L’unité chargée de la lutte contre l’exploitation des enfants sur Internet reçoit parfois jusqu’à dix appels par semaine signalant des cas de sextorsion chez les jeunes, rapporte le détective Craig Holloway du Service de Police de Winnipeg.
Le mois d’avril étant le Mois national de sensibilisation aux agressions sexuelles, le Service de police de Winnipeg (SPW) met en garde contre la sextorsion dont les victimes sont des mineurs.
Depuis 2020, le SPW constate une augmentation du nombre de cas, explique le détective Craig Holloway, qui travaille au sein de l’unité chargée de la lutte contre l’exploitation des enfants sur Internet du SPW.
Augmentation des cas depuis 2020
« Beaucoup de victimes ne portent pas plainte parce qu’ils ont honte, dit-il. Mais ce phénomène continue de prendre de l’ampleur, et on le constate partout au pays. »
Craig Holloway ne traite que les cas impliquant des jeunes de moins de 18 ans et la plupart de ses dossiers concernent des enfants âgés de 13 à 17 ans.
Cependant, il raconte avoir vu des cas où les victimes n’avaient que 11 ans.
La tranche d’âge ciblée par les prédateurs et les groupes criminels organisés, précise-t-il, se situe entre 13 et 24 ans.
La plupart des victimes de sextorsion sont les jeunes garçons. En considérant seulement les cas où le sexe de l’enfant était connu, le Centre canadien de protection de l’enfance a recensé près de six fois plus de garçons que de filles victimes.
« Les filles sont victimes d’extorsion pour obtenir plus de photos. Il s’agit généralement de personnes qui collectionnent ce type de contenu. »
Les prédateurs trouvent le plus souvent leurs victimes sur des plateformes très populaires comme Snapchat, Instagram et Omegle, lorsque ce dernier site était encore actif.
Selon Craig Holloway, les jeunes sont contactés par une personne anonyme qui commence à flirter avec
À mesure qu’ils gagnent la confiance de leurs victimes et obtiennent d’elles des images, que celles-ci croient souvent être envoyées de manière anonyme ou destinées à disparaître, les prédateurs accumulent ces contenus pour se constituer une collection leur permettant plus facilement de menacer leurs victimes.
« Et ils prennent leur temps. Cela peut prendre des heures, voire une semaine, mais ils gagnent la confiance de leurs victimes pour obtenir ces photos et accéder à leurs réseaux sociaux.
« Puis, aussitôt, ils menacent de divulguer les photos intimes du jeune et disent : Envoie-moi ce montant et tout sera réglé. Mais ce n’est pas le cas. »
Les cas de sextorsion chez les jeunes ont également tendance à être signalés plus souvent pendant l’année scolaire; les services de police constatent généralement une baisse pendant les mois d’été et la semaine de relâche. Mais ce n’est pas nécessairement parce qu’il y a moins de cas lorsque l’école est fermée.
Pendant la période scolaire, les enfants peuvent s’adresser à leurs enseignants, conseillers ou directeurs d’école pour signaler un problème.
Ils sont plus susceptibles de participer à des événements sportifs et peuvent donc en parler à leurs amis ou à leurs entraîneurs.
En revanche, lorsqu’ils ont plus de temps libre pour faire ce qu’ils veulent et passent donc plus de temps sur Internet, ils sont plus exposés au risque d’être ciblés.
« Je pense que ces criminels et ces prédateurs, qui ont appris à mieux arnaquer les adolescents, comprennent que ces jeunes ont un accès illimité à Internet. »
Que faire si son enfant est ciblé
Le conseil le plus important que Craig Holloway donne à toute personne confrontée à une situation de sextorsion en ligne est de ne jamais céder à leurs demandes.
En effet, leur donner de l’argent ne fait que leur donner l’impression qu’il y a davantage d’argent à soutirer, ce qui les rendra probablement encore plus acharnés.
Les victimes devraient plutôt conserver des captures d’écran des conversations pour les documenter, et bloquer immédiatement le compte du prédateur.
Celui-ci pourrait essayer de créer de nouveaux comptes pour reprendre contact, et les autorités recommandent de continuer à bloquer ces nouveaux comptes ou de désactiver temporairement son compte (sans le supprimer, sinon les preuves seront perdues) afin d’empêcher la communication.
Ensuite, une fois les preuves recueillies, il est important de signaler la situation à cyberaide.ca ou à la police.
Il est aussi essentiel que les parents approchent une situation de sextorsion avec calme afin de renforcer auprès de leur enfant l’idée qu’il est sécuritaire de se confier à des adultes en cas de crise, et qu’ils n’auront pas d’ennuis s’ils commettent une erreur en ligne.
« Les parents, je sais que vous pourriez être bouleversés au début, mais vous ne voulez pas que vos enfants aient l’impression que cet incident va définir toute leur vie. Pour soutenir vos enfants, abordez la situation avec bienveillance et attention. »
Sextorsion et IA
Craig Holloway explique que le SPW est déjà confronté à des cas où des jeunes sont victimes de sextorsion à l’aide de photos hypertruquées, c’est-à-dire d’images combinant le visage de l’enfant et un rendu généré par IA de son corps nu.
« Je m’occupe justement d’un dossier de ce type en ce moment : une mère a déclaré avoir reçu des photos, mais ce n’est pas sa fille. Elle n’a même pas de téléphone, elle n’a pas le droit d’aller sur Internet. »
« Ils utilisent l’IA parce que même s’ils ne peuvent pas obtenir de photos, ils tenteront quand même d’extorquer la victime par des moyens frauduleux. »
Bien que les cas de ce type soient encore rares, ils augmentent lentement, et les autorités craignent qu’ils ne deviennent bientôt un véritable problème.
Où se trouvent les prédateurs?
À travers des enquêtes et des mandats judiciaires, la SPW et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) essaient de localiser les adresses IP des appareils et des réseaux utilisés pour mener ces opérations de sextorsion.
Cependant, la plupart des prédateurs font partie de groupes criminels hautement organisés situés à l’étranger.
« Il y a différents pays européens et africains où ils opèrent, explique Craig Holloway. Ce n’est pas concentré dans certains endroits, cela semble être partout. »
Il cite des groupes de cybercrime bien connus comme les Yahoo Boys, qui opèrent des canaux de communication où ils partagent des manuels d’instructions sur l’extorsion des jeunes, incluant des conseils sur les meilleures manières de les maintenir en ligne et de leur soutirer plus efficacement de l’argent.
Parmi les autres réseaux de cybercrime connus, on trouve 764 et The COM, qui, selon la GRC, encouragent les jeunes à s’automutiler et à commettre des actes de violence.
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