Comme d’autres municipalités, il invoque des préoccupations liées à la gouvernance et au processus décisionnel.
Le maire de la municipalité rurale de Taché, Armand Poirier, critique notamment un manque de transparence et l’absence totale de communications bilingues au sein de la structure régionale.
Retour sur ce que ces départs successifs signifient pour l’ avenir de la Région métropolitaine de Winnipeg.
Le 24 février dernier, le conseil de la municipalité rurale de St-Clements a voté à l’unanimité en faveur du retrait de la Région d’aménagement du territoire de la capitale.
Une décision qui « n’a pas été prise à la légère », selon le directeur municipal Deepak Joshi.
« Il s’agissait d’une question de bonne gouvernance, étant donné que nous sommes à l’approche des élections, a-t-il ajouté.
Afin de mieux comprendre pourquoi le conseil municipal de St-Clements a pris cette décision, un peu de contexte.
Créée en 2023 par le gouvernement progressiste-conservateur, la Région d’aménagement du territoire de la capitale a fait de la Région métropolitaine de Winnipeg (RMW) une corporation, regroupant ainsi les 18 municipalités de la région de Winnipeg en une entité officielle dont l’objectif est la planification régionale à long terme.
Ce groupe initial de municipalités comprenait la ville de Winnipeg, ainsi que les municipalités de Cartier, Dunnottar, East St-Paul, Headingley, Macdonald, Niverville, Ritchot, Rosser, Rockwood, Selkirk, St-Andrews, St-Clements, St-François-Xavier, Springfield, Stonewall, Taché et West St-Paul.
Alors que la participation à la RMW était auparavant volontaire, la Région d’aménagement du territoire de la capitale a rendu la participation des municipalités obligatoire en vertu des modifications apportées à la Loi sur l’aménagement du territoire.
L’objectif était de créer un espace plus officiel pour coordonner les projets sur des enjeux comme l’accessibilité au logement, les transports et les relations avec les peuples Autochtones.
« Lorsque vous appliquez pour de grands projets de développement régionaux, cela permet aux municipalités de ne pas être en concurrence les unes avec les autres, ajoute Deepak Joshi. L’objectif est d’examiner les aspects économiques, le tissu social ainsi que les relations globales qui existent dans une zone de planification des immobilisations. »
Le Plan20-50
Sous la Loi sur l’aménagement du territoire, le conseil d’administration de la RMW était chargé d’élaborer un plan régional à long terme, qui a été présenté sous le nom du Plan20-50.
En décembre 2024, ce plan a été rejeté par les municipalités, beaucoup d’entre elles invoquant la crainte de perdre certains pouvoirs décisionnels.
À la suite de ce vote, le conseil de la RMW a été invité par le gouvernement à rédiger un nouveau plan d’aménagement régional avant le 1er janvier 2027.
Mais entre-temps, le gouvernement néo-démocrate a apporté de nouvelles modifications à la Loi sur l’aménagement du territoire.
En novembre 2025, un amendement a été adopté, permettant aux municipalités de se retirer de la Région d’aménagement du territoire de la capitale jusqu’au jour des prochaines élections, le 28 octobre 2026.
Après cette date, les municipalités qui seront restées membres de la RMW devront attendre huit ans, jusqu’à la prochaine période de révision du plan régional, pour bénéficier d’une fenêtre de 180 jours leur permettant de se retirer.
Mais si le retrait du groupe est un processus fastidieux, les municipalités peuvent réintégrer la Région à tout moment.
« Étant donné que les élections approchent à grands pas, le conseil municipal a estimé qu’il s’apprêtait à prendre un engagement au nom d’un futur conseil sans avoir procédé à une vérification préalable adéquate », explique Deepak Joshi à propos de la décision du conseil municipal de St-Clements.
Une décision qu’il n’est pas le seul à avoir prise.
Le même jour, le conseil de la municipalité rurale d’East St-Paul a voté dans le même sens, portant à dix le nombre de municipalités qui ont décidé de se retirer de la RMW depuis novembre.
Elles rejoignent ainsi les municipalités de Dunnottar, Macdonald, Rockwood, St-Andrews, Selkirk, Springfield, Taché et West St-Paul.
Conformément à la législation, ces municipalités ont envoyé des lettres de demande officielle au ministre des Relations municipales et nordiques, Glen Simard, dont le bureau enverra ensuite des lettres de libération officielles.
Selon un communiqué de presse de la RMW, les municipalités de Selkirk, St. Andrews, West St. Paul et Dunnottar sont les quatre seules à avoir été officiellement libérées jusqu’à présent.
Dialogue entre municipalités
Deepak Joshi souligne que cette décision ne traduit pas un refus de coopérer, mais plutôt un engagement en faveur d’une bonne gouvernance et du processus démocratique.
« La municipalité régionale et le conseil municipal s’engagent à poursuivre le dialogue de manière continue. La planification régionale, la coopération et la collaboration ont eu lieu avant l’adoption de cette loi dans le passé », rappelle-t-il.
« Ce type de collaboration existe depuis longtemps, mais le fait d’avoir une région de planification des immobilisations officielle présente également certains avantages. »
Cependant, tous les conseils municipaux n’ont pas eu une expérience aussi positive avec la RMW depuis sa création.
Pour sa part, le maire de la municipalité rurale de Taché, Armand Poirier, dont le Conseil a voté en faveur du retrait de la RMW le 27 janvier dernier, se dit insatisfait du travail accompli par la Région d’aménagement du territoire de la capitale.
« C’était surtout sur le côté de la gouvernance. Ça m’inquiétait, dit-il. Il y avait un manque de transparence. Et dans la loi provinciale, c’est obligatoire que les Premières Nations soient consultées dans le processus. Mais on a rarement vu la représentation des Premières Nations à la table. »

Et le français alors?
Mais ce qui le dérangeait particulièrement, c’était l’absence de représentation francophone.
« Pourquoi est-ce que la correspondance n’était pas circulée dans les deux langues officielles? C’était seulement circulé en anglais. Je l’ai demandé plusieurs fois à la table. On nous disait qu’il n’y avait pas d’argent dans le budget ou de temps pour ça. »
Malgré ses frustrations quant à la manière dont la RMW a géré les choses par le passé, Armand Poirier reste ouvert à la collaboration, à condition que certains changements soient apportés.
« C’est absolument essentiel qu’on soit à la table pour discuter, dit-il. En ne faisant pas partie de la Région, on perd de notre autonomie parce qu’on n’a pas de voix quand la Ville [de Winnipeg] prend une décision. Mais il faut qu’on recommence droit du début. Il va falloir que le gouvernement provincial guide un peu le nouveau processus. »

