Avec des informations de Chelsea HOWGATE
Pour la première fois, la candidature de Mike Vogiatzakis à la mairie de Winnipeg ira jusqu’au scrutin.
Porté par son vécu, il veut incarner une autre façon de faire de la politique municipale, axée sur l’action, la proximité et le changement.
« C’est ça qui manque en politique : une vraie personne, quelqu’un qui parle avec son cœur », estime Mike Vogiatzakis.
Après deux rendez-vous manqués avec la course à la mairie, ce franc-parleur figurera pour la première fois sur le bulletin de vote le 28 octobre prochain.
Il s’était lancé dans la campagne en 2014, mais n’avait finalement pas réussi à faire valider sa candidature, faute d’avoir réuni à temps les 250 signatures valides requises.
N’ayant pas déposé l’état financier vérifié de sa campagne, il était inéligible au scrutin suivant, en 2018.
Après son absence de la course en 2022, un élément déclencheur va changer la donne : la mort de son frère, à la suite d’une altercation devant son restaurant en 2024.
« Ce qui s’est passé, c’est que lorsque mon frère est mort, ça m’a donné un but. Et ce but, c’était de faire changer les choses pour que d’autres personnes ne perdent pas leur frère, leur sœur ou un membre de leur famille à cause d’un meurtre ou de la violence. »
Du vécu à l’action
C’est le véritable moteur de la campagne de ce directeur de funérailles, qui affirme n’être affilié à aucun parti et n’avoir « aucun lien avec le milieu politique ».
L’entrepreneur, à la tête de quatre salons funéraires au Manitoba, dont trois à Winnipeg, se dit prêt à quitter ses activités pour se consacrer à la mairie s’il était élu.
Son mot d’ordre : moins de paroles, plus d’action.
« On parle beaucoup trop. Il y a beaucoup trop de consultations. Il y a des étagères entières remplies d’études de consultants pour lesquelles on a dépensé des millions et des millions de dollars. Moi, je ne vais pas faire appel à des consultants. Ce sera de l’action, maintenant. C’est ça que je veux faire. »
Ses 27 années d’expérience comme directeur de funérailles l’ont, selon lui, confronté aux réalités les plus dures vécues par les habitants et aux problèmes qui traversent la ville, de la violence aux suicides, en passant par les surdoses.
« Ça m’a donné l’expérience nécessaire pour conseiller les gens, accompagner les familles, les aider et les soutenir dans la période la plus difficile de leur vie. Il y a aussi l’expérience des affaires : diriger une entreprise, faire de la publicité, etc. »
Winnipeg autrement
Cette expérience nourrit à la fois sa vision pour Winnipeg et sa conception du rôle de maire, qu’il veut fondée sur l’écoute et « davantage de compassion ».
« Je pourrais parler pendant des heures de tous les changements que j’aimerais voir. »
Le candidat entend avant tout redonner du dynamisme à Winnipeg et la rendre plus attractive, notamment en revitalisant le centre-ville.
Il raconte avoir lu des lettres de suicide laissées par des jeunes « qui avaient complètement perdu espoir » et regrette le manque de perspectives qui leur sont offertes.
Même constat dans son entourage : un ami médecin a quitté la ville après ses études, tandis que son fils de 24 ans et ses amis envisagent eux aussi de partir.
« Winnipeg n’a rien à offrir », lui aurait confié ce dernier.
« Ma vision est de garder nos enfants ici, à Winnipeg, auprès de leurs familles, et de rendre la ville plus sûre », résume-t-il.
Mike Vogiatzakis affirme préparer depuis un an un plan « qui va en surprendre plus d’un » contre l’itinérance et la toxicomanie.
Excluant un site d’injection supervisé, il promet une approche « qui fonctionne », avec l’objectif de sortir les sans-abri de la rue et de faire disparaître la toxicomanie de l’espace public.
Côté sécurité, il plaide pour davantage de fermeté face à la criminalité, un domaine dans lequel il juge la Ville défaillante.
« Ce système du “sitôt arrêté, sitôt relâché” a tué mon frère », affirme-t-il, pointant le lourd passé judiciaire de l’homme reconnu coupable de son homicide involontaire.
Sur les infrastructures, qu’il juge saturées, Mike Vogiatzakis reproche à l’administration actuelle d’avoir laissé la croissance démographique dépasser leur capacité.
Il évoque par ailleurs la création d’un monorail ou d’un métro léger.
« Construisons d’abord une ville qui fonctionne, avant d’y accueillir davantage de gens. Pour l’instant, nous devons nous occuper de ceux qui sont déjà ici et nous assurer qu’ils aient un logement, de quoi manger et qu’ils soient en sécurité. »
Faire vivre la francophonie
« Je travaillerais fort pour la communauté francophone », lance Mike Vogiatzakis, interrogé sur la place qu’occuperait le français s’il était élu.
Le directeur de funérailles, qui dit avoir beaucoup appris de la culture francophone auprès d’un collègue avec qui il a travaillé pendant 24 ans, insiste sur la nécessité de redynamiser Saint-Boniface pour mieux faire vivre la francophonie.
« Je vois ce que fait Montréal avec la communauté francophone, comment les francophones y développent des entreprises et prospèrent. Winnipeg ne fait pas ça. »
Il déplore notamment le manque de stationnement gratuit, y voyant un « manque de compassion ».
S’il dit « adorer Saint-Boniface » et décrit le quartier comme « une partie unique de Winnipeg », il regrette son manque d’animation en soirée : « Vous pouvez arriver à Saint-Boniface après 21 h et il ne se passe rien. »
Pour renforcer l’attractivité économique et culturelle de Saint-Boniface, il propose de réunir résidents, entreprises et chambre de commerce afin de réfléchir ensemble aux moyens d’y attirer davantage de monde et d’activité.
« Le Festival du Voyageur est un parfait exemple de la façon dont on peut faire fonctionner Saint-Boniface. Mais pas une seule fois par an. Il faut que ça vive toute l’année. »
Au bout du compte, Mike Vogiatzakis présente sa candidature moins comme une ambition politique que comme un engagement personnel envers les citoyens de Winnipeg.
« Mon cœur me parle, et il me dit qu’il est temps que quelqu’un se lève et agisse, quelqu’un qui se soucie vraiment de cette ville. Pas pour l’argent, pas pour le salaire, mais pour la ville. »




