Le rapport de l’Indice du sentiment alimentaire au Canada (Volume 2, numéro 2) pour le printemps 2026 révèle un paysage complexe où l’abordabilité demeure la préoccupation centrale des ménages canadiens.
Bien que l’inflation alimentaire mesurée par l’IPC s’établisse à 4,4 % en mars 2026, l’alimentation demeure la dépense domestique la plus préoccupante, citée par 81,1 % des répondants comme la catégorie ayant connu la plus forte hausse de prix au cours des 12 derniers mois.
« Cette persistance nous révèle un élément crucial : bien que l’inflation se modère, l’accessibilité financière ne s’est pas améliorée de manière significative », indique Sylvain Charlebois, professeur à l’Université Dalhousie et directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire.
Aussi, même si l’inflation a ralenti, 56,7 % des Canadiens estiment que les prix ont augmenté de manière « significative » l’année dernière.
Optimisme prudent
Les consommateurs sont moins pessimistes qu’auparavant; seulement 18,6 % s’attendent à une inflation supérieure à 10 % pour l’année à venir, contre 28,5 % un an plus tôt.
L’on observe d’ailleurs un consensus pour un taux d’inflation entre 5 % à 7 %. C’est l’attente la plus commune (30,7 % des répondants), dit le rapport.
« Les Canadiens ne se préparent plus à une inflation galopante des prix des denrées alimentaires : ils réajustent leurs prévisions. Les attentes se sont nettement orientées vers une fourchette comprise entre 5 % et 7 %, ce qui témoigne d’un optimisme prudent quant à la stabilisation des pressions sur les prix, même si l’accessibilité financière reste une source de préoccupation », peut-on lire dans le document de l’Université Dalhousie.
Les Canadiens dépensent en moyenne 519,96 $ par mois pour l’alimentation (412,06 $ à la maison et 107,90 $ au restaurant), ce qui représente une augmentation de 22,96 $ (+4,6 %) par rapport à l’an dernier.
34 % des répondants ont dû puiser dans leurs épargnes ou emprunter de l’argent pour acheter de la nourriture au cours des 12 derniers mois. Le taux d’insécurité alimentaire au Canada est rapporté à 25,5 %.
Lors d’un achat, le coût demeure le facteur décisif pour 45,5 % des Canadiens, loin devant la nutrition (24,9 %) ou le goût (16,0 %).
« Tout le reste — l’impact environnemental, la responsabilité sociale, voire l’approvisionnement local — a été relégué au second plan », constate Sylvain Charlebois.
Alternatives et léger recul de l’achat local
Pour faire face à l’inflation, les Canadiens adoptent d’ailleurs diverses stratégies. 44,4 % d’entre eux sont notamment à la recherche de rabais et de promotions.
« Des stratégies alternatives font même leur apparition : 8,5 % des Canadiens utilisent désormais des applications dédiées au sauvetage alimentaire ou aux surplus.
« Il ne s’agit plus d’un comportement de crise, mais d’un comportement courant », ajoute Sylvain Charlebois.
Aussi, la majorité des Canadiens achètent des produits locaux « parfois » (47,8 %), un chiffre en légère baisse par rapport à l’automne 2024 (50,2 %).
La catégorie de ceux qui achètent « souvent » local a culminé à 41,5 % à l’automne 2025, avant de redescendre à 31,6 % au printemps 2026.
Un segment restreint mais croissant de consommateurs est très engagé, avec 9,7 % des répondants affirmant acheter « toujours » local.
(1) Ce rapport est une initiative du Laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie, soutenue par Caddle Insights. Il a été préparé par les docteurs Sylvain Charlebois, Armağan Özbilge et Stacey Taylor. Environ 3 000 répondants sont sondés tous les six mois pour obtenir ces données.

