Avec des informations de Jonathan SEMAH
Mais entre coûts élevés, habitudes bien ancrées et absence de politiques publiques, la transition vers le réutilisable et la réduction des déchets reste un défi.
À l’occasion du Jour de la Terre, célébré à la fin avril, l’International Institute for Sustainable Development-Experimental Lake Area (IISD-ELA) en partenariat avec l’Université de Toronto publiait une étude sur la réduction des articles de restauration à usage unique.
L’étude, menée auprès de 26 entreprises de restauration et une cinquantaine de consommateurs winnipegois, souligne une importante volonté de changement, tant chez les clients, que chez les restaurateurs.
L’analyse met aussi en exergue les obstacles qui viennent s’opposer à cette volonté, des obstacles concernant les coûts, l’hygiène et l’aspect pratique.
Lorsque l’on parle d’articles à usage unique, l’on fait référence aux tasses de café à emporter, aux pailles, aux ustensiles.
Ces derniers figurent sur la liste des déchets les plus retrouvés sur les rives de nos rivières.
L’objectif du gouvernement fédéral est de réduire l’émission de déchets plastiques à zéro d’ici 2030.
Pour ce faire, le gouvernement instaurait en 2022 le Règlement sur l’interdiction des plastiques à usage unique.
Un règlement responsable d’une réduction de 32 % des débris de pailles, ou encore de 25 % des sacs plastiques.
Quel impact?
Au Canada, la pollution au plastique est un problème de grande ampleur.
En 2022, ce sont plus de 73 000 tonnes de déchets plastiques qui se sont éparpillées dans la nature et les estimations anticipent une augmentation de ce chiffre-là.
À ce jour, il n’existe pas de programme de contenants réutilisables à Winnipeg.
L’on trouve pourtant ce genre d’initiative dans des villes comme Toronto ou Banff. Il est tout de même prévu cette année la mise en place d’un projet pilote de réutilisation en 2026 pour la ville de Winnipeg grâce à un partenariat avec Muuse, une entreprise qui propose des alternatives aux emballages à usage unique.
Un projet important compte tenu de la localisation clé de Winnipeg, au carrefour des rivières Rouge et Assiniboine, directement affectés par la production de déchets plastiques.
« Les articles alimentaires à usage unique contribuent de manière considérable à la production de déchets et à la pollution. Nous menons activement des recherches pour comprendre l’impact des plastiques sur l’environnement. Nous savons que les plastiques sont persistants et qu’ils peuvent avoir des répercussions sur la faune », explique Desiree Langenfeld, chercheuse principale de cette étude et biologiste spécialisée dans la science et la politique des plastiques à IISD.
Une volonté claire
Elle indique que l’étude comprend deux phases. L’on souhaitait d’abord se faire une idée des points de vue des Winnipégois et les résultats sont positifs.
94 % des répondants de l’enquête sont conscients ou très conscients du problème de la pollution plastique.
74 % des clients estiment que les restaurants et les cafés devraient en faire plus pour réduire les déchets à usage unique.
Aussi, bien que 74 % pensent que les restaurants devraient autoriser le fait d’apporter son propre contenant, 44 % des clients le font très rarement ou jamais, citant des préoccupations de propreté et l’inconvénient de transporter des contenants.
51 % des clients utiliseraient un service de prêt ou de location de tasses/contenants presque à chaque fois s’il était disponible.
Et, une large majorité (82 %) souhaite que la vaisselle réutilisable soit la norme pour les repas sur place et que les articles comme les pailles ou serviettes ne soient donnés que sur demande.
Du côté des entreprises, 95 % d’entre elles accordent une importance modérée à élevée (note de 5 à 10) à l’environnement dans leurs décisions commerciales.
Actuellement, 61 % d’entre elles offrent de la vaisselle réutilisable pour les repas sur place. Bien que 69 % autorisent les clients à apporter leurs propres contenants, seulement 5 % des clients ou moins profitent réellement de cette option.
Enfin, 81 % des entreprises se disent prêtes à prendre des mesures pour réduire les articles à usage unique.
La deuxième phase de l’étude consistera à financer une entreprise de service alimentaire, à Winnipeg, afin de mettre en place un programme de produits réutilisables et d’évaluer son efficacité en matière de réduction des déchets.
Quels obstacles?
L’entreprise sélectionnée bénéficiera d’une bourse, dont le montant n’a pu nous être renseigné par Desiree Langenfeld.
Car l’aspect financier est l’un des obstacles principaux vers le changement des pratiques actuelles. C’est ce que souligne Derek Earl, président fondateur de BizforClimate.

BizforClimate. (photo : Marta Guerrero)
« Pour les entreprises, l’une des barrières communes à l’action environnementale ce sont les coûts initiaux. Les investissements de départ et le retour sur investissement incertain sont des facteurs. Parfois, c’est un manque d’expertise et de savoir-faire. Une autre chose que l’on voit souvent, ce sont les priorités des entreprises. Leur survie est leur plus grande priorité. »
Dans le cadre de l’étude, les besoins évoqués par les entreprises faisaient effectivement état d’un besoin d’aide financière ainsi que des informations claires sur les coûts et les économies potentielles.
En bref, l’on se pose la question de la rentabilité. quelques grandes chaînes d’alimentation rapide ont été consultées.
« Mais elles ne constituent pas une grande partie de l’enquête, explique la chercheuse. La plupart des entreprises sont des entreprises locales, de petites et moyennes tailles. »
Alors dans la lutte contre le déclin de l’environnement, il ne fait aucun doute que les grandes chaînes poseraient un impact plus important.
Toutefois Desiree Langenfeld confie qu’elles sont « plus difficiles à convaincre ».
Les politiques publiques pourraient alors jouer un rôle proactif et forcer le démarrage d’une transition plus écoresponsable.
Cela fait partie des objectifs de Derek Earl et de BizforClimate.
« Nous sommes en train de développer un réseau d’entreprises qui peuvent devenir des acteurs et participer à ces questions de politiques publiques qui sont nécessaires pour créer des solutions. On essaie de cultiver un rôle de leadership. »
Faut-il alors que les petits montrent l’exemple aux grands?
« Je pense qu’il est nécessaire d’encourager et de changer les normes. Les petites entreprises ont un rôle à jouer dans ces changements. Il faut changer les mentalités et les attentes. Et pour ça, il faut coordonner une action collective. »
Initiative de journalisme local


