Par Elyette LEVY – Collaboration spéciale 

Pour Derrek Bentley, président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), la force des médias locaux demeure dans leur capacité à écouter et à évoluer avec leur communauté.

La Liberté s’est entretenue avec lui pour parler des contributions d’un dialogue ouvert dans le cadre du sondage Toi, tu t’informes où?

Selon Derrek Bentley, le rôle des médias au sein des communautés francophones minoritaires est particulièrement important parce qu’ils offrent une lentille francophone à ce qu’ils partagent.

« Ce n’est pas seulement une question de langue, dit-il. Il y a plusieurs cultures, des activités, des expressions, des façons de faire qui sont associées, oui, au français, mais qui apportent toute une couleur à cette langue. »

Mais malgré l’importance de la représentativité des médias francophones locaux, ceux-ci restent confrontés à des défis modernes qui leur sont propres.

Le président de la SFM cite deux enjeux majeurs pour les médias d’ici : l’essor des réseaux sociaux et l’évolution constante de la communauté francophone.

« Les médias sociaux, c’est un défi mais aussi une opportunité, surtout avec les lois en place, explique-t-il. Mais à ce point-ci, comment est-ce qu’on découvre les médias locaux dans un monde de médias sociaux. Comment est-ce qu’un francophone au Manitoba sait qu’il y a des médias en français quand les budgets sont plus petits? »

« Puis encore, la francophonie manitobaine est en évolution depuis longtemps. On le réalise beaucoup plus aujourd’hui, l’importance de repenser nos façons de faire, ce qu’on couvre, on parle à qui. »

Des médias qui évoluent avec leur communauté

Pour Derrek Bentley, les médias locaux et la communauté qu’ils servent ont besoin les uns des autres pour mieux évoluer.

« Les médias francophones au Manitoba ont déjà fait preuve d’une grande adaptabilité, dit-il.

Je pense par exeple à La Liberté et à Envol, à travers leur création de balados pour rejoindre d’autres personnes. »

Une capacité d’adaptation qui ne peut exister sans dialogue avec la communauté.

Et bien que la SFM s’efforce de faciliter ce rapprochement avec la communauté, son président affirme que des discussions ouvertes avec celle-ci sont d’autant plus importantes alors que la communauté francophone se diversifie.

« Historiquement, on parlait de la communauté et la culture. Aujourd’hui, on en parle beaucoup plus, parce que l’idée que la francophonie manitobaine est homogène n’est plus vraie depuis des décennies. »

La SFM sollicite donc l’avis de la communauté de plusieurs façons, à travers des comités d’action, son assemblée générale, des rencontres individuelles, sa présence dans les médias, des discussions avec des associations locales, ou encore sur les réseaux sociaux.

Son rôle est de veiller à ce que les membres de la communauté possèdent des moyens divers et adaptés pour exprimer leurs opinions.

« En même temps, c’est un processus où on va toujours pouvoir mieux faire. C’est impossible de dire qu’on a accompli le but d’être à l’écoute. On va toujours être en train de se dire qu’on peut chercher plus ces avis-là. »

Le sondage Toi, tu t’informes où? est donc un autre moyen de recueillir les points de vue et les opinions de la population sur ce qu’elle souhaite voir dans les médias locaux, dans l’espoir d’atteindre une partie de la population qui, en temps normal, n’est peut-être pas aussi impliquée ou aussi facile à atteindre.

« Souvent, le plus difficile, c’est les gens qui se disent que ce n’est pas pour eux, qu’ils ne sont pas intéressés ou qu’ils ne vont pas répondre parce qu’ils n’écoutent pas les médias en français. Mais c’est vraiment cette voix qu’on cherche aussi. »

Ce sont précisément les personnes qui ne s’impliquent pas autant dans la communauté ou qui ne s’intéressent pas autant aux médias locaux que Derrek Bentley souhaite entendre.

Il estime que la communauté a besoin de leur point de vue sur les raisons qui les poussent à ne pas utiliser les services en français ou à ne pas participer aux activités francophones, même si leurs opinions sont plus difficiles à recueillir.

Il prend l’exemple du projet pour un Manitoba véritablement bilingue.

Au cours des derniers mois, plusieurs avis ont été exprimés à ce sujet, avec autant de commentaires positifs que d’inquiétudes quant à l’avenir du français dans la province.

Il précise que la SFM a recueilli les témoignages de personnes d’une multitudes d’origines, de municipalités et de tranches d’âge différentes.

« Mais il y a aussi des gens qui disent qu’ils ne savaient même pas [que les consultations avaient lieu.] Et c’est intéressant d’entendre ces gens parce qu’on en discute depuis tellement longtemps. Je me dis : comment est-ce qu’on n’a pas pu te rejoindre? »

Après l’écoute, l’action

Comme dans toute discussion constructive et saine, Derrek Bentley espère que celle entamée par les médias locaux mènera à des mesures concrètes.

« Je pense que la frustration, si on la voit, vient de quand les gens disent qu’ils ont déjà été consultés. »

Il se montre optimiste quant à la capacité des médias locaux à s’adapter aux besoins changeants de la communauté.

Il espère que les gens répondront en grand nombre et pourront constater les changements que leurs contributions apportent.

« J’invite tout le monde à répondre, même s’ils disent que ça ne les intéresse pas. On a besoin de ces voix-là aussi. »