La désignation régionale de l’Hôpital de Sainte-Anne revient au cœur des discussions alors que le premier ministre Wab Kinew a affirmé, le 19 mars, lors d’une rencontre du leadership municipal de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), que les discussions entourant ce dossier devraient débuter avant la fin du mois de mars, alors même que l’établissement fait toujours face à une réduction importante de ses services, notamment en chirurgie.

À l’Hôpital Sainte-Anne, certaines interventions chirurgicales ne sont actuellement plus réalisées sur place.

Les chirurgies ont été concentrées à l’hôpital Bethesda de Steinbach dans le cadre d’un programme conjoint visant à maximiser les capacités opératoires dans la région.

Dans ce contexte, la désignation régionale de l’établissement revient au centre des discussions politiques et municipales dans le sud-est du Manitoba.

Lors de la rencontre du leadership municipal de l’AMBM, le premier ministre Wab Kinew a réaffirmé son soutien au projet et annoncé qu’une première réunion du groupe de travail chargé d’étudier le dossier devait se tenir d’ici la fin du mois de mars.

Cette relance intervient alors que l’hôpital continue de fonctionner avec des services réduits.

Le 19 mars, à Saint-Boniface, interrogé par Justin Johnson, chef de la direction de l’AMBM, le premier ministre a reconnu que le processus avançait lentement.

« Rien n’avance aussi vite que je le souhaiterais. C’est l’une des choses sur lesquelles je travaille au gouvernement », explique Wab Kinew.

« Nous sommes presque à la fin du mois, donc cela devrait se faire d’ici la semaine prochaine. »

Il a également indiqué que cette étape devait permettre d’aller davantage au fond du dossier, en abordant « la question de fond de la désignation régionale elle-même plutôt que seulement le processus ».

Wab Kinew a par ailleurs souligné que la demande provenait directement du terrain.

« Tout le monde plaide en faveur de cette désignation. Je soutiens cette initiative. Sainte-Anne est une grande priorité pour nous », a-t-il affirmé.

Pourquoi la désignation?

Du côté municipal, cette annonce est accueillie avec espoir.

Richard Pelletier, préfet de la Municipalité rurale de Sainte-Anne, parle d’« une bonne nouvelle, une très bonne nouvelle », rappelant que le dossier est discuté depuis plusieurs années.

Richard Pelletier, préfet de la Municipalité rurale de Sainte-Anne, lors de la rencontre du leadership municipal de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM) du 19 mars, à Saint-Boniface.
Richard Pelletier, préfet de la Municipalité rurale de Sainte-Anne, lors de la rencontre du leadership municipal de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM) du 19 mars, à Saint-Boniface. (photo : Marta Guerrero)

« Ça fait quand même trois ans qu’on en parle. On a approché le gouvernement en disant qu’on a besoin d’un hôpital qui est vraiment fonctionnel, parce qu’on peut voir qu’aujourd’hui, notre salle d’opération est fermée. »

Selon Janelle Lapointe, gestionnaire des services de santé de l’Hôpital Sainte-Anne, la salle d’opération n’est toutefois pas officiellement fermée, elle explique qu’il s’agit d’un programme conjoint avec l’hôpital Bethesda de Steinbach.

« Afin de maximiser les chirurgies qu’on peut faire dans la région, elles ont été toutes tirées vers Bethesda à ce point-ci », précise-t-elle en évoquant un manque de personnel et le nombre de chirurgies à réaliser dans la région.

Par ailleurs, elle souligne que certaines interventions continuent d’être réalisées à Sainte-Anne, notamment en urologie.

Dans un communiqué publié le 20 mars, le gouvernement provincial a confirmé la création d’un groupe de travail chargé d’examiner la désignation régionale de l’Hôpital Sainte-Anne.

La province indique que ce comité devra analyser les besoins en services, les ressources humaines ainsi que les possibilités d’amélioration de l’accès aux soins dans le sud-est.

Pour la Municipalité rurale de Sainte-Anne, la désignation régionale permettrait surtout de stabiliser les équipes médicales et de rendre l’établissement plus attractif.

« On a eu beaucoup de docteurs qui sont venus à Sainte-Anne. Ils savent que s’ils vont ailleurs, ils vont avoir une meilleure paie, donc ils partent. Mais en étant régional, ils vont avoir la même paie qu’ailleurs. »

Richard Pelletier insiste également sur le fait que certaines infrastructures sont déjà en place, mais qu’elles ne peuvent être pleinement utilisées en raison du manque de personnel.

« On a quand même une salle d’opération. On a un hélicoptère pour les mesures d’urgence. On a un bon hôpital. Ce qui manque, c’est le personnel pour le faire fonctionner. »

Interrogée sur le nombre de postes vacants à l’hôpital, Janelle Lapointe explique que le fonctionnement des médecins repose en partie sur des ententes contractuelles et que les fermetures de services ne sont pas nécessairement liées à un manque direct de médecins à l’hôpital.

