai découvert que mon nom de famille n’était pas autochtone, mais canadien-français. Notre nom de famille était Boucher, un nom français anglicisé. »
Accompagné de Lou-Ann, elle s’est rendue à Montréal pour visiter la tombe de son père, y visiter ses lieux préférés. Une manière d’apprendre à le connaître malgré son absence, elle y a fait la connaissance de sa tante, Noëlla, 94 ans.
« Je continue de rencontrer des membres de ma famille biologique, confie-t-elle. L’été dernier j’ai rencontré 14 personnes du côté de mon père. Mon cercle familial a explosé depuis. Il m’en reste plein à rencontrer et je me sens tellement chanceuse que les deux familles m’aient acceptée parmi eux.
« Je les accepte tous! J’en ai plein le cœur! »
Initiative de journalisme local

