Plutôt que de continuer à se concentrer sur une cible de 1,5 °C qui va de toute façon être dépassée, ou sur 2 °C, qui semblent décourageants, trois chercheurs en sciences de l’environnement proposent de se concentrer sur l’augmentation du pourcentage d’énergies propres par rapport à la demande totale en énergie.

Par exemple, si dans un pays, la croissance des énergies propres est de 6 % cette année tandis que la demande totale en énergie n’a augmenté que de 3 %, cela signifie que ce pays peut afficher un bilan positif de 3 % pour l’énergie propre.

Plus le chiffre est élevé, plus la sortie des énergies fossiles est rapide.

Leur proposition part du principe que la lutte aux énergies fossiles est souvent qualifiée de décourageante, même par la partie de l’opinion publique qui y est sensibilisée.

Plus encore, on a tellement parlé, depuis 10 ans, de la cible du 1,5 °C, c’est-à-dire d’éviter de dépasser le seuil du 1,5 °C d’augmentation de la température planétaire par rapport à l’ère préindustrielle, que le fait d’être en train de dépasser cette cible accentue le sentiment de découragement.

Les décideurs « doivent d’abord accepter que la cible du 1,5 °C [fixée à Paris en 2015] a perdu son utilité.

Bien qu’initialement valable comme force unificatrice pour des efforts internationaux, continuer de mettre l’emphase sur une cible de température manquée peut faire plus de mal que de bien », écrivent ces trois chercheurs dans leur lettre publiée par la revue Nature.

Mais au-delà de la psychologie, leur proposition part aussi du principe que, technologiquement, un grand nombre de pays sont déjà sur la bonne voie.

Et on avait commencé à sentir ce changement avant la pandémie, poursuivent-ils : « Entre 2018 et 2020, le pourcentage annuel de croissance de génération d’énergies propres avait augmenté nettement grâce à l’addition rapide du solaire, de l’éolien et des capacités de stockage ».

La pandémie a mis la planète entière sur pause, mais si cette croissance se poursuit au rythme actuel, le pic mondial du pétrole ne devrait plus être très loin.

Qui plus est, cette méthode de calcul permet, au contraire des cibles de 1,5 °C ou 2 °C, de se fixer des objectifs à court terme.

« Pour atteindre une décarbonisation totale en 2050 », écrivent-ils, les décideurs politiques ont besoin de « jalons » : ceux-ci pourraient, par exemple, prendre la forme de pourcentages de production d’énergies propres à atteindre tous les cinq ans, jusqu’au milieu du siècle.

En comparaison, pour l’instant, la plupart des pays ont des cibles de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 (ou 2035) puis 2050, mais rien entre les deux.

Tout au plus, l’Accord de Paris signé en 2015 leur demande-t-il de publier tous les cinq ans une mise à jour de leurs promesses de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 et 2050, mais sans leur demander de faire des projections sur la façon dont ils agiront entre ces deux dates.