La nouvelle exposition du Musée des beaux-arts de Winnipeg–Qaumajuq met à l’honneur le travail d’artistes autochtones et métis, dans le but de leur offrir la place qu’ils méritent.
Parmi les œuvres exposées figurent des créations perlées d’une artiste métisse qui cherche à réinterpréter la tradition en y apportant une touche de modernité.
Les peuples autochtones sont, depuis long- temps, au cœur de la création artistique canadienne.
Mais pour Marie-Anne Redhead, la conservatrice adjointe de l’art autochtone et contemporain au Musée des beaux-arts de Winnipeg (le WAG), une grande partie de cette production artistique les a mis en marge, occultant ainsi leurs voix, leurs expériences et leur culture.
C’est ce qu’elle entend corriger avec Reframed, la prochaine exposition du WAG.
Jusqu’en janvier 2027, les visiteurs de la galerie pourront découvrir une collection d’œuvres créées principalement par des artistes autochtones et métis.
Ces œuvres comprennent des photographies, du perlage et des peintures, dont beaucoup proviennent des archives du WAG.
Des œuvres ethnographiques, qui visent plutôt à documenter les réalités autochtones à partir d’une perspective extérieure, sont également présentées dans la galerie.
Marie-Anne Redhead précise toutefois que les visiteurs ne doivent pas confondre l’art autochtone et métis avec l’art ethnographique présenté dans l’exposition.
Selon elle, ces œuvres ont été incluses afin de montrer en quoi le regard colonial peut différer de la manière dont les peuples autochtones se représentent eux-mêmes.
Le WAG travaille actuellement sur un projet visant à renommer plusieurs de ces œuvres, car nombre d’entre elles portent encore des noms jugés offensants ou inexacts.
Cette collection demeure largement incomplète : selon la conservatrice, moins de 1 % de la collection permanente du MBA est constitué d’œuvres d’artistes autochtones et métis.
« Je veux que les gens retiennent le fait que les personnes autochtones et métisses sont présentes dans le monde de l’art, dit-elle.
« Parfois, les artistes autochtones ont été relégués en marge de l’histoire de l’art. Mais ils ont toujours été là, et nous avons toujours créé de l’art. »
L’art des femmes autochtones à l’honneur
La majorité de l’art en exposition a été créée par des femmes, ce qui, selon la conservatrice, permettrait de mettre en lumière leurs voix et leurs points de vue, souvent ignorés.
Mother Land, un diptyque de l’artiste autochtone Michelle Sound, présente une reproduction de l’une des rares photographies que l’artiste possède de sa mère, ainsi qu’une image du territoire sur lequel celle-ci vivait.
Les photos sont marquées de larges déchirures, chacune étant comblée par des points de couture colorés.
Plusieurs vidéos sont également diffusées en rotation dans la galerie, ce que Marie-Anne Redhead appelle des sculptures numériques.
Parmi celles-ci figure Pidikwe, de Caroline Monnet, pièce maîtresse de cette collection de vidéos.
Cette performance met en scène des danseurs de plusieurs générations, qui font revivre l’histoire autochtone à travers les costumes et l’évolution de la danse traditionnelle et contemporaine.
Les œuvres de Vi Houssin, une artiste métisse de Saint-Vital et de Saint-Boniface, occupent une place de choix dans l’exposition.

Ses trois affiches en perles représentent Jennine Krauchi, une artiste de perlage qui l’a mentorée ; sa grand-mère Elma Houssin ; et enfin Anita Stallion, une artiste de drag reconnue dans la scène winnipegoise.
Quant à sa décision de privilégier les représentations de personnes et d’animaux plutôt que les motifs traditionnels, comme les éléments floraux, Vi Houssin explique qu’elle cherche constamment à explorer les limites du médium et à les repousser.
Elle trouve une immense richesse dans l’art du perlage, mais note que ça repose tout simplement sur le fil, les aiguilles, le tissu et les perles.
« J’essaie toujours de trouver des façons nouvelles et différentes de manipuler ces quatre éléments et de les combiner. »
Bien qu’elle n’ait commencé sa pratique du perlage qu’il y a six ans, Vi Houssin peut difficilement nier l’importance que revêt le fait que ses œuvres soient exposées dans cette galerie.
Elle se réjouit de l’occasion, remarquant les contributions des femmes aux arts et à la culture métisse qui sont souvent sous-représentées dans les médias.
« J’essaie de mettre en avant les femmes que j’admire tant, dont la vie et le travail ont tant contribué à mon épanouissement en tant que femme métisse. Je veux faire comprendre aux gens que les femmes autochtones et métisses ont une grande valeur.
« Se voir représentées sur ces murs est une occasion très spéciale. »

