Par Umberto BACCHI

L’UE et le Canada doivent dévoiler vendredi à Montréal une série d’accords destinés à amener leur coopération à un niveau inédit, des minerais critiques à l’intelligence artificielle, pour être plus forts ensemble dans un monde dominé par les États-Unis et la Chine.

Cette alliance est synonyme de “souveraineté”, de “plus grande résilience” et doit permettre aux deux partenaires de “résister ensemble aux chocs”, a dit le Premier ministre canadien Mark Carney avant de se réunir avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa.

L’UE et le Canada – déjà liés depuis dix ans par un traité de libre-échange, le CETA – ont accéléré leur rapprochement depuis le retour au pouvoir début 2025 de Donald Trump, avec qui leurs relations sont houleuses.

Mais le sommet organisé jeudi et vendredi à Montréal, qui se conclura par une conférence de presse vers 16H30 GMT, doit leur permettre d’aller beaucoup plus loin.

“Nous sommes ici pour bâtir une alliance pour l’avenir, l’association la plus étroite, la plus profonde et la plus solide jamais conclue entre l’Union européenne et un pays non européen. Le Canada est de loin le pays le plus européen parmi les pays non européens”, a insisté Antonio Costa.

L’UE et le Canada veulent étendre leur coopération à plusieurs secteurs stratégiques, de “l’intelligence artificielle à l’espace, aux minerais critiques”, a notamment énuméré M. Carney.

Le sous-sol canadien regorge en effet de ces minerais dont l’industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital, notamment dans la fabrication de batteries de voitures électriques ou d’éoliennes.

Mais le Canada, qui veut réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis, a besoin d’attirer des investisseurs pour accélérer le lancement de projets miniers. Le sommet doit donc déboucher sur un accord permettant à la Banque européenne d’investissement (BEI) d’en financer.

– Union dans l’IA –

L’UE et le Canada veulent aussi travailler ensemble sur l’IA afin de tenter de défendre leur souveraineté face à la domination des États-Unis et de la Chine dans ce domaine.

Quand l’accès à cette technologie “dépend d’une poignée de multinationales, les décisions prises ailleurs peuvent mettre en péril nos entreprises et nos services essentiels. C’est la raison pour laquelle nous unissons nos forces”, a déclaré jeudi Ursula von der Leyen.

Concrètement, les chercheurs et entreprises canadiennes de l’IA pourront avoir accès à l’infrastructure européenne de supercalculateurs de pointe afin de les aider à développer des systèmes d’IA “hautement compétitifs, innovants et sûrs”, a-t-elle dit.

Le Canada a annoncé jeudi investir un milliard d’euros dans l’entreprise d’IA canadienne Cohere, déjà alliée à l’allemand Aleph Alpha, ce qui en fait, selon M. Carney, “un exemple concret de ce que le Canada et l’Europe peuvent bâtir ensemble”.

– “Bénéfices” pour Washington –

D’autres accords sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, ou sur la future intégration du Canada à plusieurs programmes européens doivent aussi être dévoilés.

Le Canada pourrait ainsi négocier son adhésion au programme européen Galileo, un système de navigation par satellite qui offre une alternative au système américain GPS, et au programme Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l’étranger.

Le renforcement du partenariat entre l’UE et le Canada doit aussi passer par un alignement de leurs politiques en matière d’intelligence artificielle ou de climat et par un cadre de coopération régulier entre leurs parlements, exécutifs et tribunaux respectifs.

Au-delà, les deux partenaires veulent ouvrir à terme leur concept d'”Alliance pour l’Avenir” à d’autres alliés fiables comme le Japon, la Corée du Sud ou l’Australie. L’idée serait de jeter les bases d’une coordination en matière économique et douanière dans un monde chamboulé par les surtaxes de Donald Trump.

Ce rapprochement entre le Canada et l’UE a suscité la colère de Donald Trump, qui l’a qualifié “d’acte hostile”.

Mark Carney, qui a tenu tête au président américain en rompant fin août les négociations commerciales avec la Maison Blanche, a tenté de le rassurer jeudi en assurant que les États-Unis en “verront les bénéfices”.

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