Par Erwan LUCAS
Sauf accord de dernière minute entre Ottawa et Washington, le Canada devrait être visé à partir de mercredi par une nouvelle série de droits de douane, qui se veut une réponse au “traitement discriminatoire sur les produits américains”, selon la Maison Blanche.
Ces nouveaux droits de douane s’appliqueront à partir de 00H01. D’un taux de 50 %, ils doivent toucher pour 20 milliards $ de produits canadiens, parmi lesquels le vin, les crosses de hockey ou le ciment.
Plusieurs secteurs considérés comme essentiels, tels que l’énergie, les produits de la pêche ou les minéraux critiques, sont en revanche explicitement exclus de cette nouvelle surtaxe.
Il ne s’agit pas de la première salve de surtaxes visant les produits canadiens et la part de produits touchés représente seulement une fraction des 383 milliards $ exportés chaque année vers les Etats-Unis.
Mais la nouveauté vient du fait que certains des produits ciblés entraient jusqu’ici aux Etats-Unis dans le cadre de l’accord nord-américain de libre-échange (ACEUM).
Washington a justifié ces droits de douane par les représailles prises par Ottawa en réponse à la précédente série de surtaxes imposée par les Etats-Unis.
Selon la Maison Blanche, le Canada était l’un des deux seuls pays avec la Chine à avoir riposté aux efforts américains pour “rééquilibrer (leur) balance commerciale”.
Elle a également dénoncé le boycott, mis en place par la plupart des provinces canadiennes, contre les alcools américains en réaction aux menaces de Donald Trump et à ses appels répétés à faire du Canada le “51e Etat” américain.
Lors de l’annonce de ces droits de douane, fin juillet, le Premier ministre canadien, Mark Carney avait d’ailleurs dénoncé une “violation directe” de l’ACEUM, assurant que le Canada avait “pris des mesures équivalentes”.
Dans les faits, le Canada espère parvenir à un accord avec les Etats-Unis, les deux pays poursuivant les négociations sur les conditions de l’accord actuel de libre-échange.
– Ultimes négociations –
Le président américain Donald Trump critique l’ACEUM, qu’il a pourtant négocié lors de son premier mandat pour remplacer l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
L’ACEUM prévoyait une clause de revoyure cette année, les trois pays (Canada, Etats-Unis, Mexique) devant donner leur accord pour son renouvellement pour 16 ans.
Face au refus de Washington, l’accord est prolongé d’année en année pour dix ans, avant de devenir caduc, à moins qu’un des trois pays ne décide de s’en retirer unilatéralement avant.
Le Canada, les Etats-Unis et le Mexique sont entrés dans une phase de négociations ardues, alors que les relations diplomatiques entre les trois pays se sont tendues depuis le retour de M. Trump à la Maison Blanche.
Une équipe canadienne était d’ailleurs à Washington mardi, selon la presse américaine, dans l’espoir de parvenir à un accord de dernière minute qui permettrait d’éviter ce nouveau tour de vis tarifaire.
M. Carney leur a donné comme instruction d’offrir des concessions ciblées afin d’empêcher ces nouvelles surtaxes mais également d’en réduire d’autres déjà en place.
Des négociations “intenses et délicates” a assuré lundi le Premier ministre canadien.
Une porte-parole de M. Carney a confirmé à l’AFP que “le Premier ministre Carney et le président Trump se sont entretenus par téléphone hier après-midi au sujet des négociations commerciales en cours”.
Signe des tensions politiques persistantes entre les deux pays, une pétition présentée au Parlement canadien demande la destitution de l’ambassadeur américain à Ottawa, Pete Hoekstra, et avait recueilli lundi plus de 200 000 signatures.
Le Canada et le Mexique sont parmi les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, mais ont également été les premières cibles de la guerre commerciale lancée par Donald Trump depuis janvier 2025.
Le président américain accusait les deux pays de ne pas lutter suffisamment contre le trafic de fentanyl et les flux migratoires vers son pays.
Ces droits de douane avaient toutefois été annulés fin février par la Cour suprême américaine, qui avait estimé que le chef de l’Etat avait outrepassé ses prérogatives en imposant des surtaxes aussi larges.
Selon les données de Mexico et Ottawa, plus de 80 % des produits mexicains et canadiens exportés vers la première économie mondiale le sont dans le cadre de l’ACEUM, ce qui les protège – jusqu’à présent – des droits de douane.
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