Portés par l’envie de mieux s’intégrer à leur communauté ou par des besoins professionnels, ils participent aux cours d’alphabétisation offerts gratuitement par Pluri-elles, un programme en expansion.

Après l’alarme qui annonce la fin de journée pour les élèves de l’école Saint-Joachim, à La Broquerie, les lumières dans les couloirs s’assombrissent.

Les bus quittent un à un le stationnement, et sont remplacés ce mercredi 18 mars, par les voitures d’un tout autre genre d’étudiants.

Une dizaine d’adultes investissent les salles de classe du premier étage de l’école et certains paraissent trop grands pour leur chaise.

Ces derniers viennent assister aujourd’hui à leur troisième cours de français. Il s’agit d’un projet d’alphabétisation de Pluri-elles, qui offre des cours de français au rural depuis près de 20 ans.

De Sainte-Rose du Lac à Thompson en passant par Notre-Dame-de-Lourdes, et récemment à Saint-Pierre-Jolys, les communautés rurales concernées sont nombreuses et les cours, complètement gratuits, s’adressent aux francophones qui cherchent à renforcer leurs capacités en français, ou bien aux familles exogames.

À La Broquerie, c’est Andrée Rémillard qui enseigne ce soir-là, le troisième module de son cours, les verbes avoir et être.

L’objectif est le suivant : « franciser les personnes qui veulent utiliser la langue dans leur communauté ». Depuis le mois de janvier 2026, elle enseigne les mardis et mercredis soir auprès d’une trentaine d’élèves environ. Les jeudis, depuis le mois de mars, elle se rend à Saint-Pierre-Jolys pour la même mission.

La tendance révèle un intérêt important pour la langue de Molière dans ces communautés rurales bilingues.

« C’est vraiment beau. Souvent ce qui arrive c’est que lorsqu’une personne anglophone arrive, on change de langue pour l’anglais. Là, c’est l’opposé, ce sont les anglophones qui savent qu’ils vivent dans une communauté francophone et ils veulent apprendre la langue. »

Les motivations des participants vont parfois au-delà de la simple curiosité.

Kyle et Rebecca Waczko.
Kyle et Rebecca Waczko. (photo : Hugo Beaucamp)

Ce mercredi soir, Kyle et Rebecca Waczko partagent que leur intérêt pour la langue est né avant tout d’une volonté de lien social.

« Pour nous, apprendre le français c’est un moyen de connecter avec les gens de la communauté. Parce que l’on vit dans une communauté bilingue, c’est aussi une question de respect. »

Pour Courtney Billey aussi la motivation est née d’une envie de rencontre.

« Mes enfants jouent au hockey ici à La Broquerie. J’ai voulu apprendre le français pour pouvoir comprendre ce que les parents se disent dans les gradins. Aussi, j’ai des enfants qui iront peut-être dans des écoles francophones et je veux pouvoir échanger avec eux dans cette langue. »

Courtney Billey.
Courtney Billey. (photo : Hugo Beaucamp)

Les raisons varient, pour Bryan Hiebert par exemple, l’apprentissage du français s’inscrit dans un contexte professionnel, son travail impliquant souvent des visites au Québec.

En ce qui concerne la pédagogie, les cours se déroulent dans une ambiance studieuse, certes, mais aussi très légère.

Évidemment, l’on n’enseigne pas aux adultes comme on le ferait à des enfants.

Pour ces cours d’alphabétisation, Andrée Rémillard a mis sur pied un programme tout particulier même si les techniques de francisation restent les mêmes.

« Les enfants apprennent très vite, ce sont des éponges, mais les adultes, ça prend plus de temps. Alors avec une amie enseignante on a créé un programme de 11 modules et chaque module à un thème. »

Les modules se penchent d’abord sur les sons, l’alphabet avant d’explorer des interactions simples et les modules gagnent en complexité à mesure que l’on avance.

Une dynamique d’apprentissage somme toute classique, si ce n’est que les participants ne passent pas d’examen et que l’on met aussi l’accent sur le côté ludique.

« Je sors des jeux de table, comme Guess who ou Headband. Ce sont des jeux qui nécessitent d’utiliser du vocabulaire et différents verbes, etc. Il ne s’agit pas seulement d’être assis, de lire des textes et de répondre aux questions à l’écrit.

« On parle beaucoup, c’est très interactif. »

Initiative de journalisme local