À la lumière de ces consultations provinciales, La Liberté revient sur le premier sommet sur l’IA dans l’éducation organisé par la province en janvier.

Un évènement qui a réuni des éducateurs et des acteurs de l’industrie afin d’explorer la place de cette technologie dans les salles de classe.

De nombreux intervenants ont été invités à présenter des exposés sur divers sujets, notamment l’IA du point de vue des peuples autochtones, l’intégrité académique et l’IA générative.

Environ 600 personnes ont participé à l’évènement, auquel seuls les membres du secteur de l’éducation, tels que les enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, ainsi que d’autres acteurs privés, étaient invités.

Le sommet s’inscrit dans le cadre des initiatives de la province visant à intégrer l’IA dans le secteur de l’éducation.

Le gouvernement travaille actuellement à l’élaboration d’un ensemble de principes sur l’IA dans l’éducation, qui « présentera des lignes directrices claires et axées sur l’enseignement concernant la manière dont l’intelligence artificielle peut améliorer l’instruction, faciliter l’évaluation des élèves tout au long du processus d’apprentissage et élargir leurs possibilités de participation et d’inclusion, » selon un communiqué de la province sur le sujet.

« Notre gouvernement s’engage à faire en sorte que les élèves acquièrent les connaissances, les compétences et les attitudes dont ils ont besoin dans un monde numérique en constante évolution », a déclaré Tracy Schmidt, ministre de l’Éducation et de l’Apprentissage de la petite enfance.

Les enjeux majeurs de l’IA en éducation

Selon Bertrand Milot, panéliste au sommet sur l’IA et PDG de la firme de cybersécurité Bradley & Rollins, l’utilisation de l’IA dans l’éducation est désormais une nécessité « car le train est déjà en marche depuis longtemps ».

« L’espèce humaine a encore fait l’erreur qu’on fait depuis des siècles, qui est de démocratiser une technologie avant de l’avoir maturée correctement », ajoute-t-il.

Bertrand Milot
Bertrand Milot, panéliste au sommet sur l’IA et PDG de la firme de cybersécurité Bradley & Rollins. (photo : Marta Guerrero)

Il identifie deux enjeux majeurs liés à l’IA à l’heure actuelle : le fait qu’elle est trop souvent anthropomorphisée et le manque de souveraineté en matière de systèmes d’IA au Canada.

Bertrand Milot explique que le premier pousse les gens à considérer les systèmes d’IA comme plus que de simples outils, tandis que le second compromet la sécurité des informations et nous empêche d’être véritablement maîtres de notre propre technologie.

Il ajoute que l’IA, plutôt que de créer de nouveaux problèmes, met principalement en évidence les lacunes qui existaient déjà dans notre système d’éducation.

Par exemple, l’utilisation de l’IA par les élèves pour répondre à leurs devoirs ou à des questions d’examen souligne les défaillances d’un système qui évalue les connaissances à l’aide de questions à choix multiples et de réponses apprises par cœur, plutôt que de s’assurer que les élèves comprennent réellement un sujet en profondeur.

« L’intelligence artificielle va nécessiter que les enseignants passent plus de temps à développer cet esprit critique des élèves. » Cependant, il reste encore beaucoup de travail à faire.

Bien que l’organisation de ce sommet ait été un pas dans la bonne direction, Bertrand Milot affirme qu’il ne voit pas de plan concret à l’horizon pour permettre aux enseignants d’utiliser plus efficacement l’IA, par exemple, ou pour mieux cibler les mauvaises utilisations de cette technologie par les élèves.

Sa solution : l’expérimentation. Il espère que les divisions scolaires et les éducateurs seront autorisés à expérimenter l’IA afin de mieux adapter son utilisation à différents contextes, matières, groupes socio-économiques, etc.

« C’est une nécessité. L’expérimentation, c’est la seule manière saine d’apprendre, souligne-t-il.

L’IA et les enseignants

Cette initiative du gouvernement est bien reçue par la Manitoba Teachers’ Society (MTS). Lillian Klausen, présidente de la MTS, affirme que l’intégration de l’IA dans l’éducation est « certainement en lien avec [leurs] priorités » et que c’est un sujet dont l’organisation discute depuis un certain temps.

« On a beaucoup apprécié l’initiative que le gouvernement a prise, dit-elle. Ça nous a fait vraiment comprendre et a vraiment mis en évidence la riche expertise manitobaine qu’on a en ce qui concerne l’IA. »

La MTS compte plusieurs groupes de travail qui se penchent sur l’évolution de la profession enseignante, et l’un d’entre eux examine précisément les thèmes en lien avec l’IA.

Plus précisément, ce groupe recherche comment, du point de vue de l’enseignant, encourager les élèves à mieux comprendre l’IA et naviguer ce sujet dans les écoles.

Chaque année, la MTS organise une journée pédagogique en octobre au cours de laquelle elle propose des formations aux enseignants.

Lors de la dernière édition, pour la deuxième année consécutive, certains groupes ont présenté l’IA aux éducateurs de la province.

« On l’aborde de différentes façons. Par exemple, comment on peut intégrer l’IA dans nos salles de classe, comment on le fait bien, comment on le fait en sécurité. Comment on peut enseigner aux jeunes la puissance de l’IA et comment l’utiliser de façon à éviter des pièges et à éviter que ce soit utilisé de façon inappropriée dans la salle de classe. »

La MTS explore également comment l’IA pourrait aider les enseignants francophones ou bilingues.

Dans un contexte minoritaire, où l’accès aux ressources et au matériel francophones est plus limité, l’organisation examine comment l’IA pourrait être utilisée pour naviguer dans ce domaine.

« Il y a beaucoup de pouvoir derrière l’IA, dit Lillian Klausen. On a certaines inquiétudes et on veut naviguer d’une façon sécuritaire pour les jeunes, pour nos enseignants. On veut avancer lentement pour bien avancer. »