Intitulé Meeting a Moment – The Art of Social Architecture, ce projet documentaire en langue anglaise explore l’évolution des développements domiciliaires à Winnipeg.

Le récit débute par l’analyse de la vision novatrice de la firme Green Blankstein Russell and Associates durant la Grande Dépression — une agence pionnière pour avoir intégré les premiers architectes juifs et autochtones au Canada. Le film se penche ensuite sur la réussite de Willow Park, la toute première coopérative d’habitation de la ville, fondée en 1961.

Le documentaire ramène enfin le spectateur au présent en abordant la transformation du bâtiment de la Compagnie de la Baie d’Hudson, appelé à devenir la coopérative d’habitation Wehwehneh Bahgahkinahgohn. À travers ces exemples et les témoignages d’experts, Danielle Sturk propose une nouvelle lecture de l’habitat collectif.

« Avec ce film, on veut discuter de la question de c’est quoi des habitations abordables, c’est quoi une communauté et comment la communauté du design et d’architecture peut contribuer justement aux problématiques liées au manque de logements, » explique la réalisatrice.

Une inspiration locale et historique

Douze ans après son dernier long métrage documentaire, A Good Madness, Danielle Sturk a ressenti le besoin de renouer avec ce genre cinématographique. Familière des biographies locales, elle souhaitait mettre en lumière des pionniers winnipegois dont l’influence reste méconnue du grand public.

Sa réflexion a été nourrie par l’ouvrage de Jeffrey Thorsteinson et Brennan Smith, Green Blankstein Russell and Associates: An Architectural Legacy, paru en 2017.

Si l’architecture l’intéressait depuis longtemps, c’est le caractère progressiste de cette firme qui a véritablement suscité sa passion. L’ouverture précoce de l’entreprise aux femmes et à la diversité multiculturelle est un aspect qu’elle tenait à honorer par son art.

Toutefois, consciente que le sujet purement historique pouvait complexifier le financement du film, la cinéaste a choisi d’adopter une approche plus globale.

Cette perspective l’a menée à étudier les organisations actuelles qui œuvrent pour améliorer la vie communautaire à Winnipeg.

Parmi les projets qui l’ont particulièrement marquée, elle cite Wehwheneh Bahgohkinaghon, Market Lands, Inuka, Railside at the Forks, Place of Pride et Willow Park.

Porter un message social

Ce projet a également pris une dimension personnelle pour la cinéaste. En observant la réalité de ses enfants adultes, elle constate à quel point les modèles d’habitation actuels ont failli aux attentes des anciennes et nouvelles générations. Elle pointe notamment du doigt la pression sociale poussant chaque adulte à posséder sa propre maison pour fonder une famille.

Selon elle, la vision nord-américaine percevant la cohabitation comme un échec ne fait que soutenir « le capitalisme et le colonialisme totalement », au détriment de l’environnement et du bien-être collectif.

En guise de réflexion finale, Danielle Sturk invite à une introspection nécessaire : « Ça vaut vraiment la peine de regarder vers l’arrière, afin de voir nos propres faillites sociales, et comment les solutions sont déjà présentes pour nous. »

Plus d’informations à propos du Architecture + Design Film Festival Winnipeg.