Par Michel LAGACÉ

L’attaque israélo-américaine sur l’Iran a provoqué une flambée des prix du pétrole qui a suscité un réflexe bien connu : de toutes parts, on réclame une réduction des impôts pour compenser l’augmentation des prix à la pompe.

Ainsi, le chef de l’opposition fédérale, Pierre Poilievre, propose d’éliminer les taxes fédérales sur les carburants. Et on se souvient que le Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a suspendu la taxe provinciale de 14 cents le litre pour toute l’année 2024, une mesure qui a coûté à la province environ 340 millions de dollars en recettes fiscales manquées. Après avoir instauré une taxe réduite de 12,5 cents le litre en 2025, il a récemment évoqué la possibilité d’une nouvelle réduction de la taxe sur l’essence.

On comprend que les gouvernements fédéral et provincial cherchent à augmenter leur popularité en réduisant les impôts. Et toute réduction du prix de l’essence a des répercussions sur le prix de beaucoup de biens qui doivent être transportés par avion ou par camion. Dans ce sens, tout le monde en bénéficie.

Mais si le but de réduire les impôts est de venir en aide à ceux et celles qui en ont le plus besoin, soit aux individus et aux familles à faible revenu, des réductions d’impôt généralisées ne sont pas la façon la plus efficace d’y arriver. Car ce sont les familles et les individus à revenu élevé qui dépensent le plus et qui bénéficient le plus de ces réductions qui coûtent cher au trésor public.

Une aide ciblée pourrait aider davantage les contribuables à faible revenu qui sont les plus touchés par la hausse des coûts. Et il existe déjà un programme, L’allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, qui offre un soutien financier accru à plus de 12 millions de Canadiens à revenu faible ou modeste. Il permet au gouvernement fédéral d’accorder de l’aide à une population ciblée tout en limitant le coût global du programme. Il évite ainsi de verser des millions de dollars à des familles et à des individus qui sont moins dans le besoin.

Il faut se rappeler que le gouvernement fédéral a affiché des déficits budgétaires au cours des dernières 18 années, sous des gouvernements libéraux et conservateurs. S’il ne commence pas à ajuster sérieusement ses dépenses et sa fiscalité, le pays risque de replonger dans une crise budgétaire comparable à celle du milieu des années 1990, lorsque des réductions majeures dans tous les secteurs de dépenses ont dû être opérées, y inclus des réductions de milliards de dollars en transfert aux provinces.

La popularité politique d’une réduction des taxes sur les carburants est évidente. Et le Canada n’est pas encore en pleine crise, mais la trajectoire budgétaire qu’il poursuit a pris une mauvaise direction.

Chose certaine alors : il est grand temps d’entamer un débat franc sur la taille et le rôle des gouvernements actuels, et sur les mesures fiscales nécessaires pour les financer.