Mercédès BEAUDRY est Journaliste stagiaire et élève du secondaire
Réalisé en collaboration avec Naziha Abakar Moussa, l’ouvrage bilingue français-arabe aborde la diversité, l’immigration et surtout la rencontre de l’autre, au-delà des préjugés.
Quand Laurent Poliquin était au secondaire, ce n’était déjà un secret pour personne qu’il allait devenir écrivain. Il raconte qu’il avait « l’air de quelqu’un qui écrivait des notes », alors qu’en réalité, il écrivait des poèmes. Ce qui l’étonne davantage aujourd’hui, c’est le chemin parcouru jusqu’à la publication d’un livre bilingue.
Écrivain francophone professionnel depuis 2001, Laurent Poliquin vient de publier son 22e livre, Toute entière lumière. Pour l’écrire, il s’est inspiré des nombreuses rencontres qui ont jalonné son parcours, notamment au Canada, avec des personnes parlant d’autres langues.
L’auteur insiste sur la perspective particulière qu’il a voulu adopter. Plutôt que de raconter lui-même l’expérience de l’immigration, il se présente comme un témoin des histoires et des rencontres qui lui ont été confiées.
Il a également voulu inscrire son ouvrage dans la réalité manitobaine. « J’ai mis le nom de Louis Riel dans le livre », souligne-t-il.
Une façon, selon lui, d’enrichir les perspectives et les récits, mais aussi de faire connaître aux nouveaux arrivants certains éléments de l’histoire et de la culture du Manitoba.
La diversité du livre passe aussi par un choix particulier : celui du bilinguisme français-arabe. Laurent Poliquin souhaite ainsi faire découvrir le Manitoba aux nouveaux arrivants, tout en montrant ce que ceux-ci apportent à leur tour à la province.
Pour mener le projet à bien, il a collaboré avec son amie Naziha Abakar Moussa. Originaire du Tchad, celle-ci parle arabe, français et anglais.
Le principal défi de la traduction a été, selon Laurent Poliquin, « d’enfiler les gants blancs », c’est-à-dire d’avancer avec précision et lentement pour s’assurer que le sens du texte soit bien transmis.
Ne parlant pas arabe, l’auteur devait faire confiance à sa collaboratrice pour comprendre son propos et le restituer fidèlement.
Un autre défi, plus technique, est apparu au moment de la mise en page de Toute entière lumière. Le français se lit de gauche à droite, tandis que l’arabe se lit de droite à gauche.
Il a donc fallu adapter le logiciel afin que les deux langues puissent cohabiter correctement sur les pages en vis-à-vis.
Cette particularité donne aussi au livre un effet visuel qui rejoint son thème : « La rencontre de l’autre dans toute sa différence. »
Laurent Poliquin se réjouit d’avoir pu montrer, à travers cette expérience, les possibilités qu’offrent de telles collaborations. « On peut même écrire un livre ensemble si tu veux », résume-t-il.
L’un de ses passages préférés exprime justement cette idée d’un Manitoba qui continue de se construire grâce à celles et ceux qui l’habitent :
« je dis que le Manitoba n’a pas fini de naître qu’il faut chaque jour lui prêter un mot une larme un rire l’immensité de nos fatigues pour qu’il reste debout dans la poitrine du monde en oraison fraternelle »
À travers ces mots, Laurent Poliquin évoque un Manitoba qui s’enrichit de chaque nouvelle arrivée et de la diversité de ceux et celles qui y vivent.
L’auteur tient toutefois à souligner que son livre n’est pas le seul ouvrage bilingue et que ce type de collaboration pourrait se faire dans bien d’autres langues, comme l’allemand ou l’ukrainien.
Avec Toute entière lumière, il espère surtout inviter les lecteurs à aller à la rencontre des autres sans préjugés et, pourquoi pas, susciter de nouvelles collaborations.