Elle souligne toutefois qu’il y a des besoins pressants : « Ce dont on a vraiment besoin dans la région, c’est un docteur en clinique dans la communauté », affirme-t-elle.

Selon l’AMBM, la désignation régionale permettrait également de rétablir les heures d’ouverture complètes du service d’urgence, de recruter du personnel qualifié et bilingue ainsi que d’élargir l’éventail des services offerts. À ce jour, le service d’urgence fonctionne selon des horaires réduits.

Selon Janelle Lapointe, il est ouvert de 8 h à 16 h, sept jours sur sept, une situation comparable à celle de plusieurs établissements ruraux.

Au-delà de la municipalité elle-même, le préfet rappelle que l’hôpital dessert plusieurs collectivités de la région, dont la Ville de Sainte-Anne, la Municipalité rurale de Taché et celle de La Broquerie.

Dans ce contexte, la question des services en français demeure centrale.

« Les gens veulent vivre en campagne, affirme Richard Pelletier, mais en vieillissant, s’ils n’ont pas de docteur, ils sont forcés d’aller à Saint-Boniface pour avoir des services en français. »

Il évoque également le sentiment de frustration ressenti par la population face à la réduction des services.

« La déception des gens de voir que l’hôpital n’est plus fonctionnel comme il a déjà été, c’est une très grosse déception. »

Un enjeu partagé

Armand Poirier, maire de la Municipalité rurale de Tâché, rappelle que sa municipalité a historiquement contribué au développement de l’hôpital.

Avec la réduction des services, explique-t-il, les résidents doivent désormais parcourir de plus longues distances pour recevoir des soins.

« Aujourd’hui, avec tous les services qui sont réduits grandement à l’hôpital de Sainte-Anne, les administrés se rendent à Steinbach et Winnipeg. »

Selon lui, renforcer l’Hôpital Sainte-Anne permettrait non seulement d’améliorer l’accès aux soins de proximité, mais aussi de réduire la pression sur d’autres établissements régionaux, comme l’hôpital Bethesda de Steinbach.

« En renforçant l’hôpital de Sainte-Anne et en donnant la désignation 24 heures sur 24, ça aiderait l’hôpital. Ça enlèverait de la pression sur l’hôpital Bethesda de Steinbach. C’est mieux pour tout le monde. »

Armand Poirier souligne également l’importance de la dimension linguistique dans l’accès aux soins.

« L’une des grandes valeurs de l’hôpital de Sainte-Anne, c’est d’offrir des services dans les deux langues. Quand on est d’un âge avancé, avoir l’hôpital proche et des services dans la langue de son choix, c’est très important. »

Cette pression sur les services de santé s’inscrit dans une dynamique démographique importante.

Selon le recensement de 2021, la Ville de Sainte-Anne compte 2 891 habitants, soit une augmentation de 36,8 % depuis 2016, ce qui en fait l’une des collectivités à la croissance la plus rapide de la région.

La Municipalité rurale de Sainte-Anne constitue une entité distincte avec une population de 5 584 personnes.

La tenue annoncée d’une première rencontre d’ici la fin du mois de mars relance ainsi un dossier suivi depuis plusieurs années dans le sud-est du Manitoba.

Si la création du groupe de travail marque une nouvelle étape, plusieurs acteurs locaux attendent désormais de voir si ces discussions permettront de traduire cette volonté politique en mesures concrètes pour rétablir et développer les services à l’Hôpital Sainte-Anne.

Désignation régionale : ce que prévoit le groupe de travail

Le 20 mars, la province a indiqué que la première réunion du comité constitué, doit se tenir « plus tard ce mois-ci » (1).

Il sera coprésidé par le Dr Aly Dhala, médecin hygiéniste en chef pour Southern Health-Santé Sud, et par Yvan St. Vincent, maire de Sainte-Anne.

Selon Uzoma Asagwara, ministre de la Santé, ce comité devra « examiner la capacité des services, la dotation en personnel et les infrastructures », puis formuler des recommandations afin d’améliorer l’accès aux soins et de réduire les distances à parcourir pour les patients.

Des consultations publiques sont aussi prévues auprès de la population, des fournisseurs de soins et des partenaires communautaires.

La Province indique que l’évolution vers un statut d’hôpital régional pourrait permettre d’élargir les services offerts et, à terme, d’assurer une couverture des soins 24 heures sur 24 dans le sud-est du Manitoba.

(1) En marge du budget provincial, le 24 mars 2026, Ivan Normandeau, le président de l’AMBM et préfet de la Municipalité rurale de La Broquerie, a annoncé qu’une première rencontre du Groupe de travail a « déjà eu lieu plus tôt cette semaine ».