À Montréal, dans les derniers jours du mois d’octobre 2026, le premier ministre Mark Carney a donc reçu la délégation européenne menée par António Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

En conférence de presse, après les deux jours de sommet, António Costa a salué une association qui « sera la plus étroite, la plus approfondie et la plus inédite qui soit. »

Benjamin Boutin, professeur à l’Université d’Ottawa, a suivi de près ce sommet. Ses travaux portent notamment sur la diplomatie et les relations stratégiques entre le Canada et l’Union européenne.

Il souligne la portée concrète de cette rencontre : « Évidemment, j’ai retenu le fait que l’avancée du sommet, c’était d’avoir indiqué des mesures claires et utiles, plus précises aussi que les déclarations d’intention, pour approfondir cette relation. Donc là, il y a des mesures extrêmement concrètes qui ont été détaillées, même si on a compris aussi que certaines étaient encore en négociation. »

Des annonces concrètes

Les deux partenaires ont conclu un accord sur la concurrence et un accord sur le commerce numérique. Depuis son entrée en vigueur en 2017, l‘AECG (Accord économique et commercial global), connu sous son acronyme anglais CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) a augmenté les échanges bilatéraux de 80 %.

Dans la défense, le mécanisme européen SAFE (Security Action for Europe) offre 44 millions $ à l’entreprise montréalaise Galvion. Ce contrat permettra de fournir des casques militaires à la Lettonie.

De plus, l’avionneur albertain De Havilland reçoit jusqu’à 2,5 milliards $ en garanties de financement. Cet appui augmentera la production de bombardiers d’eau face aux feux de forêt.

La Banque européenne d’investissement financera également des projets canadiens de minéraux critiques.

Enfin, la coopération avance sur l’intelligence artificielle, les satellites IRIS² et Galileo, les paiements instantanés et l’aide à l’Ukraine. Plusieurs dossiers, comme l’adhésion élargie au programme Erasmus+, restent en négociation.

Toutefois, une ambiguïté entoure le statut de « membre associé » évoqué par Ursula von der Leyen.

Membre associé?

La déclaration commune prévoit seulement de définir une association plus étroite d’ici le sommet de 2027. Pourtant, le communiqué canadien conserve l’expression, comme l’observe Benjamin Boutin :

« Du point de vue sémantique, le Canada n’a pas écarté l’appellation membres associés, parce que ça a été inscrit dans la communication officielle du gouvernement canadien, dans son communiqué de presse. Donc ça prouve que les discussions n’ont pas abouti, mais que cette expression n’est pas écartée. »

« Parallèlement, le Canada et l’Union européenne travaillent à établir le partenariat le plus étroit possible, sans adhésion à part entière, le Canada devenant ainsi le premier membre associé de l’Union européenne », voici ce qu’il est possible de lire dans une communication du bureau du premier ministre canadien.

Benjamin Boutin rappelle cependant l’obstacle juridique du côté européen : « Si l’Union européenne veut créer un statut de membre associé, à terme, il va falloir l’indiquer dans les traités, et ça, ça demande bien sûr une modification juridique importante. »

En coulisses, la présidence de Donald Trump a incité à accélérer ce rapprochement. Benjamin Boutin précise l’objectif stratégique commun :

« Je pense que ce n’était pas orienté contre les États-Unis. D’ailleurs, dans les déclarations, ça ne figure nullement.

« En fait, il y a les deux objectifs stratégiques partagés de part et d’autre, c’est-à-dire de réduire la dépendance, notamment vis-à-vis des États-Unis. Et ça, c’est un objectif de longue haleine que partagent les deux partenaires, Union européenne et Canada.

« On sait bien aussi dans quel domaine il faut réduire ces dépendances, principalement dans la défense, surtout pour le Canada qui est très intégré avec les États-Unis, dans le domaine des technologies, parce qu’on est tous deux très dépendants des GAFAM (1), également des systèmes de paiement, et je pense qu’il y a eu des avancées dans cet accord. »

Continuer à diversifier l’économie

Selon Benjamin Boutin, le bilan profite surtout à Ottawa pour l’instant : « Cela dit, on a l’impression à ce stade que le Canada a davantage gagné que l’Union européenne. Plus de gains, on va dire, dans la négociation. Il faudra voir si dans les prochains mois, il y a davantage de réciprocité qui est mise en œuvre. »

Cette réciprocité devra concerner la recherche scientifique, la mobilité professionnelle et le secteur agricole.

Enfin, Benjamin Boutin déplore l’absence d’implication parlementaire : « Et je reste aussi un peu sur ma faim concernant le processus de validation démocratique, parce que je pense que, déjà ça aurait été bien que la présidente du Parlement européen (2) vienne, et qu’il soit annoncé la création d’un comité parlementaire conjoint, Canada-Union européenne, pour justement travailler sur un protocole d’entente validé par les parlementaires, et qui pourrait justement donner lieu à l’officialisation de ce statut de membre associé. Il faut vraiment que l’Union européenne et le Canada impliquent les représentants de leur population. »

(1) Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft.

(2) Roberta Metsola est la présidente du Parlement européen.