Entrée en poste le 30 mars, Kelly Burke est devenue la huitième commissaire aux langues officielles. Dans une entrevue avec La Liberté, elle évoque ses premières impressions et les priorités qu’elle souhaite mettre de l’avant.
La Liberté : Mme Burke, vous avez commencé le travail il y a quelques jours, l’on peut imaginer que vos premiers jours sont occupés. Comment se passent ces premiers moments dans le Bureau du Commissariat aux langues officielles?
Kelly Burke : Une des choses qui m’impressionnent beaucoup, c’est le fait que ce bureau soit si bien rodé. Dans une période de transition entre deux commissaires, il faut s’ajuster, et l’équipe était très bien préparée avant mon arrivée, donc ça va très bien.
LL : Mme Burke, vous êtes avocate ontarienne de formation, vous avez été sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones de l’Ontario et commissaire aux services en français de l’Ontario de 2019 à 2023. Maintenant, vous occupez un poste qui dépasse la réglementation ontarienne, que représente pour vous le titre de commissaire aux langues officielles?
KB : C’est un honneur d’occuper ce rôle et surtout à ce temps important de l’histoire non seulement du Canada, mais des langues officielles au pays.
Depuis 1969, quand la loi est entrée en vigueur, on est passé par plusieurs époques au niveau de la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles.
Je me sens donc très honorée de pouvoir assumer les fonctions pour la mise en œuvre de la nouvelle loi, maintenant modernisée. C’est un privilège vraiment de pouvoir servir le Canada et ses langues officielles à titre de commissaire.
LL : Quelles sont les premiers dossiers sur lesquelles vous souhaitez travailler?
KB : Je veux bien comprendre les communautés. J’ai plein d’intentions, je prévois faire une tournée partout au Canada, afin que je puisse me renseigner davantage sur les enjeux qui touchent les communautés partout au pays.
Je veux vraiment être à l’écoute, je veux apprendre là où sont les vulnérabilités et comment je peux maintenant, à titre de commissaire, contribuer à la vitalité, à l’épanouissement de ces communautés et à la vitalité de celles-ci.
LL : Vous l’avez mentionné, vous arrivez en poste à un moment important pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un sujet sur lequel a beaucoup travaillé votre prédécesseur Raymond Théberge. Cette loi a reçu la sanction royale en 2023, pourtant, en 2026, il manque encore des éléments pour l’encadrer. Quel travail reste-t-il à faire?
KB : Oui, en haut de la liste de mes priorités en entrant en fonction, c’est de m’assurer que les règlements connexes à la loi soient mis en vigueur. Les règlements sont nécessaires afin d’atteindre les objectifs de la Loi sur les langues officielles.
Ce que je constate, c’est que sans que les règlements soient adoptés, je suis limitée dans l’exercice complet des pouvoirs que la loi m’accorde. (1)
Donc, à ce niveau-là, je vois des enjeux au niveau de la mise en œuvre de la loi et aussi au niveau du développement des communautés des langues officielles qui demeurent freinées par le fait que l’encadrement réglementaire n’est pas complet.
Cela dit, nous avons quand même des avancées et nous pouvons exercer le mandat de la commissaire avec les outils que nous disposons en ce moment. Nous avons déjà conclu des accords de conformité.
Par exemple, nous avons affiché sur notre site internet des sommaires d’enquêtes. Nous allons éventuellement établir les pratiques exemplaires vis-à-vis l’administration des autres pouvoirs que la nouvelle loi accorde à ce bureau.
LL : Ces dernières années, le déclin du français, notamment hors Québec, est un sujet qui a régulièrement fait les manchettes. Quel est votre regard sur ce thème? Pensez-vous à des initiatives qui pourraient endiguer ce phénomène?
KB : Le déclin du français, c’est un grand défi. C’est une préoccupation que j’ai en entrant en fonction.
Selon le recensement de 2021, on voit que le Canada compte plus de locuteurs français qu’auparavant, mais que le poids démographique est en baisse par rapport à celui des locuteurs de l’anglais. (2)
Le taux de bilinguisme est lui demeuré stable au Canada à 18 % environ, et c’est grâce aux programmes d’immersion et à l’immigration francophone.
Alors, je pense que c’est vraiment là où l’on va devoir mettre l’accent sur la question de comment l’immigration francophone peut être bonifiée, afin que nous puissions adresser la question du déclin davantage.
(1) Le projet de loi C-13, Loi modifiant la Loi sur les langues officielles renforce les pouvoirs du commissaire aux langues officielles en lui donnant notamment les nouveaux pouvoirs de conclure des accords de conformité, d’émettre des ordonnances et d’imposer des sanctions administratives pécuniaires, ce dernier s’appliquant dans le domaine des transports.
(2) En 2021, environ 10,7 millions de Canadiens pouvaient soutenir une conversation en français, contre 10,2 millions en 2016. La proportion de Canadiens ayant le français comme première langue officielle parlée est passée de 22,2 % en 2016 à 21,4 % en 2021. À titre de comparaison, ce poids était de 27,2 % en 1971.
Un Manitoba véritablement bilingue? La nouvelle commissaire soutient l’initiative
Lors de la plus récente Journée internationale de la Francophonie, le Manitoba présentait les résultats de la consultation publique pour guider la création d’une stratégie provinciale à long terme sur le bilinguisme.
Kelly Burke, la toute nouvelle commissaire aux langues officielles, a observé la situation. Sans pouvoir encore s’exprimer sur le fond du dossier, elle se dit « en faveur de toute initiative qui va renforcer les langues officielles et la vitalité des communautés de langues officielles partout au pays. »
La commissaire se dit aussi « très encouragée à voir les provinces et les territoires s’engager davantage pour faire valoir ses droits et ses langues. »
Kelly Burke continuera de suivre cette initiative et rappelle qu’en « bout de ligne, l’objectif, que je partage, c’est le renforcement des langues officielles partout au pays. »
Le Manitoba a prévu de publier sa Stratégie provinciale sur le bilinguisme en mars 2027.

