Par Michel LAGACÉ.
Indépendamment de la bonne volonté que manifeste le gouvernement provincial envers le français, il faut reconnaître la pertinence de la lettre signée par un groupe de jeunes francophones manitobains et parue dans l’édition du 11 au 17 mars de La Liberté.
Dans cette lettre, les auteurs demandaient pourquoi le gouvernement du Manitoba ne s’était pas encore excusé pour la loi Thornton.
Rappelons que la loi proposée par Robert Thornton à l’Assemblée législative du Manitoba en 1916 abolissait les écoles bilingues dans la province et interdisait l’enseignement en français dans les écoles publiques. La loi entraînait du même coup la fermeture de l’école normale à Saint-Boniface, située rue Masson. Elle venait ainsi parachever le coup de poignet de 1890 lorsque l’Assemblée législative avait inconstitutionnellement aboli le statut du français comme langue officielle du Manitoba.
La loi Thornton a manifestement eu des conséquences énormes sur l’éducation en français, même si certaines écoles ont continué à enseigner le français clandestinement. Elle a aussi entraîné un impact psychologique sur une population qui se voyait maintenant comme minoritaire et donc inférieure face à une majorité hostile.
Les torts infligés par les actions gouvernementales du passé nous touchent encore aujourd’hui. En s’attaquant à la transmission intergénérationnelle de la langue par l’école, elles ont contribué à l’assimilation de générations de francophones. Et ces mêmes gouvernements ont obligé des parents, pourtant pas très riches, à payer des impôts fonciers pour financer le système scolaire public en même temps qu’ils devaient payer, s’ils pouvaient se le permettre, l’enseignement de leurs enfants dans la seule école privée, le Collège de Saint-Boniface.
Pourquoi insister aujourd’hui que le gouvernement présente des excuses pour ses actions inconstitutionnelles et discriminatoires? Il ne s’agit pas de blâmer ou de culpabiliser la population, mais de reconnaître un tort historique. Le but principal serait pédagogique, celui de sensibiliser la population à l’histoire de la francophonie et d’expliquer pourquoi le gouvernement veut faire du Manitoba une province véritablement bilingue.
De fait, il y a eu au Canada des précédents importants à la présentation officielle d’excuses pour des torts du passé. En 2008, par exemple, le Premier ministre Stephen Harper a présenté des excuses aux anciens élèves des pensionnats autochtones au nom du gouvernement du Canada. Et en 2016, la Première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a présenté les excuses de son gouvernement pour le règlement 17 qui avait restreint l’enseignement en français en Ontario de 1912 à 1927.
Le gouvernement provincial a déjà mis en place des mesures pratiques qui appuient la francophonie manitobaine, comme une politique sur les services en français, des centres de service bilingues, une division scolaire francophone et une loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine. Il s’agit maintenant, pour consolider un nouvel élan du bilinguisme au Manitoba, de reconnaître symboliquement que la loi Thornton a été contraire à l’esprit du Manitoba voulu bilingue par ses fondateurs.
Il faut redonner sa pleine valeur au français.
