Par Michel LAGACÉ

Ce désastre fait suite aux inondations de 2011, 2014, 2017 et 2022.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement provincial a indiqué que plus de 500 000 sacs de sable ont été fournis à Peguis, et plus de 37 000 à la communauté voisine de Fisher River. Et le Premier ministre manitobain, Wab Kinew, s’est rendu sur place pour ranger quelques sacs de sable et pour parler d’une « course contre la montre ».

S’il est un aspect positif de cette catastrophe, c’est que les membres de la communauté et des individus venus d’ailleurs au Manitoba se sont portés bénévoles pour aider à construire des digues temporaires qui protégeraient au moins une partie des habitations menacées par les eaux. Il ne fait aucun doute que la population traverse une autre crise qui provoque énormément de stress. Le besoin de se déplacer temporairement et la possibilité de retourner à une maison endommagée par l’eau sont sources d’angoisse pour les résidents. L’appui de bénévoles ne peut qu’apporter quelque réconfort.

Pourtant, depuis l’inondation de 2022, plusieurs élus fédéraux ont reconnu la nécessité de renforcer Peguis avec des protections robustes et durables. Le Premier ministre à l’époque, Justin Trudeau, s’est engagé à planifier des protections permanentes. Cette année, Rebecca Chartrand, la ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique, et un porte-parole pour la ministre des Services aux Autochtones, affirment que des discussions sont toujours en cours et qu’ils cherchent des solutions permanentes.

Il faut reconnaître l’extraordinaire patience des dirigeants de la Première Nation de Peguis dont le chef, Stan Bird, affirme qu’il a récemment entretenu des discussions positives avec des responsables fédéraux. Car cette Première Nation a longtemps souffert des injustices imposées par le gouvernement canadien. Et elle est héritière d’une histoire importante : elle porte le nom du chef Peguis qui a mené sa bande de l’actuel Sault-Ste-Marie jusqu’à un établissement à Netley Creek puis à la réserve St. Peter’s, aujourd’hui East Selkirk. Après un transfert de terre illégal en 1907, la Première Nation a été déplacée là où elle se trouve actuellement.

Le 29 juin 1998, après 91 ans de lutte, le Canada a confirmé que la reddition de 1907 était nulle parce qu’elle n’avait pas respecté les exigences de la Loi sur les Indiens de 1906. Cette cession illégale qui a entraîné des pertes de terres et des pertes économiques explique pourquoi Peguis se trouve aujourd’hui sur des terres marécageuses menacées régulièrement par des inondations.

Il y a donc longtemps que le gouvernement fédéral a le devoir de mettre en œuvre des mesures protectrices permanentes. Une injustice historique et une crise humanitaire doivent l’interpeller à agir sans délai.