Le jeune cinéaste métis Matthew Shoup veut raconter le Manitoba autrement.
Lauréat du tout premier Joy Loewen Storyteller’s Award, il s’impose déjà comme une voix émergente du cinéma local.
À peine sa troisième année complétée au programme de cinéma de l’Université de Winnipeg, Matthew Shoup multiplie les projets et affine sa signature artistique.
Originaire du Manitoba, il souhaite mettre en lumière une province qu’il estime souvent mal représentée à l’écran.
« Il y a tellement d’histoires à raconter sur les gens d’ici. J’aime raconter celles qui sont liées à ma vie et à ma culture », explique-t-il.
Inspiré notamment par George Lucas, qu’il admire pour son audace créative, le cinéaste développe un univers où se croisent réalisme et éléments surréalistes.
Des projets qui prennent forme
Bien qu’il n’ait pas encore fait son propre opéra spatial épique, il ressent que ces œuvres perpétuent cet esprit d’innovation.
Sa série Web In the Cards est le projet qu’il décrit comme le plus ambitieux qu’il ait mené à ce jour, mais aussi celui dont il est le plus fier.
L’histoire suit les vies des étudiants en université, chacun naviguant ses relations, son identité et sa sexualité.
Mais, ne se contentant pas de créer un simple drame adolescent, il y intègre des éléments surréalistes et surnaturels qui surgissent de manière inattendue afin d’amplifier les émotions et les thèmes de certaines scènes.
Ce projet lui a permis d’acquérir de l’expérience dans la réalisation d’un récit en plusieurs parties, une première pour lui.
Le plus grand défi, selon lui, était de trouver comment entrelacer quatre différentes histoires personnelles et de tout relier pour la finale.
« C’était vraiment un projet qui a très vite dépassé son cadre initial, partage-t-il. Je reste néanmoins ravi qu’il l’ait dépassé, car il a pris une ampleur bien plus grande que je n’aurais jamais pu l’imaginer. »
Michif French: A Language of Our Own, un documentaire court au sujet de la langue éponyme, lui a également ouvert les portes à un monde de style entièrement différent, mais néanmoins essentiel à son parcours.
Ce film avait été sélectionné pour des projections aux festivals Gimme Some Truth Documentary Film Festival à Winnipeg en 2022, ainsi que le Skoden Indigenous Film Festival à Vancouver en 2024.
Bien qu’il ne se sent pas encore à l’aise de parler cette langue, il reconnaît l’influence que le français (et le mitchif, en particulier) a eue sur son éducation.
C’est une langue qu’il espère améliorer dans les années à venir – et, comme pour bon nombre de ses objectifs, c’est par le biais du cinéma qu’il espère l’apprendre.
Come in for a Bite, le court-métrage le plus récent de sa carrière, est une comédie d’horreur romantique abordant des thèmes queer.
S’identifiant lui-même comme queer, il souligne que ces thèmes reviennent souvent dans ses œuvres, et qu’il continuera à les explorer à l’avenir.
Il met également en avant la réalité bilingue de Winnipeg, expliquant que les dialogues du film sont en « franglais », une langue qu’il dit, non sans humour, parler couramment.
La postproduction du film s’est achevée en mai, et il a été soumis pour être projeté à plusieurs festivals.
Matt Shoup prévoit de le diffuser en ligne au grand public après une première en festival.
Un prochain tournage
Son prochain projet est Une rêve de sainte Jeanne d’Arc, une histoire à l’époque de la rébellion de la rivière Rouge, où une jeune fille métisse rencontre une vision de la sainte éponyme dans une petite église.
Comme dans ses autres œuvres, notamment Come in for a Bite et In the Cards, il cherche à créer un film artistique et surréaliste qui mêle le passé et le présent dans une atmosphère onirique. Surtout, il servira de premier film entièrement en français au cinéaste.
Ce projet démarre sur les chapeaux de roue : il est ravi d’avoir remporté le tout premier Joy Loewen Storytellers Award (1) décerné par le National Screen Institute – Canada (NSI), et compte utiliser le montant du prix pour financer sa production.
« Recevoir le Joy Lowen Storyteller Award a été un moment très important pour moi, et sans doute l’un de ceux dont je suis le plus fier. Ce fut un immense honneur. »
Le financement du film sera confirmé après le 11 août, la production étant prévue pour le printemps 2027 afin de s’adapter aux études du cinéaste.
(1) « Ce prix rend hommage à des personnes issues de communautés défavorisées qui, avec courage, partagent leur histoire et favorisent les liens grâce à leur parcours. »